Jane Eyre livre de Charlotte Brontë

Jane Eyre de Charlotte Brontë

Jane Eyre livre : Vous avez une âme romantique et vous n’avez pas lu Jane Eyre? Il faut y remédier vite fait, car vous allez adorer!

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Jane Eyre est pauvre, orpheline, pas très jolie. Pourtant, grâce à sa seule force de caractère, et sans faillir à ses principes, elle parviendra à faire sa place dans la société rigide de l’Angleterre victorienne et à trouver l’amour… Une héroïne qui surmonte les épreuves sans perdre foi en son avenir, une intrigue où se succèdent mystères et coups de théâtre, une passion amoureuse qui défie tous les obstacles : le plaisir de lire Jane Eyre est toujours aussi vif. Comme elle, on veut croire que rien n’est écrit d’avance et que la vie réserve des bonheurs imprévus.

3 bonnes raisons de lire  « Jane Eyre  » : Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre 

  • Voici LE roman romantique par excellence : avec ses personnages tout d’abord. Jane, la jeune fille seule qui affronte les duretés de sa vie d’orpheline pauvre avec bon sens et détermination pourrait être l’archétype de l’héroïne des romans d’amour ainsi que Mr Rochester, cet homme tourmenté, sombre et passionné. Ajouter les obstacles de l’age et de la classe sociale qui les séparent, le tout dans un décor de landes hostiles et de vieux manoir anglais et vous aurez l’impression que je vous parle d’un roman cliché! Mais c’est probablement parce que c’est CE classique qui a ensuite inspiré les autres. Et il est traité avec toute la finesse et le style passionné d’une sœur Brontë! Je l’ai lu étant jeune fille et je me rends compte, en y replongeant, à quel point il a façonné mon esprit romantique et à quel point il m’a marqué.
  • Dans cette société de l’Angleterre du XIXème siècle, les convenances régentent la vie des gens ainsi que le poids des classes sociales. Sans parler de la place des femmes. Pourtant, malgré sa mauvaise fortune, sa condition sociale et le fait qu’elle soit une femme, Jane choisi sa voie et cherche son indépendance….ce qui a valu des récriminations du public à la sortie du roman.
  • Les soeurs Brontë sont les auteurs par excellence de ces romances victoriennes au style impeccable indémodables, jamais mièvre. Si Jane Austen y dépeint la société et ses travers avec piquant, Charlotte Brontë y met sa passion dans une atmosphère un peu gothique sombre et mystérieuse avec des héros qui luttent contre l’adversité, la rudesse de la vie et la cruauté des hommes. Et chez Charlotte plus que ses soeurs, l’espoir et la détermination triomphent.

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Les trois soeurs Brontë ont publié leurs romans sous des pseudonymes masculins. Celui de Charlotte était Currer Bell. En effet, il n’était pas très bienvenu pour une femme à cette époque d’être écrivain. Mais même sous leur nom de plume, les trois soeurs ont gardé leur lien de famille.

Emily était Ellis Bell.

Anne était Acton Bell.

Leurs trois romans ont été publiés pratiquement en même temps : Jane Eyre, Les hauts de Hurle-Vent et Agnès Grey. Cela a eu pour conséquence que les éditeurs pensaient avoir affaire à une seule et même personne si bien qu’elles durent se déplacer pour démentir cette hypothèse.

A sa sortie, Jane Eyre a tout de suite un immense succès.

Jane Eyre et Mr Rochester : un couple légendaire
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Sachez que la version numérique du roman étant libre de droits, vous pouvez la télécharger gratuitement et en toute légalité bien sûr.

Vous n’avez pas le temps de lire? Vous avez encore maintenant une troisième possibilité de découvrir ce roman : en écoutant sa version audio que vous pouvez également télécharger gratuitement au lien suivant :

Jane Eyre livre en version audio

Voila une façon moderne d’aborder la littérature classique : dans la voiture sur le trajet du travail, les yeux fermés dans votre lit, ou même en épluchant les patates…! Alors plus d’excuse pour ne pas découvrir ce grand classique.

