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Vous aimez les livres avec de l’action, du suspense, de l’amour ? Alors rentrez dans le monde de MagnusMens.

Voici pour vous sur cette page un livre ado ebook gratuit : MagnusMens de S-F Cïmaiglon. C’est un cadeau  du site PasCeSoirJeLis, alors profitez-en! Vous avez la possibilité soit de lire en ligne ce roman ci-dessous, soit de le télécharger au format pdf, lisible sur tout support électronique.

PS : par ado, j’entends ici toute personne entre 14 et 99 ans…

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L’intrigue de ce livre pour ado ebook gratuit:

« Ils ont tous embarqué à bord du vaisseau « Deus ex Machina » qui les emporte vers la bataille. Ils ont 17 jours pour s’entraîner avant le combat. 17 jours pour être prêt à tout…

Robots, Immortels, Humains : ils ont dû tous s’allier pour faire face à l’ennemi.

Exaltés, impulsifs, arrogants : ils se sont tous portés volontaires pour sauver l’Alliance.

Manipulateurs, criminels, MagnusMens : ils ont tous un secret…

Aucun d’eux n’est en sécurité à bord.

Aucun d’eux n’est innocent… »

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Télécharger ce livre pour ado ebook gratuit:

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Lire en ligne ce roman pour ado ebook gratuit :

MAGNUSMENS

MagnusMens - un bouquin pour ado de science fiction, d'aventure et d'amour
MagnusMens – un roman pour ado de science fiction, d’aventure et d’amour

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CHAPITRE 1                  L’introduction                         livre ado ebook gratuit

Dans un instant, ils vont apparaître. Nous saurons enfin à quoi ressemblent les cinq plus puissants personnages de l’Alliance, ceux qui nous ont choisis parmi la foultitude des candidats pour sauver notre monde.

Autour de moi, la rage de se battre monte aux lèvres, les yeux pétillent de courage, les muscles se bandent et les thorax se gonflent de se savoir l’élite guerrière. Comme eux, je devrais être fière d’être ici, mais il n’en est rien…

Partout, ce ne sont que des corps impressionnants qui respirent la force et la vaillance. Ma stature frêle dénote, et je commence à douter…

C’est que je sais que je ne mérite pas ma place ici.

 

Comme eux, j’ai entendu l’appel des « cinq ». Comme eux, je me suis portée volontaire. Mais cela n’a rien à voir avec leur dévouement et leur bravoure : je n’avais pas le choix. Et ce ne sont pas mes qualités guerrières qui m’ont valu d’être choisie.

C’est Trévor qui a joué d’influence pour que j’intègre cette mission ici à bord du « Deus ex Machina ». Sa motivation devait être grande pour trouver les arguments, user de tous ses pouvoirs de persuasion pour m’envoyer ici. Mais était-ce pour me sauver comme je l’ai cru d’abord ou pour m’éliminer légalement et prendre ma place ?

Lui qui a reçu la formation que je n’ai pas eue pour gouverner…

Lui qui a reçu l’affection que mon père ne me donnait pas…

Mon père… C’est à cause de lui que j’en suis arrivée là…

 

L’espace délimité par les cloisons de fer glacées de ce vaisseau se remplit progressivement de ce mélange d’exaltation, de détermination, d’orgueil et de sudation si caractéristique de ceux qui partent volontaires au combat. L’attente de l’arrivée des « cinq » paraît interminable. La tension monte de seconde en seconde.

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Voici la carte de l’Alliance telle que décrite dans MagnusMens

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CHAPITRE 2                  Aurore                                livre ado ebook gratuit

Je suis née dans un cocon doré, et pourtant, j’ai toujours vécu dans la révolte.

 

Je suis originaire d’Aurore, une planète insignifiante, reculée au fin fond de la zone de l’Alliance, une planète pauvre aux maigres ressources. Eloignés de tous, négligés par le pouvoir central du « Grand Conseil » de l’Alliance, nous survivions dans des conditions dures et la famine avait fait souvent partie de notre histoire, jusqu’à l’arrivée sur le trône du roi Charles. Grâce à son dévouement à sa patrie et sa détermination sans limite, ces calamités n’existaient plus. Il avait su défendre nos intérêts et donner de l’importance au peuple d’Aurore. Il était rapidement devenu le plus aimé et le plus écouté des rois.

C’était une force de la nature ; un colosse infatigable et intransigeant à qui il était de toute façon impossible de dire « non ». Ses colères monumentales faisaient trembler les murs du palais et son esprit et ses yeux s’enflammaient. Cela avait fait fuir plus d’un de ses conseillers. Il laissait partir les faibles et s’arrangeait toujours pour récupérer les meilleurs.

Aimé pour son dévouement, respecté pour sa droiture, et craint pour ses colères, il était également un homme extrêmement distant. Il ne s’approchait et ne touchait personne et personne ne s’approchait de lui.

Il régnait depuis déjà quarante-sept ans, avec l’énergie d’un jeune homme, lorsqu’enfin, il céda à la pression du peuple et de ses conseillers et se maria. Nul ne sait pourquoi il avait attendu si longtemps pour cela ni pourquoi son choix s’était porté sur une jeune femme sans condition, issue d’une planète éloignée aussi pauvre que la nôtre. Ses raisons ne semblaient ni politiques ni sentimentales, bien qu’à la veille de leurs noces, sa fiancée était, paraît-il, une des plus belles femmes qu’Aurore ait jamais vues.

Charles voulait un fils, un héritier. Elle tomba enceinte rapidement. Et c’est ainsi que je suis née.

D’elle, j’ai le souvenir d’une ombre grise déambulant dans les couloirs du palais, effacée, silencieuse, la démarche claudicante et le visage à moitié déchiré de griffures – un horrible accident juste après le mariage de mes parents, et dont personne n’osait parler en notre présence. Je me souviens également d’une odeur douce et de bras frêles. Puis elle est partie ; j’avais cinq ans. C’était ma faute.

 

Se retrouvant seul à m’éduquer, mon père s’évertua à faire de moi une poupée de porcelaine, de celles qu’on expose seulement à travers une vitrine, et qui ont appris à dodeliner de la tête à tout propos pour simuler leur approbation. Bref, mon père s’attendait à ce que je sois comme ma mère, soumise, dévouée et fragile. Mais j’avais hérité de son caractère à lui, indépendante et têtue. Sa poigne à laquelle je ne pouvais me soustraire, m’étouffait, me révoltait.

 

Puis Trévor débarqua dans notre vie et tout devint encore plus difficile. Je sortais tout juste de ma crise d’adolescence, quand ce jeune homme austère, arrivé tout droit de nulle part, proposa à mon père de mettre ses mains fortes et son esprit brillant entièrement à son service. Loyal, incorruptible, dévoué à mon père et au royaume, ambitieux aussi, Gilles Trévor restait avant tout à mes yeux un homme froid et sans passion. Son attitude avec moi était distante et réservée, mais jamais dédaigneuse. Il devint rapidement le bras droit puis le fils qui manquait tant à mon père. Et celui-ci se mit à faire des projets pour nous deux, nous voyant mariés, et Trévor roi après lui. Mon père, alors, redoubla d’intensité ses efforts à vouloir contrôler ma vie.

