Huis clos de Jean-Paul Sartre

Huis clos de Jean-Paul Sartre

« L’enfer c’est les autres », c’est Huis clos! Une pièce de théâtre percutante qui se lit d’un trait. Un monument de la littérature!

Thème :

théâtre, vie, mort, enfer, liberté, rapport aux autres, existentialisme

L’intrigue :

Un salon meublé de trois canapés de style et une cheminée : le décor est planté pour cette pièce en un seul acte. Trois personnages sont introduits et vont rester sur scène tout le long de cette pièce : Garcin, Inès et Estelle. Ils viennent de mourir et se demandent pourquoi ils sont réunis. Pas de bourreau, pas d’instrument de torture : décidément, cela ne ressemble pas à ce à quoi ils s’attendaient. Enfermés dans ce lieu clos, des bribes des vivants leurs parviennent tant que ceux-ci pensent à eux. Ils ne se connaissent pas et petit à petit se découvrent. Inès, lesbienne, s’intéresse à Estelle, qui est intéressée par Garcin, qui souhaite rester tranquille. Alors les personnalités se dévoilent, les vraies histoires de leur vie passée; et commence l’enfer…

3 bonnes raisons de lire   » Huis clos  » :

  • Une pièce de théâtre en un seul acte, un seul décor, trois personnages en permanence ensemble sur scène; un texte court; et des messages percutants qui vont droits au but. Voila Huis clos : un concentré de philosophie. Au travers d’une situation des plus simples, trois personnages enfermés ensemble pour l’éternité, Jean-Paul Sartre réussi l’exploit de nous parler de vie, de mort, de liberté et de notre rapport aux autres.
  • Si je vous dit que cette pièce de théâtre est en quelque sorte un essai philosophique,  je vais faire peur à certains. Et bien c’est tout le contraire : voici un moyen très facile d’aborder de grands thèmes, au travers d’un texte court et une écriture des plus limpides. Les dialogues claquent. La pièce est un pur plaisir à lire et se dévore d’un trait.
  • « L’enfer c’est les autres », vous connaissez n’est-ce pas! Et pourtant, vous n’avez jamais lu Huis clos? Il faut réparer cela au plus vite!
Huis clos de Jean-Paul Sartre - une pièce de théâtre de 1944
Huis clos de Jean-Paul Sartre – une pièce de théâtre de 1944

Huis clos de Jean-Paul Sartre - le théâtre

Anecdotes à raconter à la machine à café :

Voici une pièce mondialement célèbre qui est née d’une façon très originale. C’est Jean-Paul Sartre qui nous le raconte :

« Quand on écrit une pièce, il y a toujours des causes occasionnelles et des soucis profonds. La cause occasionnelle c’est que, au moment où j’ai écrit Huis Clos, vers 1943 et début 44, j’avais trois amis et je voulais qu’ils jouent une pièce, une pièce de moi, sans avantager aucun d’eux. C’est à dire , je voulais qu’ils restent ensemble tout le temps sur la scène. Parce que je me disais , s’il y en a un qui s’en va, il pensera que les autres ont un meilleur rôle au moment où il s’en va. Je voulais donc les garder ensemble. Et je me suis dit, comment peut-on mettre ensemble trois personnes sans jamais faire sortir l’une d’elles et les garder sur la scène jusqu’au bout comme pour l’éternité.

C’est là que m’est venue l’idée de les mettre en enfer et de les faire chacun le bourreau des deux autres. Telle est la cause occasionnelle. »

Et pourtant, les trois amis en question ne joueront jamais cette pièce!

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 » Huis clos  » vous a plu? Pour aller plus loin,

Le contexte de cette pièce

Sartre a écrit un an plus tôt « l’être et le néant » dans lequel l’enfermement et le rapport à autrui sont des thèmes fort. Si Huis clos reprend ces thèmes chers à l’auteur, si elle est devenu le symbole de l’existentialisme (mouvement littéraire du début du XXe siècle où l’être humain est défini par ses gestes et ses non-gestes), il y a bien plus qu’un théâtre d’idées dans cette pièce. Voici ci-dessous quelques-uns des thèmes forts qui en ont fait son succès.