Jane Eyre livre de Charlotte Brontë - on ne compte plus les éditions de ce roman qui a traversé le temps sans prendre une ride.
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Jane Eyre au cinéma Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre

Ah combien de films ce roman a inspiré. Tout a commencé en 1910! Eh oui, c’est à cette date qu’est sortie la première adaptation cinématographique. Et la dernière en date est de 2011! Plus de 100 ans de cinéma se sont inspirés de ce roman. Il existe également des versions de Jane Eyre en série télévisée, comédie musicale et même sous forme d’opéra.

Voici la bande annonce du film de Carry Fukunaga de 2011 : une belle adaptation qui se regarde avec grand plaisir.

Cette version prend le parti de créer une atmosphère plus sombre et gothique que les précédentes. D’ailleurs, pour rendre cet effet, le cinéaste a utilisé parfois des éclairages à la bougie et au feu de cheminée et accentué l’atmosphère plus lugubre du lieu de tournage, Haddon Hall, qui avait déjà été le décor d’autres versions de Jane Eyre. Enfin, autre effet cinématographique, les couleurs ont été atténuées afin de rendre les acteurs plus pâles.

Autres anecdotes du film Jane Eyre de 2011 Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre 

Pour la première fois, c’est une actrice de l’age de Jane Eyre qui joue le rôle. Mia Wasikowska, qui avait joué dans Alice au pays des merveilles de Tim Burton, s’était lancée dans la lecture de plusieurs classiques de la littérature. Elle a été enthousiasmée par Jane Eyre au point de se proposer pour le rôle. Ce que le cinéaste lui a demandé était un tour de force : faire ressortir à la fois le caractère fort de Jane Eyre et sa vulnérabilité de très jeune femme avec toute la retenue que sa condition de femme et de gouvernante lui imposent.

 

Les inspirations de Charlotte pour son roman Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre 

Au début du roman, Jane Eyre est envoyée dans un pensionnat aux règles et conditions de vie dures. Charlotte s’est inspirée de sa propre expérience pour cela. C’est dans une autre école de filles insalubre que les soeurs de Charlotte, Elisabeth et Maria sont décédées de la tuberculose, certainement à cause des mauvaises conditions de vie de leur école. Nul doute que cela a inspiré à l’auteur le passage dans lequel Jane perd son amie la plus proche, Helen, morte elle aussi de la tuberculose dans leur sombre pensionnat.

On peut également faire des parallèles entre le pasteur qui dirigeait l’école de Maria et celui du roman; entre John Reed alcoolique à la vie dissolue et le frère de Charlotte qui a sombré dans la drogue et l’alcool peu avant son décès.

C’est en 1845 que Charlotte séjourne à plusieurs reprises au manoir de North Lees Hall avec son amie Ellen. Ce lieu sera le manoir de Thornfield dans Jane Eyre :  Thorn est l’anagramme de North et field est en quelque sorte la version moderne du mot Lee. Le manoir a, qui plus est, appartenu aux Eyre, famille qui a bel et bien existé. La légende raconte qu’au XVème siècle, une femme folle y était enfermée, séquestrée dans les hauteurs de la demeure et qu’elle périt brulée dans un incendie.

Voulez-vous visiter le château? C’est ici…

Enfin, on s’en serait douté, Charlotte a été un temps gouvernante comme son héroïne…

Charlotte Brontë : voici un des plus célèbres portrait de cette romancière
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 Quelques anecdotes romantiques sur Charlotte Brontë Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre 

Charlotte a été demandée trois fois en mariage.

La première fois, ce fut par lettre. Il s’agissait du Révérend Henry Nussey, frère de son amie Ellen. Charlotte avait presque 23 ans. Elle refusa pour deux raisons :

  • elle ne l’aimait pas
  • elle se trouvait trop romantique pour être l’épouse d’un Révérend! En réalité elle le trouvait terne.