Les robes qu’il choisissait pour moi, les professeurs de chant et poésie qu’il m’attribuait me donnaient la nausée. Dans le palais, j’étais entièrement sous son contrôle. Tout ce que je faisais, disais, mangeais même, lui était rapporté et tout écart à son modèle sévèrement réprimandé. Mais à l’extérieur, je faisais les quatre cents coups avec une bande de petits voyous. Et le peuple commençait à me connaître pour nos frasques et nos menus larcins. Jusqu’à ce fameux soir où une bagarre avec une bande rivale a grandement dégénéré. Il y a eu un mort dans le camp adverse. Puis la police nous est tombée dessus. C’est le responsable de la police qui m’a ramenée à mon père, les habits sales et déchirés, la lèvre en sang, un œil au beurre noir, éméchée. La nouvelle a rapidement fait le tour de la planète et mon père n’a rien fait pour l’en empêcher. J’ai bien cru à un moment qu’il allait me faire passer devant le tribunal et juger pour crime en bande organisée. Finalement c’est dans un camp de redressement militaire qu’il m’envoyaa, sur une base aérienne. Ce fut le premier tournant dans ma vie, dur mais bénéfique.

Apprenti mécanicienne d’abord ; je franchissais rapidement toutes les étapes jusqu’à devenir un pilote de chasse émérite. J’avais trouvé ma voie.

Piloter me procurait tout ce qui me manquait sur terre. J’étais aux commandes, ma vie entre mes seules mains, avec autour de moi du bleu à perte de vue. J’aimais à pousser les moteurs à fond au décollage et sentir la pression de l’accélération me plaquer contre mon siège, les oreilles remplies de vrombissements, les vibrations du roulage dans les jambes et les mains. Et puis il y avait l’instant magique où les roues ne touchent plus le sol, où la vibration s’arrête tout à coup, où l’air porte et élève. Et plus rien autour de solide, plus aucun référentiel terrestre. Seulement le ciel et moi ! Le palais de mon père devenait alors tout petit, vu d’en haut, bien inoffensif, et les tracas de ma vie quotidienne disparaissaient plus je montais. C’est ainsi que j’ai voulu aller toujours plus haut, dans la stratosphère, là où la rotondité de ma planète commence à être visible. Et j’ai commencé à me griser de vitesse et d’adrénaline. Je compensais le manque de tendresse par une overdose de sensations fortes. Ainsi je pouvais me sentir vivante !

Alors je me suis mise à piloter des engins de plus en plus puissants : le décollage ressemblait presque à un lancement de fusée. Oh, quelle puissance dans cette course folle aux accélérations presque douloureuses.

Mon père avait voulu m’envoyer dans l’armée pour me dresser et me ramener dans ce qu’il considérait comme le droit chemin, en jeune fille sage et soumise. Lorsqu’il découvrit que je participais à la démonstration en vol des chasseurs, le jour de notre fête nationale, quelle rage, quel affrontement ce fut ! Mais plus rien ni personne ne pouvait m’empêcher de voler, pas même lui. Cette fois, ma tare me servit à trouver les arguments pour le convaincre de me laisser continuer. Enfin ma vie trouvait un équilibre et un but.ado ebook gratuit

Puis tout bascula de nouveau : après soixante-sept ans de règne et de dévouement à son peuple, le roi Charles mourut.

Ce jour-là, le conseil au complet vint m’annoncer la nouvelle dans ma chambre et me chercher pour me soumettre à la loi de la succession. Dehors, le tocsin sonnait et la foule s’amassait sur la « Grand-place », découvrant la nouvelle.

J’étais son héritière, mais pour pouvoir régner de fait, je devais réunir une voix sur les trois possibles : celle de mon père dans un testament, celle du peuple par une acclamation lors de la cérémonie du « Défilé blanc » ou celle du Conseil du roi. Le juriste fit son entrée et déclara que le Grand Roi Charles n’avait fait aucun testament pour désigner son successeur. Puis tout s’enchaîna très vite, et ce n’est qu’en fin de journée que je réalisais combien le geste de mon père, cette absence de consigne, me mettait en péril – sans doute une dernière vengeance à mes provocations.

 

On me conduisit à l’écurie pour me préparer à la cérémonie du Défilé blanc.

Juchée sur une charrette, tirée par un maigre cheval, couverte d’une simple tunique blanche, je traversais la Grand-place, noire de monde. A mon passage, la foule s’écartait. Les regards que je croisais étaient fermés, hostiles. Et tout le temps que dura la traversée de cette place, pas une seule voix ne s’éleva en ma faveur, pas un bruit ne se fit entendre. Le peuple n’avait retenu de moi que ces démêlés avec notre bande de voyous et cette bagarre mortelle. Je payais le prix de mes frasques. Ebranlée, je rentrais au palais pour affronter encore le Conseil.

Ils se mirent tous en cercle autour de moi et, chacun à leur tour, ils donnèrent leur avis. Un simple mot sortait de leur bouche à chaque fois, intransigeant :

–         Non.

Tous ces vieux décatis conservateurs qui constituaient le conseil de mon père, me considéraient comme une gamine incontrôlable. Je le lisais clairement dans leurs esprits : « vingt et un ans, et elle en parait seize. Une écervelée kamikaze. Aucune formation politique. Irresponsable, irrévérencieuse et inutile. Son père aurait dû l’envoyer devant un tribunal et l’enfermer comme nous le lui avions recommandé, plutôt que de l’envoyer dans l’armée. C’est Gilles Trévor qui doit régner. Il a l’étoffe d’un grand roi. Il l’a déjà prouvé. »

Puis Trévor prit la parole en dernier, et je compris enfin quels dangers me guettaient :

–         Gabrielle, que je me prononce ou pas ne changera rien au résultat du vote. Tu as été écarté du trône par trois fois. Es-tu consciente de ce que cela signifie ?

J’attendais la suite, inquiète.

–         Tu vas être conduite au domaine où ta mère s’était enfermée, et tu y resteras recluse jusqu’à la fin de tes jours. Le Conseil pourvoira à tous tes besoins et tu ne manqueras de rien. En contrepartie, tu ne sortiras plus de cette demeure, n’auras plus aucun droit citoyen et t’engages à ne fomenter aucune révolte sous peine de mort.

Tout d’abord, je le regardais sans comprendre, impassible. Puis un mot fit écho et me percuta tout à coup : recluse !

–         NON ! Vous n’avez pas le droit de m’emprisonner ! Je me suis mal conduite par le passé, mais je n’ai tué personne. Vous n’avez pas le droit de me condamner, vous n’avez pas le pouvoir d’un tribunal !

Le plus âgé des conseillers se campa devant moi, fier et arrogant :

–         Fille de Charles, je te déclare déchue de la couronne. Tu seras gardée prisonnière jusqu’à la fin de tes jours. C’est la loi de succession d’Aurore. Elle nous protège de toute instabilité politique. Et en tant que Conseillers, nous nous devons de faire respecter la loi. Gardes, emmenez-la.

–         Attendez !