Représentation classique de l'enfer à l'opposée de celle de Sartre dans Huis clos
Représentation classique de l’enfer à l’opposée de celle de Sartre dans Huis clos

Une originale vision de l’enfer

Tout d’abord, le lieu symbolisant l’enfer est des plus originaux. Exit Satan et ses assistants tortionnaires dans un puits de feu. Les personnages sont dans un décor d’apparence bien réaliste et pourtant hors du temps et de tout cliché : une simple pièce, avec une cheminée, un bronze, et trois canapés style Empire. Mais la porte est fermée, il n’y a pas de fenêtre; et seule la lampe donne de la lumière. Pas de jour, pas de nuit, pas de sommeil, pas de repos. Pas de miroir. Une éternité immuable. Une absence d’existence plutôt qu’une mort.

Les « prisonniers » sont dans les trois murs de la scène, le public du théâtre forme le quatrième mur…

Les personnages de Huis clos

Ce sont des « salauds » et des lâches. Ils ne sont pas là par hasard et le savent bien. « Morts-vivants », ils n’existent plus que dans le regard des deux autres; un regard permanent sans répit ni repos; une torture psychologique.

Huis clos de Sartre "l'enfer c'est les autres"
Huis clos de Sartre « l’enfer c’est les autres »

L’enfer c’est les autres

Voici une des phrases célèbres de cette pièce de théâtre qui résume à elle seule l’action et l’ambiance. Pour l’expliquer, rien de mieux que de laisser l’auteur s’exprimer lui-même :

« … « l’enfer, c’est les autres » a toujours été mal compris. On a cru que je voulais dire par là que nos rapports avec les autres étaient toujours empoisonnés, que c’étaient toujours des rapports infernaux. Or, c’est autre chose que je veux dire. Je veux dire que si les rapports avec autrui sont tordus, viciés, alors l’autre ne peut-être que l’enfer. Pourquoi ? Parce que les autres sont au fond ce qu’il y a de plus important en nous-mêmes pour notre propre connaissance de nous-mêmes. Quand nous pensons sur nous, quand nous essayons de nous connaître, au fond nous usons ces connaissances que les autres ont déjà sur nous. Nous nous jugeons avec les moyens que les autres ont, nous ont donné de nous juger. Quoique je dise sur moi, toujours le jugement d’autrui entre dedans. Ce qui veut dire que, si mes rapports sont mauvais, je me mets dans la totale dépendance d’autrui. Et alors en effet je suis en enfer. Et il existe une quantité de gens dans le monde qui sont en enfer parce qu’ils dépendent trop du jugement d’autrui. Mais cela ne veut nullement dire qu’on ne puisse avoir d’autres rapports avec les autres. Ça marque simplement l’importance capitale de tous les autres pour chacun de nous. »

 Que représente la mort dans Huis clos?

Voila un autre thème abordé par Jean-Paul Sartre dans Huis clos : la mort. Mais ici, il ne s’agit pas exactement de la mort physique.

« … ces gens ne sont pas semblables à nous. Les trois personnages que vous entendrez dans Huis Clos ne nous ressemblent pas en ceci que nous sommes vivants et qu’ils sont morts. Bien entendu, ici » morts » symbolise quelque chose. Ce que j’ai voulu indiquer, c’est précisément que beaucoup de gens sont encroûtés dans une série d’habitudes, de coutumes, qu’ils ont sur eux des jugements dont ils souffrent mais qu’ils ne cherchent même pas à changer. Et que ces gens-là sont comme morts. En ce sens qu’ils ne peuvent briser le cadre de leurs soucis, de leurs préoccupations et de leurs coutumes; et qu’ils restent ainsi victimes souvent des jugements qu’on a portés sur eux. A partir de là , il est bien évident qu’ils sont lâches ou méchants par exemple. »