St John Rivers dans Jane Eyre serait directement inspiré d’Henry Nussey.

La seconde proposition vint du vicaire David Pryce qui lui demanda sa main après l’avoir seulement rencontrée une fois.

La troisième proposition fut faite par un ami de son frère, vicaire également : Arthur Bell Nicholls. En fait, il demanda deux fois Charlotte en mariage. A la première, son frère s’opposa jalousement. La seconde fut la bonne. Malheureusement, Charlotte décéda peu de temps après son mariage, à l’age de 38 ans.

 

Extrait du chapitre 13 – la rencontre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre Jane Eyre livre 

Jane vient d’être engagée comme gouvernante de la petite Adèle. C’est Mme Fairfax qui l’a accueillie et guidée ces premiers temps, en l’absence du maître des lieux. Lorsqu’après une longue absence, celui-ci rentre à sa demeure, il souhaite découvrir celle qui s’occupe de sa pupille. Voici leur première rencontre (ou presque…)

Avec le peu d’habitude que j’avais de voir des étrangers, c’était une épreuve pour moi que d’être ainsi appelée en présence de M. Rochester. Je laissai Mme Fairfax s’avancer la première, et je marchais dans son ombre, lorsque nous traversâmes la salle à manger. Après avoir passé devant l’arche, dont le rideau était baissé pour le moment nous arrivâmes dans un élégant boudoir.

Deux bougies étaient allumées sur la table et deux sur la cheminée. Pilote se chauffait, à demi étendu, à la flamme d’un feu superbe ; Adèle était agenouillée à côté de lui. Sur un lit de repos, et le pied appuyé sur un coussin, paraissait M. Rochester ; il regardait Adèle et le chien ; le feu lui arrivait en plein visage. Je reconnus mon voyageur avec ses grands sourcils de jais, son front carré, rendu plus carré encore par la coupe horizontale de ses cheveux. Je reconnus son nez plutôt caractérisé que beau ; ses narines ouvertes, qui me semblaient annoncer une nature emportée ; sa bouche et son menton étaient durs. Maintenant qu’il n’était plus enveloppé d’un manteau, je pus voir que la carrure de son corps s’harmonisait avec celle de son visage. C’était un beau corps d’athlète, à la large poitrine, aux flancs étroits, mais dépourvu de grandeur et de grâce.

M. Rochester devait s’être aperçu de mon entrée et de celle de Mme Fairfax ; mais il paraît qu’il n’était pas d’humeur à la remarquer, car notre approche ne lui fit même pas lever la tête.

« Voilà Mlle Eyre, » dit tranquillement Mme Fairfax.

Il s’inclina, mais sans cesser de regarder le chien et l’enfant.

« Que Mlle Eyre s’asseye, » dit-il. Son salut roide et contraint, son ton impatient, bien que cérémonieux, semblaient ajouter : « Que diable cela me fait-il, que Mlle Eyre soit ici ou ailleurs ? pour le moment, je ne suis pas disposé à causer avec elle. »

Je m’assis sans embarras. Une réception d’une exquise politesse m’aurait sans doute rendue très confuse. Je n’aurais pas pu y répondre avec la moindre élégance ou la moindre grâce, mais cette brutalité fantasque ne m’imposait aucune obligation, au contraire, en acceptant cette boutade, j’avais l’avantage. D’ailleurs, l’excentricité du procédé était piquante, et je désirais en connaître la suite.

M. Rochester continua de ressembler à une statue, c’est-à-dire qu’il ne parla ni ne bougea. Mme Fairfax pensa qu’il fallait au moins que quelqu’un fût aimable ; elle commença à parler avec douceur comme toujours, mais comme toujours aussi avec vulgarité : elle le plaignit de la masse d’affaires qu’il avait eues tout le jour et de la douleur que devait lui avoir occasionnée sa foulure ; puis elle lui recommanda la patience et la persévérance tant que le mal durerait.

« Madame, je voudrais avoir du thé, » fut la seule réponse qu’elle obtint.