Sous le choc, je dévisageais Trévor, espérant que son intervention pourrait encore me sauver. Je cherchais un indice sur son visage et dans son esprit, qui explique ses intentions profondes. Mais avec lui, cela ne marchait jamais ; il était bien trop secret.

–         Messieurs, la loi stipule que tous les conseillers donnent d’abord leur avis. Or, je n’ai pas encore donné le mien. Oui, elle a un passé scabreux ; et aucune expérience politique comme Charles au début de son règne. Elle n’a jamais géré de situations difficiles, jamais eu à faire preuve de courage et de sang-froid lors d’un « conseil ». Parce qu’elle n’a participé à aucun. Mettons-la à l’épreuve. Elle est pilote de chasse après tout. Qu’on l’envoie en mission ; qu’elle nous montre ce qu’elle vaut. Ensuite, je prendrais ma décision et donnerais mon avis. Vous pourrez alors vous prononcer de nouveau et changer, ou pas, votre vote. Etes-vous d’accord ?

Ils étaient indécis. Avant qu’aucun d’eux n’ouvre la bouche, je pris vite la parole :

–         Je suis d’accord ! Tout plutôt que rester enfermée à tout jamais dans la maison maudite de ma mère.

Trévor me dévisageait intensément et je ne déchiffrais toujours rien de ses intentions :

–         Même si tu risques la mort ?

–         Même la mort.

Alors quelques conseillers commencèrent à hocher doucement de la tête en signe d’approbation.

–         Mais quelle mission allons-nous lui confier ?

La réponse arriva peu de jours après : l’Alliance venait d’entrer en guerre.

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Portrait de Gabrielle
Portrait de Gabrielle vu par Alice

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CHAPITRE 3                 Center et Cristal                 livre ado ebook gratuit

 

Toute l’Alliance venait d’entrer en guerre ! Pour la première fois depuis sa création il y a bien longtemps, notre unité était menacée. Les Mercenaires s’apprêtaient à attaquer la plus stratégique des planètes qui composent notre système politique : la planète noire, notre unique source de carburant !

Ils étaient en route. Les espions de l’Alliance l’avaient découvert. A moins que ce ne soit les Mercenaires eux-mêmes, si sûrs d’eux, qui avaient laissé filtrer cette information…

 

La nouvelle était arrivée deux jours après la mort de mon père. Le Grand Conseil de l’Alliance avait convoqué tous les chefs d’état de chaque planète pour s’accorder sur les décisions à prendre face à l’envahisseur.

Trévor avait été nommé Premier conseiller d’Aurore afin de pouvoir nous représenter. Comme la plupart des chefs d’état présents, il avait voté l’engagement de toutes les armées de l’Alliance. Le Grand Conseil proposait également d’attribuer les pleins pouvoirs à nos cinq Vénérables Sages, et de les nommer généraux de cette guerre. Trévor n’avait jamais rencontré les Sages. Tout ce qu’il savait d’eux de réputation concernait leurs immenses connaissances et leur aura quasi-divine. Comme tous les participants, il valida la proposition.

Des jours sombres commençaient pour Aurore avec le deuil de son roi, l’incertitude sur sa succession et cette guerre pour laquelle il fallait quitter ses champs, se mobiliser, partir loin de sa terre natale.

L’appel des Sages passa inaperçu auprès de tout le peuple, mais pas de Trévor.

Contre les Mercenaires, il fallait une élite guerrière, des volontaires prêts à tout pour chasser l’ennemi. Sexe, couleur de peau, casier judiciaire, tout cela importait peu. Les Sages recrutaient des cœurs vaillants prêts à résister « autrement », et à qui ils promettaient en retour (si retour il y avait) de gagner une dignité de héros de légende. Toutes les fautes passées seraient effacées… C’est ainsi que je fus enrôlée dans l’aventure.ado ebook gratuit

Après avoir frôlé l’emprisonnement à vie, après ces jours d’incertitudes, enfin, j’entrevoyais un chemin à prendre. Je n’avais jamais fait la guerre et j’y risquerai ma vie, mais je tenais mon sort entre mes mains, ce serait le prix à payer pour mes frasques passées. Le cœur plus léger, je rassemblais mes maigres effets dans mon sac à dos et m’envolais vers les Sages. Pour la première fois, je quittais cette planète qui m’avait vu naître. J’étais libre.

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La planète du centre était le point de ralliement que m’avaient attribué les Sages. Je devais y rejoindre un camp militaire top secret, et de là embarquer avec d’autres « élus » dans un convoi de transporteurs pour rallier le vaisseau mère surnommé « Le Deus ex Machina ».

Cette planète a la particularité de marquer approximativement le centre géographique de la zone de l’Alliance. C’est aussi la planète de nos origines, à nous tous les Humains de ce système. Elle est célèbre pour ses habitants cultivés et extrêmement charmeurs : les « Centers ». Elle est également célèbre pour ses robots intelligents apparus il y a quelques dizaines d’années et appelés les Vaucans, du nom de leur inventeur.

J’avais glané ces informations au cours des visites d’émissaires étrangers que nous recevions. On m’avait vanté les mérites de cette société modèle réputée comme la plus évoluée de l’Alliance.

En débarquant dans sa capitale Xaris, ma curiosité était déjà bien aiguisée. Le temps y était radieux ; en l’air, des avions aspirateurs de nuages cherchaient la perfection d’un ciel d’ozone. La ville était immense, luxueuse et il y régnait l’ordre. Le long des rues tracées au cordeau, s’élevaient des bâtiments imposants, aux façades agrémentées de motifs savamment étudiés donnant l’illusion de proportions encore plus gigantesques. Des places au carré parfait, défilaient les ribambelles de monomobiles, au rythme régulier et alterné des feux tricolores. Dans un ballet parfaitement synchronisé, les piétons traversaient en suivant le rythme inverse. La population était dense. Et tout ce fourmillement semblait réglé comme du papier à musique, comme si tout était écrit d’avance. Je ne saurais dire pourquoi j’en éprouvais un certain malaise.

Au gris clair des façades, s’accordaient les tons pastel des passants. Devant moi, une jeune femme, les voiles légers de sa robe longue flottant à la brise, un petit enfant paisible contre ses jambes, flânait devant les vitrines bien ordonnées. Partout sur les visages et dans les attitudes se lisaient la grâce et la beauté. Malgré moi, les hommes attiraient mon regard avec leur physique de statue grecque. Un groupe de jeunes gens charmants me croisa. L’un d’eux en me frôlant, me regarda avec insistance. Je profitais de ce bref contact visuel pour sonder plus facilement son esprit : d’abord, ce qui me choqua le plus fut le mépris qu’il manifestait pour moi. D’où lui venait cette arrogance à se considérer d’office comme supérieur à une inconnue croisée dans la rue ? Je trouvais pourtant en lui beaucoup d’intelligence et de culture. C’est alors que je touchais enfin à ce qui m’avait mise mal à l’aise en traversant cette ville : un manque profond d’humanité. Je venais de le ressentir dans l’esprit de ce jeune Center, dans la beauté physique et l’élégance des habitants, mais aussi dans l’ordre de toute cette ville : la perfection poussée à son paroxysme.

