La chambre des officiers de Marc Dugain

La chambre des officiers de Marc Dugain

un roman simple et émouvant, pour vivre de l’intérieur ce qu’a été une « gueule cassée » de 1914

Thème :

roman historique, guerre de 14-18, blessures, « gueule-cassée », roman psychologique, hôpital, littérature moderne

L’intrigue :

1914. Tout sourit à Adrien, ingénieur officier. La guerre éclate et lors d’une reconnaissance sur les bords de la Meuse, un éclat d’obus le défigure. Le voilà devenu une « gueule cassée ». Adrien ne connaîtra pas les tranchées mais le Val-de-Grâce, dans une chambre réservée aux officiers. Une pièce sans miroir, où l’on ne se voit que dans le regard des autres. Adrien y restera cinq ans. Cinq ans pour penser à l’après, pour penser à Clémence qui l’a connu avec sa gueule d’ange…

3 bonnes raisons de lire   » La chambre des officiers  » :

  • La guerre de 14-18 est pour vous un lointain passé, pour lequel vous avez du mal à vous émouvoir chaque 11 novembre. L’expression « gueule cassée » nous a été tellement rabâché dans nos livres scolaires qu’elle en a perdu tout son sens. On a tous en tête cette fameuse guerre que tous croyaient courte en 14 et prenaient à la légère et qui a décimé la population masculine Française. Alors non, on n’a pas envie d’un nième roman sanguinaire sur cette guerre! Ca tombe bien. La chambre des officiers n’est rien de tout cela. Pas de champ de bataille, pas de gloire au héros sacrifié pour la France, pas de cliché, pas d’atermoiement. Mais une réalité dure et émouvante qui nous fait prendre conscience de ce qu’a été une « gueule cassée » de l’intérieur. Et, je ne sais pas pour vous, mais pour moi, c’est le meilleur moyen d’aborder l’Histoire.
  • Voici un roman particulièrement émouvant qui n’aborde pas les faits historiques mais leur impact sur les êtres humains. Comment peut-on encore avoir envie de vivre lorsqu’on est défiguré au point de ne plus pouvoir manger, parler? Quand on a réussi à surmonter les difficultés physiques, les souffrances, les multiples opérations, comment peut-on avoir la force de se montrer aux autres dans cet état? Quel avenir, quelle place peut-on ensuite retrouver dans la société quand la simple vue de votre visage fait peur aux autres? C’est bien là que se trouve le courage, dans tout ce qu’il reste à vivre et plus que sur le champ de bataille au moment de l’impact fatidique.
  • Ce roman est d’une grande finesse psychologique, et c’est bien en cela qu’il est beau. Oui, le mot « beau » a toute sa place dans un livre sur des gueules cassées. Une beauté toute intérieure qui prend tout son sens.

Anecdotes à raconter à la machine à café :

Voici un roman dont la naissance est plus qu’originale. Marc Dugain, diplômé de Sciences Po. Grenoble, décide de quitter son poste d’expert comptable pour devenir écrivain! Inspiré par son grand-père qu’il accompagnait au château des gueules-cassées de Moussy-le-vieux, il écrit « la chambre des officiers » en 15 jours. Et c’est un succès!

  • 3000 000 exemplaires vendus 
  • 18 récompenses littéraires!
  • Trois ans plus tard, le roman est adapté au cinéma par François Dupeyron. Le film recevra 2 César et 9 nominations

 

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Les progrès de la médecine

La chirurgie maxilo-faciale n’existe pratiquement pas au début de la guerre de 1914. Mais la nature même de cette guerre (obus, grenades, face à face avec l’ennemi que l’on guette en passant la tête hors de la tranchée…) génère un nombre incalculable de défigurés : les gueules-cassées. Les blessures sont impressionnantes (j’ai attaché ici un lien qui en parle et en montre, mais si vous êtes sensibles, ne regardez pas – j’ai pris soin par ailleurs de ne pas mettre de photo en rapport dans cet article – ce n’est pas le but du roman, ni le mien). Les médecins s’organisent, tentent de multiples opérations et expériences sur le terrain, puis dans des services hospitaliers dédiés (comme la chambre des officiers). Les techniques sont rudimentaires. On nourrit les blessés qui n’ont plus de bouche avec un tuyau : la perfusion n’existe pas encore. On tente des greffes avec des peaux ou des os d’animaux. Les rejets sont fréquents. Pour opérer, on tente des anesthésies à l’éther. Au début de la guerre il n’y a pas non plus d’antiseptique ni de transfusions. Ils feront leur apparition après.

Vidéo sur les Gueules-cassées (ne pas regarder si vous êtes sensible)

La chambre des officiers : des gueules cassées que les médecins "réparent" comme ils peuvent, parfois avec des prothèses.
La chambre des officiers : des gueules cassées que les médecins « réparent » comme ils peuvent, parfois avec des prothèses.