Elle se hâta de sonner, et, quand le plateau arriva, elle se mit à arranger les tasses et les cuillers avec une attentive célérité. Adèle et moi, nous nous approchâmes de la table, mais le maître ne quitta pas son lit de repos.

« Voulez-vous passer cette tasse à M. Rochester ? me dit Mme Fairfax. Adèle pourrait la renverser. »

Je fis ce qu’elle me demandait. Lorsqu’il prit la tasse de mes mains, Adèle, pensant le moment favorable pour faire une demande en ma faveur, s’écria :

« N’est-ce pas, monsieur, qu’il y a un cadeau pour Mlle Eyre dans votre petit coffre ?

– Qui parle de cadeau ? dit-il d’un air renfrogné ; vous attendiez-vous à un présent, mademoiselle Eyre ? Aimez-vous les présents ? »

Et il examinait mon visage avec des yeux qui me parurent sombres, irrités et perçants.

« Je ne sais, monsieur, je ne puis guère en parler par expérience ; un cadeau passe généralement pour une chose agréable.

– Généralement ; mais vous, qu’en pensez-vous ?

– Je serais obligée d’y réfléchir quelque temps, monsieur, avant de vous donner une réponse satisfaisante. Un présent a bien des aspects, et il faut les considérer tous avant d’avoir une opinion.

– Mademoiselle Eyre, vous n’êtes pas aussi naïve qu’Adèle ; dès qu’elle me voit, elle demande un cadeau à grands cris ; vous, vous battez les buissons.

– C’est que j’ai moins confiance qu’Adèle dans mes droits ; elle peut invoquer le privilège d’une vieille connaissance et de l’habitude, car elle m’a dit que de tout temps vous lui aviez donné des jouets ; quant à moi, je serais bien embarrassée de me trouver un titre, puisque je suis étrangère et que je n’ai rien fait qui mérite une marque de reconnaissance.

– Oh ne faites pas la modeste ; j’ai examiné Adèle, et j’ai vu que vous vous êtes donné beaucoup de peine avec elle ; elle n’a pas de grandes dispositions, et en peu de temps vous l’avez singulièrement améliorée.

– Monsieur, vous m’avez donné mon cadeau, et je vous en remercie. La récompense la plus enviée de l’instituteur, c’est de voir louer les progrès de son élève.

– Oh ! oh ! » fit M. Rochester ; et il but son thé en silence, « Venez près du feu, » dit-il lorsque le plateau fut enlevé et que Mme Fairfax se fut assise dans un coin avec son tricot.

Adèle était occupée à me faire faire le tour de la chambre pour me montrer les beaux livres et les ornements placés sur les consoles et les chiffonnières ; dès que nous entendîmes la voix de M. Rochester, nous nous hâtâmes d’obéir. Adèle voulut s’asseoir sur mes genoux, mais il lui ordonna de jouer avec Pilote.

« Il y a trois mois que vous êtes ici ? me demanda-t-il.

– Oui, monsieur.

– D’où veniez-vous ?

– De Lowood, dans le comté de…

– Ah ! une école de charité. Combien de temps y êtes-vous restée ?

– Huit ans.

– Huit ans ! alors vous avez la vie dure ; je croyais que la moitié de ce temps serait venu à bout de la plus forte constitution. Je ne m’étonne plus que vous ayez l’air de venir de l’autre monde ; je me suis déjà demandé où vous aviez pu attraper cette espèce de figure. Hier, lorsque vous êtes venue au-devant de moi dans le sentier de Hay, j’ai pensé aux contes de fées, et j’ai été sur le point de croire que vous aviez ensorcelé mon cheval ; je n’en suis pas encore bien sûr. Quels sont vos parents ?

– Je n’en ai pas.

– Et vous n’en avez jamais eu, je suppose. Vous les rappelez-vous ?

– Non.

– Je le pensais, en effet. Et lorsque je vous ai trouvée assise sur cet escalier, vous attendiez votre peuple.

– De qui parlez-vous, monsieur ?