L’autre surprise concernait les Vaucans. Leur technologie me fascinait : certes, leur corps était constitué de métal, mais tout dans leurs gestes imitait l’allure et la grâce des Centers, comme s’ils voulaient mettre une volonté étrange et malsaine à ressembler à leurs maîtres. Et ils étaient extrêmement nombreux. En parcourant la ville, je crois bien en avoir vu en plus grande quantité que les Humains ! Partout, c’étaient les seuls à s’affairer.

Là, un épicier vendait ses fruits et légumes sur le marché, ici un agent de la circulation réglait le trafic et faisait traverser des petits écoliers Centers ; le livreur, l’éboueur, le chauffeur de taxi, la nounou, tous des robots. Ce qui était le plus remarquable, c’était que dans la rue, seuls les robots s’activaient à leurs besognes, contrôlant la vie de toute la planète. Que faisaient donc les Humains ici à part flâner ?

Moi qui viens d’une planète pauvre, peuplée essentiellement d’agriculteurs, à la vie dure et au sens pratique, j’étais choquée de constater combien la vie des Centers était douce et facile, axée uniquement sur des activités intellectuelles et les plaisirs. Je comprenais mieux maintenant pourquoi on comptait parmi eux les plus grands chercheurs, architectes, médecins… De toute l’Alliance. Et j’en éprouvais une certaine jalousie.

C’est donc avec un certain soulagement que je franchissais le mur d’enceinte du camp militaire, lieu de rendez-vous. Une sentinelle m’ouvrit la seule petite porte creusée dans ce mur, et je me retrouvais comme sur une autre planète, au milieu d’un flot bigarré stupéfiant : des guerriers Zouloudou aux pagnes en bambou tressé et aux coiffes immenses croisaient des géants des grottes de « Trevas » en combinaisons intégrales ; les voix haut perchées des femmes oiseaux se mêlaient aux vibrations graves des marins de « Trisquelle » ; les prêtres et prêtresses de la planète « Petite nuit » perdus dans les sobres drapés de leurs toges anthracite contrastant au milieu d’un groupe d’ « Aron » couverts de bijoux ; la petite taille des gens de « Béliste » ; l’allure d’athlète de ceux de « Cristal », les éclats de rires expressifs de ceux de « Mistral » et le recueillement de ceux de « Grande nuit ». Toutes les races humaines étaient là. Tous ces visages, fins pâles, ou roses et ronds, noirs, aux pommettes saillantes ; toutes ces figures aux expressions si variées, ces sourires, ou ces mines graves, ces airs de guerriers farouches, tous ces yeux aux couleurs si différentes, tous avaient pourtant un point en commun : la même fierté et la même excitation de se savoir « élu ».

Je reconnaissais ces peuples par les descriptions qu’on m’en avait faites, mais je n’avais croisé que très peu d’entre eux, depuis ma planète reculée. Des Vaucans embarquèrent avec nous. Et beaucoup de « Centers » également. Je suppose que ces derniers ne pouvaient pas se passer de leurs « robots à tout faire »…

On nous avait regroupés par douze et entassés dans des transporteurs, ces appareils militaires légers, rapides, et très inconfortables, afin d’atteindre le vaisseau des Sages en attente dans une zone de l’espace tenue secrète. D’autres transporteurs avaient décollé d’autres points de ralliement sur d’autres planètes, mais nous n’en savions rien. Les transporteurs décollaient un par un, le plus discrètement possible pour éviter d’ébruiter l’opération.

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Puis ce fut l’espace. La traversée jusqu’au vaisseau du Deus ex Machina dura quarante minutes. L’appareil vibrait fortement. Les corps ballottaient, les sourires s’étaient effacés. Les visages palissaient à vue d’œil, malmenés par les soubresauts du transporteur. Ceux qui n’étaient pas malades scrutaient l’espace à la recherche de leur planète d’origine. Comme eux, je mesurais la distance qui me séparait de chez moi, l’esprit rêveur.

Puis un objet sombre apparut. Derrière, l’espace disparaissait progressivement, planète après planète, étoile après étoile, comme si tout était gobé. Le corps noir occupait maintenant tout notre champ de vision. On ne distinguait presque rien de ses formes furtives, hormis un point blanc qui grossissait rapidement : le pavillon de l’Alliance. Nous étions en approche du « Deus ex Machina ». Le transporteur ralentit, semblant contourner le vaisseau, puis s’immobilisa. Alors, d’un coup, deux yeux blancs puissants s’allumèrent comme des phares et il nous apparut : une gueule immense de bête d’Apocalypse sortit de l’obscurité, la bouche tordue de rage, des motifs tribaux sur les bajoues. La figure de proue au regard féroce et plein de défi, semblait nous dire : « Que ceux qui veulent me servir y songent à deux fois avant d’entrer ! Et que ceux qui veulent m’attaquer s’enfuient immédiatement ! ». Dans le transporteur, tous les visages étaient maintenant pâles, les dos courbés, muets de stupéfaction. Alors le mécanisme d’ouverture se mit en marche. La bouche de la bête se fendit en deux, et les dents s’écartèrent pour laisser apparaître une langue rouge : la piste d’atterrissage. Elle nous engloutit…

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Dès l’arrivée, un gros balaise posté à une intersection de corridor nous orientait dans le vaisseau. J’observais son manège : les musclés aptes au combat à droite, les autres à gauche vers l’intendance. C’est à peine s’il écoutait lorsque chacun déclinait son identité. Je n’aurais finalement peut-être pas à me battre. Trévor se serait-il entendu avec les Sages pour m’éviter de grands dangers ?

Je souriais en pensant à la tête horrible que feraient au repas tous ces « élus » si j’étais affectée aux cuisines. Arrivé à mon tour, le gros balaise avait commencé à lever le bras à gauche, mais son geste s’était figé en entendant mon nom, ses yeux avaient cherché dans une liste, puis il m’avait montré le couloir de droite.

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Au début, il me sembla qu’on nous guidait vers la proue, en file indienne, longeant les bords courbes du vaisseau dont on voyait l’ossature métallique. La coursive était faite de grillages aux mailles larges, au travers desquelles un vide profond en disait long sur la taille du vaisseau.

Puis il y eut de nombreux changements de direction ; les bruits internes s’amplifiaient, les passages se rétrécissaient et s’encombraient de tuyaux qui s’entrecroisaient près de nos têtes, de nos jambes, rendant la progression difficile. Il faisait de plus en plus sombre. Même l’air semblait plus lourd. Bien vite, je perdis le sens de l’orientation dans ce dédale de boyaux métalliques. La seule impression qui me restait était celle d’arpenter l’intérieur du ventre de la bête de fer, obscur, avec son lot de gargouillements sourds et de vibrations sous nos pieds. Enfin, il fallut grimper aux barreaux d’une succession de tubes verticaux pour rejoindre ce que je devinais comme étant le pont supérieur. Là, les couloirs étaient larges, les murs et le sol en tôles boulonnées. Des flèches lumineuses indiquaient le chemin jusqu’à ce que nous arrivions à cette salle.