La vie des « gueules cassées  »

Ces blessés grave vont passer des années entières enfermés dans des hôpitaux, regroupés. Ils vont tisser entre eux des liens forts, en vivant les mêmes expériences douloureuses. Solidaires, ils se soutiennent moralement, se comprennent, se complètent, l’un palliant le handicap de l’autre et vice versa. Ensemble ils vont affronter le regard des autres lorsqu’il faudra sortir de leurs hôpitaux. Après les souffrances physiques, il faut affronter le regard de leurs proches, regard mêlé de peur, chagrin trop grand à soutenir, dégoût…Rejetés par leur village ou même par leur propre famille de par leur aspect monstrueux, ils sont aussi exclus de la société lorsqu’il s’agit de reprendre un travail. L’amour, la construction d’un foyer, est, pour la plupart d’entre eux impossible. Après la fin de la guerre, il ne leur reste qu’un seul moyen pour subsister : s’unir. Ils fondent alors une association qui s’installe au château de Moussy-le-vieux, et vivent du produit de la terre. Mais ces ressources ne sont pas suffisantes pour leur permettre de vivre. Ils créent alors des tombolas ainsi qu’une souscription nationale « la dette ». C’est de ces tombolas que l’état va s’inspirer pour créer la loterie Nationale. Concurrencés ensuite par le Tiercé, les Gueules cassées vont innover de nouveau pour créer le loto, qui sera plus tard racheté par l’état, et dont l’association restera actionnaire! Les guerres suivantes ont apporté leur lot de nouvelles gueules cassées. L’association existe toujours. Elle vient de vendre cette année son château mais elle a gardé la même devise : sourire quand même!

site officiel des Gueules cassées

Le chateau de Moussy acquis par l'association des Gueules cassées en 1927 vient d'être vendu cette année. L'association n'avait plus les moyens de l'entretenir.
Le château de Moussy acquis par l’association des Gueules cassées en 1927 vient d’être vendu cette année. L’association n’avait plus les moyens de l’entretenir.

Extraits de  « La chambre des officiers »

« Je suis réveillé quelques heures plus tard par une douleur si forte et si diffuse que je suis incapable dʼen localiser lʼorigine précise. Mes pieds bougent. Les deux. Les mains aussi. Chacun de mes yeux perce la semi-obscurité. Je suis entier. Avec ma langue je fais le tour de ma bouche. En bas, elle vient sʼappuyer sur les gencives de la mâchoire inférieure : les dents ont été pulvérisées. Les hauteurs, elles, sʼannoncent comme un couloir sans fin ; ma langue ne rencontre pas dʼobstacle et, lorsquʼelle vient toucher les sinus, je décide dʼinterrompre cette première visite. Cʼest tout ce vide qui me fait souffrir.
De nouveau, je vois sʼagiter au-dessus de moi deux mentons. Les deux hommes sont en blouse blanche. Nouvelle tentative pour parler, qui se solde par un gargouillis sourd comme la plainte dʼun grand mammifère « 

« L’infirmière qui a éconduit Weil passe près de mon lit. Je l’arrête et lui montre mon ardoise. Elle patiente pendant que j’écris :
_ Voulez-vous voir quelque chose que vous ne verrez chez aucun autre homme ?
Comme de l’autre main je tiens mon drap très serré à la taille, je vois la couleur pourpre lui monter au visage. Puis je la fixe droit dans les yeux.
Et je lui tire la langue par le nez. Même Penanster en sourit de son œil valide. La petite infirmière détale.  « 

« Le matin suivant, je me lève pour la première fois. Ma démarche est hésitante. Je longe les fers de lits comme les premiers marins explorateurs longeaient les côtes. À chaque pas je crains de m’effondrer, mais la curiosité est plus forte que l’appréhension.
Lorsque enfin j’atteins mon but, je me penche sur l’un des deux nouveaux arrivants. Mon compagnon de chambre gît sur le dos, un petit crucifix dans la main droite, serré contre sa poitrine. Sa face est à l’air libre, sans aucun bandage. Un obus, certainement, lui a enlevé le menton. La mâchoire a cédé comme une digue sous l’effet d’un raz de marée. Sa pommette gauche est enfoncée et la cavité de son œil est comme un nid d’oiseau pillé. Il respire doucement. Je reprends mon chemin, faisant halte à chaque lit vide jusqu’au troisième occupant de la salle.  « 

« Dans cette grande salle sans glace, chacun d’entre nous devient le miroir des autres. »

« Au réveil, que je savais d’expérience être le moment de la plus grande difficulté morale, je m’approchais de son lit. Si mon odorat ne m’avait pas fait défaut, j’aurais pu être alerté par l’odeur du sang répandu. Il s’était donné la mort…Ni sa femme ni ses enfants ne l’avaient reconnu. Le plus grand des garçons s’était enfui en courant dans le couloir et en criant : « pas mon papa, pas mon papa ! ». Sa femme avait repris les enfants par la main, lui promettant de revenir quand il serait « plus en état ». « 

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La chambre des officiers : un dortoir comme celui-ci dédié aux défigurés.

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