– Eh ! mais des hommes verts. Il y avait un clair de lune qui devait leur être propice ; ai-je brisé un de vos cercles, pour que vous ayez jeté sur mon passage ce maudit morceau de glace ? »

Je secouai la tête.

« Il y a plus d’un siècle, dis-je, aussi sérieusement que lui, que tous les hommes verts ont abandonné l’Angleterre. Ni dans le sentier de Hay, ni dans les champs environnants, vous ne trouverez des traces de leur passage. Désormais le soleil de l’été n’éclairera pas plus leurs bacchanales que la lune de l’hiver. »

Mme Fairfax avait laissé tomber son tricot, et semblait ne rien comprendre à notre conversation.

« Eh bien ! dit M. Rochester, si vous n’avez ni père ni mère, vous devez au moins avoir des oncles ou des tantes ?

– Non, aucun que je connaisse.

– Quelle est votre demeure ?

– Je n’en ai pas.

– Où demeurent vos frères et vos sœurs ?

– Je n’ai ni frères ni sœurs.

– Qui vous a fait venir ici ?

– J’ai fait mettre mon nom dans un journal, et Mme Fairfax m’a écrit.

– Oui, dit la bonne dame qui savait maintenant sur quel terrain elle était ; et chaque jour je remercie la Providence du choix qu’elle m’a fait faire. Mlle Eyre a été une compagne parfaite pour moi, et une institutrice douce et attentive pour Adèle.

– Ne vous donnez pas la peine d’analyser son caractère, répondit M. Rochester. Les éloges n’influent en rien sur mon opinion ; je jugerai par moi-même. Elle a commencé par faire tomber mon cheval.

– Monsieur ! dit Mme Fairfax.

– C’est à elle que je dois cette foulure. »

La veuve regarda avec étonnement et sans comprendre.

« Mademoiselle Eyre, avez-vous jamais demeuré dans une ville ? reprit M. Rochester.

– Non, monsieur.

– Avez-vous vu beaucoup de monde ?

– Rien que les élèves et les maîtres de Lowood et les habitants de Thornfield.

– Avez-vous beaucoup lu ?

– Je n’ai jamais eu qu’un très petit nombre de livres à ma disposition, et encore ce n’étaient pas des ouvrages bien remarquables.

– Vous avez mené la vie d’une nonne, et sans doute vous avez été élevée dans des idées religieuses. Brockelhurst, qui, je crois, dirige Lowood, est un ministre.

– Oui, monsieur.

– Et probablement que, vous autres jeunes filles, vous le vénériez comme un couvent de religieuses vénère son directeur.

– Oh non !

– Vous êtes bien froide ; comment ! Une novice qui ne vénère pas un prêtre ! Voilà quelque chose de scandaleux.

– Je détestais M. Brockelhurst, et je n’étais pas la seule ; c’est un homme dur et intrigant. Il nous a fait couper les cheveux, et, par économie, il nous achetait des aiguilles et du fil tels que nous pouvions à peine coudre.

– C’était une très mauvaise économie, dit Mme Fairfax, qui de nouveau put prendre part à la conversation.

– Et était-ce son plus grand crime ? demanda M. Rochester.

– Avant l’établissement du Comité, et tant qu’il fut seul maître dans l’école, il ne nous donnait même pas une nourriture suffisante. Une fois chaque semaine il nous ennuyait par ses longues lectures, et tous les soirs il exigeait que nous lussions des livres qu’il avait faits sur la mort subite et le jugement. Ces livres nous effrayaient tellement que nous n’osions plus aller nous coucher.

– A quel âge êtes-vous entrée à Lowood ?

– A dix ans.

– Et vous y êtes restée huit ans : alors vous avez dix-huit ans ! »

Je répondis affirmativement.

« Vous voyez que l’arithmétique est utile ; sans elle je n’aurais jamais pu deviner votre âge ; car ce n’est pas facile à trouver, quand les traits et l’air sont si peu en rapport avec l’âge. Qu’avez-vous appris à Lowood ? jouez-vous du piano ?