Elle était grande, baignée dans une lumière forte et vide de tout objet, lieu irréel au sein de la bête de fer. Au fur et à mesure qu’elle se remplissait, j’observais les nouveaux venus. Après le vol qui en avait rendu plus d’un malade, après ce périple à l’intérieur de la bête qui avait de quoi nous surprendre, les visages reprenaient maintenant leurs couleurs, les dos s’étaient redressés, et certains osaient échanger quelques phrases avec ses voisins, dans notre langue commune, l’Allienca. Maintenant qu’on nous avait séparés de ceux de l’intendance, la population était beaucoup plus homogène et beaucoup plus impressionnante. Tous des guerriers jeunes, fiers, rompus à la discipline, le regard haut rempli de courage et d’orgueil. Mais ce qui frappait le plus, c’était la stature de ceux qui m’entouraient. Partout autour de moi, je devais lever la tête pour observer leurs épaules : des charpentes lourdes et puissantes. Et comme si ce n’était pas suffisant, chacun avait voulu en imposer encore par des tenues de combattant aguerri : armures étincelantes, peintures de guerre dissuasives, pantalons cloutés, cuirasses lustrées, tenues d’apparat militaires. Si les armes personnelles avaient été autorisées, je crois bien qu’il y en aurait eu à profusion. Instinctivement, je jetais un œil à ma tunique et mon pantalon unis, à mes mains nues si fines. J’imaginais les entraînements martiaux intenses qu’il avait fallu pour modeler tous ces corps bodybuildés. J’avais suivi des entraînements militaires. Pourtant, en regardant mes bras frêles, vraiment rien ne permettait de l’imaginer.

Non vraiment, Trévor n’avait pas voulu me sauver. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

A côté de moi, un grand balaise me fixait avec ironie. Mentalement, il se targuait d’être le plus musclé de cette salle et se moquait intérieurement de mon jeune âge et mon aspect qu’il qualifiait de « petite peste ». Mon sang ne fit qu’un tour. Ignorant qu’il était entouré de quatre autres camarades bâtis comme lui, je lui sautais au cou et enfonçais mes ongles dans sa carotide. A la seconde, il me plaqua au sol et me menaça de son poing. Mais une autre main s’était mise en travers de la trajectoire et arrêta net son mouvement :

–         Stop ! On n’est pas là pour s’entre-tuer. Elle a été élue, elle aussi. Qu’est-ce que tu lui as fait pour qu’elle se jette sur toi ?

Et pendant qu’elle lui parlait, elle me tendit la main pour me relever.

–         Je m’appelle Clar, et le gros ballot qui t’a sauté dessus, c’est mon frère Rog.

Tout en disant cela, elle lui sourit et, comme sous l’effet d’une douche glacée, le cerveau du fameux Rog s’apaisa d’un coup. Quand il s’adressa à moi, ce fut avec un grand calme :

–         Qu’est-ce qui t’a pris de m’attaquer ?

–         Je n’aime pas qu’on se moque de moi.

–         Tu es sensible ! On ne peut pas dire que tu sois d’un gabarit… disons, standard dans cette assemblée. C’est quoi ta spécialité ?

Il se frottait le cou à l’endroit où je l’avais profondément griffé, mais cette fois, son ton était plus amical qu’ironique.

–         Ca va s’arrêter de saigner si tu continues à appuyer dessus. Je suis pilote de chasse.

–         Et tu attaques toujours avec tes griffes ?

–         Si la cible est un boxeur puissant qui a le réflexe de se protéger le visage, alors oui, c’est la meilleure attaque possible. Enfin, quand je n’ai pas de chasseur sous la main bien sûr.

–         Comment tu as su que j’étais un…

–         La position de tes pieds, les poings que tu remontes, paumes vers le haut, la forme de ta musculature.

Et contre toute attente, il me tendit une poignée de main :

–         Tu es une drôle de maline toi. Tu t’appelles comment ?

–         Gabrielle.

Clar continua les présentations :

–         Voici Freyj, Tom et Jarl, nos amis. Nous avons répondu à l’appel des Sages tous ensembles et nous avons tous été recrutés ! Nous sommes les inséparables de Cristal !

De cette planète et de ses habitants, je connaissais peu de chose : des êtres à la réputation chaleureuse perdus dans un milieu hostile en permanence glacé. Je remarquais maintenant que tous les cinq étaient à très faibles distances les uns des autres, se touchant souvent le bras ou l’épaule, et se parlant de très près. Leur peau pâle qui n’avait pas beaucoup vu le soleil était parsemée de taches de rousseur.

Les mains de Clar et tout son corps accompagnaient ses paroles dans des gestes vifs, débordant d’entrain et d’assurance. Elle dégageait une impression de solidité physique et mentale enviable, avec la même stature de géante et les mêmes pommettes roses de poupée que son frère. Et la même couleur d’âme aussi : du blanc, lumineux.

Dans ses souvenirs, elle était dans un paysage lunaire, luttant contre un blizzard de neige, son nez rouge pointant à peine de sa capuche en fourrure, son frère et ses amis autour d’elle. Les pieds bien ancrés au sol, les pensées aussi solides que leurs jambes, ils étaient campés devant un petit groupe compact de personnes qui criaient et semblaient les défier. Et on aurait dit qu’ils jouaient à celui qui tiendrait le plus longtemps debout face au vent. C’était à ce moment-là qu’ils avaient reçu la réponse des Sages et que leur vie avait radicalement changé, leur permettant de sortir de ce que dans son esprit, elle nomma « le Koulak ».

–          Vous avez l’air de vous connaître depuis longtemps !

–          Nous sommes tous les cinq originaires du même village. Nous avons grandi ensemble.

–          C’est amusant, vous avez tous des prénoms très courts, comme s’ils étaient coupés ! Est-ce le cas pour tous les habitants de votre planète ?

Elle rit :

–          C’est effectivement une tradition qui perdure ! Chez nous, la nature est hostile. Le givre et la glace recouvrent toujours le sol. Les températures ne montent jamais au-dessus de zéro degré et le vent souffle très souvent. On raconte que les mamans des temps reculés avaient donné des noms plus longs à leurs enfants. Régulièrement, des enfants se perdaient dans le brouillard givrant. Et leurs parents les cherchaient longtemps en criant leur prénom. La légende veut que seuls les enfants qui avaient un prénom court étaient retrouvés, car le vent sifflant ne laissait passer qu’une syllabe ou deux. Les autres prénoms se perdaient dans les bourrasques et les enfants avec. Ce ne sont que des légendes bien sûr, et à vrai dire, seuls survivent les plus forts chez nous. Mais cela fait partie de notre culture. Et toi d’où viens-tu ?

–          Je viens de la planète Aurore. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une planète chaude semi-désertique, perdue au fin fond de l’Alliance, à l’aube de l’humanité en quelque sorte… Et bien que le vent puisse y être très bruyant, nos enfants portent des prénoms de toutes les longueurs possibles. J’en connais même un qui s’appelle Maximoritolizec…

–          Tu devrais lui conseiller de ne jamais venir sur notre planète un jour de blizzard !

–          Je transmettrai !

–          Aurore… J’ai entendu dire que vous veniez de perdre votre roi et qu’en guise de successeur, il n’a laissé que sa fille, une gamine écervelée et vindicative… En plein début de guerre. Les temps doivent être durs sur ta planète !