 Le thème de la lâcheté et de la liberté dans Huis clos

« S’ils ont commencé à être lâches , rien ne vient changer le fait qu’ils étaient lâches. C’est pour cela qu’ils sont morts, c’est pour cela, c’est une manière de dire que c’est une mort vivante que d’être entouré par le souci perpétuel de jugements et d’actions que l’on ne veut pas changer. De sorte que , en vérité, comme nous sommes vivants , j’ai voulu montrer par l’absurde, l’importance chez nous de la liberté, c’est à dire l’importance de changer les actes par d’autres actes. Quel que soit le cercle d’enfer dans lequel nous vivons, je pense que nous sommes libres de le briser. Et si les gens ne le brisent pas, c’est encore librement qu’ils y restent, de sorte qu’ils se mettent librement en enfer.

Vous voyez donc que, rapports avec les autres, encroûtement et liberté , liberté comme l’autre face à peine suggérée, ce sont les trois thèmes de la pièce. Je voudrais qu’on se le rappelle quand vous entendrez dire : « l’enfer c’est les autres. »

Quelques « pépites » de Huis clos

On site toujours la fameuse tirade « l’enfer c’est les autres » lorsqu’on parle de Huis clos. Mais voici d’autres « pépites » extraites de cette pièce :

« Seuls les actes décident de ce qu’on a voulu. »

« Je n’ ai pas rêvé cet héroïsme. Je l’ ai choisi. On est ce qu’on veut. »

« On meurt toujours trop tôt – ou trop tard. Et cependant la vie est là, terminée ; le trait est tiré, il faut faire la somme. Tu n’es rien d’autre que ta vie. »

« Est-ce que c’est possible qu’on soit un lâche quand on a choisi les chemins les plus dangereux ? Peut-on juger une vie sur un seul acte ? « 
 
« Garcin : Vous n’avez pas peur, vous ?
Inès : Pour quoi faire ? La peur, c’était bon avant, quand nous gardions de l’espoir. « 
 
« Aucun de nous ne peut se sauver seul; il faut que nous nous perdions ensemble ou que nous nous tirions d’ affaire ensemble. »
« Alors c’est ça l’enfer. Je n’aurais jamais cru…Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril… Ah! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l’enfer c’est les autres. »

Sur Jean-Paul Sartre

Il est né à Paris en 1905. Son père meurt quand il avait deux ans. Sartre a passé son enfance entre «un vieillard et deux femmes», il a toujours joué ce que les adultes attendaient de lui.

En 1929 il rencontre Simone de Beauvoir, vit avec elle, prépare l’agrégation de philosophie avec elle. Chacun sera influencé dans ses œuvres par les idées de l’autre, et ils vont former un couple mythique de la littérature. Puis il est nommé professeur de philosophie au lycée du Havre. Entre 1934 et 1936, il s’installe en ménage à trois avec Olga Korakiewicz.

Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier en Lorraine. En 1941, il rejoint la Résistance et découvre l’existentialisme du philosophe chrétien Gabriel Marcel. Il défini les base de sa philosophie : «l’Existentialisme est un humanisme».
En 1956 il participe activement à la lutte contre le colonialisme, puis s’engage en politique dans le communisme. En 1964, il refuse le prix Nobel de littérature car, selon lui, « aucun homme ne mérite d’être consacré de son vivant ».

Il meurt en 1980, à Paris.

Portrait peint de Sartre - auteur de Huis clos
Portrait peint de Sartre

Encore plus …

Vous trouverez ici quelques liens complémentaires sur Huis clos et sur Jean-Paul Sartre :

résumé de Huis clos, scène par scène

analyse de la pièce

une autre analyse de Huis clos

sur Sartre et l’existentialisme

sur Sartre et Huis clos

 

Signature de Jean-Paul Sartre auteur de Huis clos
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