– Un peu.

– C’est juste, c’est la réponse convenue. Entrez dans la bibliothèque !… s’il vous plaît, veux-je dire. Excusez mon ton de commandement, je suis habitué à dire : « Faites cela, » et on le fait. Je ne puis changer cette habitude pour une nouvelle venue. Entrez donc dans la bibliothèque ; prenez une lumière, laissez la porte ouverte, asseyez-vous au piano, et jouez un air. »

Je partis et je suivis ses indications.

« Assez ! me cria-t-il au bout de quelques minutes ; je vois que vous jouez un peu, comme une pensionnaire anglaise, peut-être un peu mieux que quelques-unes, mais pas bien. »

Je fermai le piano et je revins. M. Rochester continua :

« Ce matin, Adèle m’a montré quelques esquisses qu’elle dit être de vous ; je ne sais si elles sont entièrement faites par vous : un maître vous a probablement aidée ?

– Non, en vérité ! m’écriai-je.

– Oh ! ceci pique votre orgueil ; eh bien, allez chercher votre portefeuille, si vous pouvez affirmer que tout ce qu’il contient est de vous ; mais n’assurez rien sans être certaine, car je m’y connais.

– Alors, monsieur, je me tairai et vous jugerez vous-même. »

J’apportai mon portefeuille.

« Approchez la table, » dit-il.

Je la roulai jusqu’à lui. Adèle et Mme Fairfax s’avancèrent pour voir les dessins.

« Ne vous pressez pas ainsi, dit M. Rochester ; vous prendrez les dessins à mesure que j’aurai fini de les regarder ; mais ne placez pas vos figures si près de la mienne. »

Il examina les peintures et les esquisses ; il en mit trois de côté ; après avoir regardé les autres, il les jeta loin de lui.

« Emportez-les sur l’autre table, madame Fairfax, dit-il, et regardez-les avec Adèle. Quant à vous, ajouta-t-il en me regardant, asseyez-vous et répondez à mes questions. Je vois bien que ces trois peintures ont été faites par là même main ; cette main est-elle la vôtre ?

– Oui.

– Quand avez-vous trouvé le temps de les faire ? car elles ont dû demander beaucoup de temps et un peu de réflexion.

– Je les ai faites dans les deux dernières vacances que j’ai passées à Lowood, quand je n’avais pas autre chose à faire.

– Où avez-vous trouvé les originaux de ces copies ?

– Dans ma tête.

– Dans cette tête que je vois sur vos épaules ?

– Oui, monsieur.

– A-t-elle encore d’autres sujets du même genre ?

– J’espère que oui, et j’espère même qu’ils seraient meilleurs. »

Il étendit les peintures devant lui et les regarda de nouveau.

Pendant que M Rochester est ainsi occupé, lecteurs, j’ai le temps de vous les décrire. D’abord, je dois vous avertir qu’elles n’ont rien de merveilleux. Les sujets s’étaient présentés avec force à mon esprit ; ils étaient frappants, tels que je les avais conçus avant d’essayer de les reproduire ; mais ma main ne put pas obéir à mon imagination, ou du moins ne reproduisit qu’une pâle copie de ce que voyait mon esprit.

C’étaient des aquarelles. La première représentait des nuages livides sur une mer agitée. L’horizon et même les vagues du premier plan étaient dans l’ombre ; un rayon de lumière faisait ressortir un mât à moitié submergé, et au-dessus duquel un noir cormoran étendait ses ailes tachetées d’écume ; il portait à son bec un bracelet d’or orné de pierres précieuses, auxquelles je m’étais efforcée de donner les teintes les plus nettes et les plus brillantes. Au-dessous du mât et de l’oiseau de mer flottait un cadavre qu’on n’apercevait que confusément à travers les vagues vertes. Le seul membre qu’on pût voir distinctement était le bras qui venait d’être dépouillé de son ornement.