Oui, Clar, les temps sont durs… Heureusement, elle enchaîne sans que j’aie besoin de répondre.

–          Sais-tu que ce sont nos Vénérables Sages qui vont nous guider tout au long de ce voyage, et même lors de l’affrontement ! Leur présence transforme ce vaisseau en véritable sanctuaire. Ce sont les apôtres de la Déesse. Peu de monde a comme nous la chance de les rencontrer, et encore moins d’être instruit par eux. Attention, je crois qu’ils arrivent… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

La salle s’obscurcit lentement et les discussions stoppent.

Dans un bruit de fer, les portes se ferment sur les derniers guerriers arrivés, sur cette salle d’un blanc immaculé, comme un sas entre deux mondes ou deux espaces-temps.

Quand tout à coup, les esprits autour de moi s’animent : « Les voilà » ! ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Les élus
Les élus, portrait des principaux personnages de MagnusMens vus par ALice

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CHAPITRE 4                  L’arrivée des Sages                livre ado ebook gratuit

 

Le seul espace qui jusqu’ici était resté dans l’ombre, s’éclaire maintenant d’une lumière crue, en même temps que le reste de la salle baigne brusquement dans l’obscurité. Dans la lumière, une estrade et cinq chaises : cinq carrés blancs parfaitement espacés posés sur un rectangle blanc.

Leur pureté de ligne, leur austérité marque nos rétines dans cette saturation de lumière. Puis, le rythme lent d’une cloche de fer fait cesser les chuchotements. Un personnage en aube et en cagoule carillonne d’un tintement monocorde, marquant le pas lent des cinq ombres qui le suivent. Encore quelques pas puis leurs frêles silhouettes entrent dans le halo de lumière.

Les Vénérables Sages s’avancent : cinq vieillards au visage fripé, sans âge et sans race distincte, enveloppés dans leur robe de bure de pénitents.

Voilà à quoi ressemblent ceux dont le nom évoque partout dans l’Alliance la puissance et la connaissance absolue ; ceux que toutes les nations Humaines regroupées dans l’Alliance redoutent et écoutent ! Nos maîtres à tous ! Ceux qui nous ont choisis pour intégrer « le Deus ex Machina »… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

La salle est maintenant dans le noir total, hormis l’estrade. On ne voit plus qu’eux dans cette lumière éblouissante. Ils sont venus se placer devant leur chaise dans un mouvement d’une précision militaire et se sont immobilisés en même temps, leurs corps décharnés dans la même position.

Dans le silence de la salle, le personnage en aube et cagoule s’est posté devant nous pour ordonner :

–          Un genou à terre devant nos Vénérables Sages !

Aussitôt tous s’exécutent dans un brouhaha de bottes, de rangers qui raclent le sol, d’articulations et de tissu froissé. Quand nous sommes tous à genoux et que le silence revient, l’homme à l’aube et cagoule reprend :

–          Debout !

Alors, nous croisons enfin leur regard : cinq paires d’yeux sournois et rusés. Leurs pupilles perçantes semblent scanner toutes les âmes qui rentrent dans leur champ de vision au fur et à mesure qu’elles balayent l’assistance. Malgré leur grand âge, il se dégage d’eux une aura extraordinaire. Et aussi un malaise : cinq répliques identiques de vrais quintuplés, aux gestes toujours en phase. Dans un ballet parfaitement orchestré, leurs bras se sont levés en croix. Puis ils prennent la parole tous ensemble. Et c’est comme si une seule voix sortait de leurs cinq bouches. Lente. Puissante :

–          Oh, les cœurs courageux ! Soyez fiers, car vous êtes les « Elus », les guerriers de l’Alliance ! Au milieu des tourmentés, des faibles, des lâches, des indifférents, vous avez entendu notre appel ! Le désir a mûri en vous, malgré les craintes, malgré les souffrances à venir. Et vous avez répondu à notre appel, vous avez parcouru un long chemin pour arriver jusqu’à nous et faire front contre l’envahisseur qui menace notre Alliance. « Elus », vos noms vont entrer dans l’histoire ! Vos cœurs purs et vos âmes généreuses gagneront le paradis !

 

Pourtant, je le sais, c’est d’abord à l’enfer qu’il faut se préparer.ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuitado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit


CHAPITRE 5                  Les Mercenaires        livre ado ebook gratuit

 

Qui, dans toute l’Alliance, n’a jamais entendu parler des Mercenaires ? Même au fin fond du plus éloigné de nos systèmes planétaires, tout le monde connaît cette bande d’assoiffés de sang et de pouvoirs, cette horde hétéroclite de forçats évadés, d’anciens soldats rebelles, d’hommes avides de pouvoir et de richesses, et de diables errants à qui il ne reste que la violence pour survivre !

Mon père m’avait élevée loin des préoccupations de notre planète et de la scène politique. Et pourtant, je connais leur histoire. Je l’avais entendue au cours d’une de ces visites d’émissaires étrangers à laquelle je devais, selon les ordres de mon père, jouer le rôle de la présence féminine agréable à regarder et à entendre du moment que je ne me mêlais pas des affaires en cours… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Leur faction était apparue il y a cinq ans lors de la « Horde sanglante ». Ils n’étaient alors qu’une poignée de voyous qui avaient projeté d’enlever le Président du conseil de l’Alliance pour obtenir une rançon. Ça se passait sur la planète Béliste et ses habitants s’en souviendront encore longtemps. Le Président enlevé, l’Alliance avait envoyé un commando plutôt que la rançon, ne prenant pas au sérieux la menace. Pendant tout un mois, les Mercenaires avaient mis le pays à feu et à sang, se protégeant des armées derrière leur prestigieux otage. Certains villages, et même une petite ville avaient été rayés de la carte. Les viols, meurtres et habitations dévastées furent incessants pendant toute cette période. On raconte que leur chef, un certain Arius, un homme à l’esprit follement sanguinaire, aimait garder un souvenir de chaque meurtre : un bijou, une dent, un ongle ! Lorsqu’enfin l’Alliance les prit au sérieux après l’échec du commando et qu’ils reçurent leur rançon, le Président fut rendu au Conseil… En morceaux !

Aujourd’hui, ils sont de retour, infiniment plus riches, plus armés et plus nombreux. Et leur objectif est bien plus ambitieux : prendre le contrôle de la planète noire, notre base pétrolière qui alimente toute l’Alliance, notre unique source d’or noir ; et tenir tout notre système sous leur coupe ! Evidemment, ce point névralgique est protégé : si cette planète n’est pas, à proprement parler, habitée, elle dispose en revanche de nombreuses bases militaires qui entourent tous les puits. Mais la rançon d’il y a cinq ans représente une colossale somme d’argent.

Depuis la nouvelle de leur arrivée, l’Alliance tremble en imaginant ce que cette horde assoiffée de sang, de violence et de pouvoir pourrait faire, maintenant qu’elle est riche et puissante !