Le second tableau avait pour premier plan une montagne couverte de gazon et de feuilles soulevées par la brise. Au delà et au-dessus s’étendait le ciel bleu fonce d’un crépuscule. Une femme, dont on ne voyait que le buste, apparaissait dans ce ciel ; j’avais combiné, pour la représenter, les teintes les plus sombres et les plus douces. Son front était surmonté d’une étoile ; le bas de sa figure était voilé par des brouillards ; ses yeux étaient sauvages et sombres ; ses cheveux flottaient autour d’elle comme des nuages obscurs déchirés par l’électricité ou l’orage ; sur son cou brillait une pâle lueur semblable à un rayon de la lune. Cette lueur se répandait aussi sur les nuages légers qui entouraient cet emblème de l’Etoile du soir.

Le dernier tableau, enfin, représentait le pic d’un glacier s’élançant vers un ciel d’hiver. Les rayons du nord envoyaient à l’horizon leurs légions de dards. Sur le premier plan, on apercevait une tête colossale appuyée sur le glacier. Deux mains délicates croisées au-dessous du front couvraient d’un voile noir le bas de la figure. On ne voyait qu’un front pâle, des yeux fixes, creux et désespérés. Au-dessus des tempes, au milieu d’un turban déchiré et de draperies noires vaguement indiquées, brillait un cercle de flammes blanches parsemées de pierres précieuses d’une teinte plus vive que le reste du tableau. Cette pâle auréole était l’emblème d’un diadème royal, et elle couronnait un être qui n’avait pas de corps.

« Etiez-vous heureuse, quand vous avez fait ces dessins ? me demanda M. Rochester.

– J’étais absorbée, monsieur ; oui, j’étais heureuse ; peindre est une des jouissances les plus vives que j’aie connues !

– Ce n’est pas beaucoup dire. Vous avouez vous-même que vos plaisirs n’étaient pas nombreux. Vous deviez être plongée dans une sorte de rêve d’artiste, quand vous avez mélangé ces teintes étranges. Y passiez-vous longtemps chaque jour ?

– C’était pendant les vacances ; je n’avais rien à faire ; je m’y mettais le matin et j’y restais jusqu’à la nuit ; la longueur des jours d’été favorisait mon inclination.

– Et étiez-vous satisfaite du résultat de vos ardents travaux ?

– Loin de là, je souffrais du contraste qu’il y avait entre mon idéal et mon œuvre ; je me sentais complètement impuissante à réaliser ce que j’avais imaginé.

– Pas tout à fait ; vous avez fixé l’ombre de vos pensées, mais pas plus, probablement. Vous n’aviez pas assez de science et d’habileté technique pour les rendre complètement ; cependant ces esquisses sont remarquables pour une écolière. La pensée qu’elles veulent représenter est fantastique ; ces yeux de l’Etoile du soir, vous avez dû les voir dans un de vos rêves. Comment avez-vous pu les faire si clairs et pourtant si peu brillants ? Que vouliez-vous dire en les faisant si profonds et si solennels ? Qui vous a appris à peindre le vent ? Voilà une tempête sur le ciel et sur cette hauteur. Où avez-vous vu Latmos ? car c’est Latmos. Retirez ces dessins. »

J’avais à peine noué les cordons du portefeuille, que, regardant sa montre, il dit brusquement :

« Il est neuf heures ; à quoi pensez-vous, mademoiselle Eyre, de laisser Adèle veiller si tard ? Allez la coucher. »

Adèle embrassa son tuteur avant de quitter la chambre ; il accepta ses caresses, mais ne sembla pas les goûter plus que ne l’aurait fait Pilote, moins peut-être.

« Maintenant, je vous souhaite le bonsoir à tous, » dit-il en montrant la porte ; ce qui signifiait qu’il était fatigué de notre compagnie et qu’il désirait nous renvoyer.

Mme Fairfax roula son tricot. Je pris mon portefeuille ; nous lui fîmes un salut auquel il répondit froidement, et nous nous retirâmes.

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