Cette fois, notre liberté à tous est menacée. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

 

CHAPITRE 6      L’intronisation des Elus             livre ado ebook gratuit

 

Un silence de cathédrale règne maintenant malgré le nombre, comme si la salle était remplie de coton. Mais pour moi, elle est remplie de petits bruits de pensées qui jaillissent de toute part, s’entremêlant en arabesques tordues au-dessus des têtes. Un concert, non, une cacophonie de pensées : « J’affronterai les ténèbres pour que triomphe la lumière », « Libérer les tensions du corps, happer l’énergie cosmique, transformer mon âme en pure émotion, atteindre le satori… Et tuer ! », « Mon nom va entrer dans la légende », « Pas de survivant. Ils ne le méritent pas, ces parias… », « Que mon bras porte le Verbe », « Bientôt je retournerai chez moi couvert de gloire et je me vengerai de vous… », « Qu’est-ce qu’on ressent quand on tue pour la première fois ? », « Que tous ces morts lavent mes péchés ». Sang, vengeance, peur, destruction, bravoure, prière, toutes ces pensées se mélangent dans un tourbillon de fumerolles folles à donner la nausée. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Brusquement, les cinq Sages brisent le silence de leur voix unique et pénétrante. La mer de fumerolles se fige instantanément :

–          Notre Alliance, le symbole de notre entente entre Humains, est menacée ! Tous les efforts passés pour s’unir, tout ce que nous avons construit, planète après planète, depuis tant d’années pourrait être anéanti dans cette guerre et perdu à tout jamais ! Arius et ses Mercenaires veulent notre plus grande richesse : la planète noire.

Au fur et à mesure qu’ils prononcent leur discours, des images défilent derrière eux sur le mur. Une carte de l’espace avec les positions de chacun : l’ennemi est à dix-sept jours de l’objectif. Des photos de la planète noire : cette planète sans soleil, plongée en permanence dans le noir complet, ses bases d’extraction de pétrole recouvrant pratiquement toute sa surface, et ses camps de surveillance armés. Mais ces défenses apparaissent dérisoires en comparaison des forces déployées par l’ennemi.

Des informations sur la légion des Mercenaires s’affichent en surimpression : cent mille hommes, une armada de vaisseaux spatiaux de toutes tailles, des transporteurs, et des chasseurs ! Et à sa tête, son fleuron en matière d’armement : le nouveau vaisseau « Drakkar Noir », sa base de commandement.

–          Qu’adviendrait-il de nous si ces hordes de sauvages s’emparaient de notre unique source de pétrole ? Plus aucun vaisseau de l’Alliance ne pourrait les combattre faute de carburant ! Et toute l’Alliance serait à genoux devant ces immondes hors la loi ! Voulez-vous qu’Arius s’empare de la planète noire et devienne l’homme le plus puissant de toute la race Humaine ?

–          NON !

–          Voulez-vous que les Mercenaires envahissent impunément vos planètes et vos foyers ?

–          NON !

–          Voulez-vous que vos amis, vos proches deviennent les esclaves de cette horde sanguinaire ?

–          NON !

–          Alors, nous allons nous battre ! Pour la planète Noire, pour la liberté, pour l’Alliance !

–          Pour la planète noire, pour la liberté, pour l’Alliance !

Les esprits s’échauffent. Des poings impatients se lèvent et des cris fusent. Il faut un moment pour que l’assistance se calme et que les Sages puissent reprendre leur discours :

–          Selon les traités intergalactiques, nous ne pouvons attaquer l’ennemi que lorsqu’il aura pénétré dans la zone de l’Alliance. Toute infraction à cette règle serait considérée par nos voisins comme une déclaration de guerre et nous n’avons pas besoin d’ennemis supplémentaires. Selon nos calculs, les Mercenaires devraient l’atteindre dans dix-sept jours. C’est le temps que nous avons pour nous préparer. Toute l’Alliance s’est mobilisée ! Partout, de chaque planète, des troupes de soldats sont en route. Ils viendront se poster entre la planète noire et l’ennemi. Leurs mouvements de troupes massifs ne passeront pas inaperçus. Ils impressionneront par leur nombre, mais leur position en dira déjà long à l’adversaire sur notre stratégie d’attaque. Un seul élément leur sera totalement inconnu : le « Deus ex Machina ». Jamais les Mercenaires ne devront en connaître l’existence. Aucun radar visuel, infrarouge, sonore ne devra pouvoir le détecter. Pour cela, les consignes à bord sont très strictes : aucune communication avec le monde extérieur pendant toute la durée de la mission. Quant à vous, vous ne devrez jamais exister aux yeux de l’ennemi, jusqu’à ce que vous ayez frappé, et détruit ! Vous êtes les « Elus », l’arme secrète de l’Alliance. Vous interviendrez en plein cœur de l’ennemi, rapides, précis, et furtifs ; pendant que le gros de la troupe frappera de front. La plupart d’entre vous ont des amis, des frères ou des sœurs, un père ou une mère parmi eux. Souvenez-vous bien de ceci : sans eux, vous ne pourrez pas agir ; sans vous, ils ne pourront pas vaincre. Ce vaisseau spatial est la base de commandement de notre armée, et c’est aussi votre camp d’entraînement. Nous avons dix-sept jours pour faire de vous une équipe soudée et en parfaite coordination. De vous dépend l’avenir de tout notre système.

Et la salle enthousiaste répond : « A mort les Mercenaires ! On va leur faire manger leurs vaisseaux ! » ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Puis la voix des Sages change brusquement, et prend un ton d’église :

–          Elus, toute l’œuvre à accomplir ici est en vous, entretenue, chérie pour certains, ou bien couvée, cachée, pour d’autres ; mais encore à l’état de larve, sans raison profonde, sans guide. Elus, entrez dans ce vaisseau comme on entre dans les ordres : le cœur pur, l’âme pleine d’ardeur, le bien de l’Humanité comme étendard. Faites un pas dans la lumière ; déposez tous vos fardeaux, tous vos doutes, tous vos freins et prononcez votre prénom. Confessez-nous vos âmes faibles, faites acte d’allégeance, remettez-vous en à nous, vos Vénérables Sages, en toutes choses. Ici plus de nom de famille ; votre famille est ici. Regardez votre voisin : c’est votre frère d’armes. Plus de grade ni de hiérarchie ; vous êtes tous les bras d’un même corps ; nous sommes la tête. Oubliez ce que vous avez été, ce que vous avez appris et ouvrez vos yeux et vos oreilles sur ce monde nouveau que nous allons vous enseigner. Ainsi seulement, vous pourrez suivre le chemin que nous vous tracerons pour vous révéler. Ainsi seulement, vous pourrez arracher les Hommes à leurs ténèbres. Ainsi, vous pourrez racheter vos âmes impures.

Dans le silence, leurs voix vibrent encore au fond de nos cerveaux. Je les entends résonner en écho dans chacun des esprits autour de moi, comme les notes puissantes d’un orgue d’église envahissant la nef puis chaque transept, vibrant encore longtemps après avoir joué sur le clavier. L’air semble en suspens. Plus personne ne bouge.

Puis cinq bras se tendent vers un des « Elus », l’invitant à avancer :

–          Présentez-vous à vos frères. Donnez votre prénom et votre planète d’origine. Pas de nom de famille, il doit rester secret. Plus encore, vous devez l’oublier ! Inclinez-vous devant vos Sages et prononcez votre engagement plein et définitif.

Alors commence le rituel d’intronisation qu’ils ont ordonné. L’homme sort de l’ombre de la salle et s’avance lentement dans le halo de lumière qui entoure l’estrade. C’est une sorte de colosse dont je peux distinguer le dos noué de muscles et les épaules puissantes qui dépassent de la foule. Conformément aux instructions des Sages, il se tourne vers nous, ses « frères d’armes » pour se présenter.

–          Je suis Adam de la planète « Petite nuit ».

Puis, avec déférence, il s’agenouille devant les Sages, et prête serment d’obéissance, répétant les paroles qu’ils lui dictent :

–          Je jure de défendre l’Alliance et m’en remets aux Vénérables Sages en toutes choses.

Son corps massif s’est plié au pied de l’estrade. A ras de terre, il reste plus corpulent que les cinq maigres aïeuls qui lui font face. Pourtant, c’est bien des cinq vieillards que semble émaner toute la force qui électrise cette salle. Il règne un silence de recueillement ; même les esprits se sont tus. Les Sages reprennent avec cette fois une voix suave :

–          Préparez votre âme ; videz-la de tous vos péchés…

Alors l’esprit de l’ « Elu » s’anime. Ses souvenirs aigres remontent à la surface par flashs violents : des coups de poing contre un ami ; des insultes à sa mère ; une sœur mourante qu’il a tuée. Il se répète en boucle : « elle était un fardeau pour notre pauvre famille. On serait tous morts de faim à vouloir la sauver. » Il est chassé à coups de pierres. « On serait tous mort », « on serait tous morts », « fardeau ». Puis les mots s’estompent avec les regrets et disparaissent comme si tous ses crimes pouvaient s’effacer en un clin d’œil. Sous le choc, je regarde les Sages : yeux fermés, mains tendues vers l’homme, ils sourient !

Quand l’« Elu » se relève, son visage paraît transformé, éclairé et grave, son esprit exalté au service des cinq. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Longtemps, le rituel se répète : les Sages pointent du doigt dans la foule ; l’Elu entre dans la lumière, se présente à nous ; puis jure obéissance aux cinq Vénérables, avec respect et ferveur. Et dans ce simulacre d’absolution, son âme se vide de toutes ses exactions, son cœur se relève en paix.

Et à chaque fois, je découvre avec horreurs ces âmes cassées, hors standard, rejetées des autres par leurs crimes ou leurs différences, qui se libèrent si facilement de leurs troubles par le pouvoir éphémère de la confession. Au bord de la nausée, j’ai cessé rapidement de sonder leurs âmes et ne suis plus la cérémonie. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

C’est mon tour ! Des Sages, cinq bras se sont tendus vers moi, cinq paires d’yeux me scrutent. L’assistance s’est distendue, m’ouvrant le passage jusqu’à eux.

Encore quelques pas et l’engagement sera définitif. Mon cœur bat d’excitation, mes pieds hésitent. Dans ma tête défilent à toute vitesse les petits bouts de ma vie qui ont fait que je suis ici aujourd’hui. Le halo lumineux est juste devant moi. Plus qu’un pas pour le franchir.

J’entre.

Tout devient blanc. D’abord, je ne vois plus rien. Puis mes yeux s’accommodent. Je me tourne vers la salle plongée dans la pénombre ; je ne distingue plus personne. Et je dis mon nom :

–          Je suis Gabrielle de la planète Aurore.

Pas de réaction dans les esprits alentour. Personne ne m’a reconnue. Il vaut mieux. Je me tourne vers les cinq Vénérables, et m’agenouille pour prêter serment :

–          Je jure de défendre l’Alliance et m’en remets aux Vénérables Sages en toutes choses.

Les Sages murmurent à nouveau leur phrase rituelle :

–           Préparez votre âme ; videz-la de tous vos pêchés…

Je n’ai aucune intention de ressasser mes souvenirs. Je ne cherche qu’à les oublier. Je penche la tête en avant, simulant une introspection rapide et me mets à sonder leurs esprits. Du noir ! Rien que du noir, intense comme un puits sans fond, non comme cinq puits sans fond. J’ai le vertige et tout à coup, une voix intérieure sort du noir :

« Confie-toi à nous, Gabrielle MagnusMens ».

Les Sages connaissent ma tare ! Les Sages lisent eux aussi dans les pensées ! Et ils s’adressent à moi tous les cinq de façon totalement synchrone. En proie à la panique, je clos violemment mon esprit comme on claquerait une porte. Je me redresse brusquement ; la colère fait battre le sang dans mes tempes et je m’enhardis jusqu’à m’adresser à eux de la même façon : d’esprit à esprit !

« – NON ! Je n’ai pas l’intention de vous laisser vous délecter de mes fautes et jouer à m’absoudre. Si vous voulez les connaître, il va falloir venir les chercher par vous-même au fond de mon cerveau ! »

« – Ce n’est pas ainsi que cela doit se faire. Veux-tu garder au fond de toi tout ce qui te ronge et t’entrave ou faire la paix avec toi-même, libérer ton esprit de ses chaînes et te révéler ? N’oublie pas que seuls les plus forts pourront accomplir leur mission… Et que tu es venue à nous de ton plein gré ! »

« – Je ne suis pas venue de mon plein gré. Je n’ai pas eu le choix. Et vous, pourquoi m’avez-vous acceptée ? A cause de ma tare ? »

« – Jeune Gabrielle, ôte tes doutes de ton esprit ; crois en toi. Car nous t’avons choisie en toute connaissance de cause. »

« – Vous ne me connaissez pas ! Comment avez-vous su que je lisais dans les pensées ? Qui vous a renseigné sur moi ? »

« – Toutes les questions finissent par rencontrer leur réponse. Ouvre ton esprit. Aie foi en nous et nous te montrerons comment avoir foi en toi. C’est tout ce que tu dois savoir pour le moment. Retourne dans les rangs. »

« – Je… »

Je n’ai pas le temps de terminer ma pensée. Je suis coupée net par leur voix intérieure cinglante et violente :

« – Tu as prêté serment ! »

Sans savoir trop comment, je me retrouve quelques pas en arrière, dans la pénombre, au milieu des autres ; sonnée.

Puis j’ai peur : ils sont entrés et ont lu dans mon esprit ; moi qui me croyais unique et impénétrable. Et ils sont entrés avec force. Alors l’écœurement m’envahit ; comme l’effet d’un étranger qui aurait en cachette visité une chambre, touché aux draps. Mes os se glacent, mon esprit s’est clos comme une huître. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Le défilé des Elus continu. Chacun égrène ses fautes en pensées sans aucune pudeur, et exhibe ses méfaits se croyant seul, ne sachant pas que ce sont les Sages qui les y incitent et accèdent à leurs moindres secrets. Tout cet étalage malsain me donne la nausée. Pourtant, après chaque serment prononcé avec conviction, après chaque flot de souvenirs plus ou moins lugubres, les esprits libérés de leurs poids repartent tous plus sereins, regonflés et endoctrinés ; tous sauf moi.

C’est alors qu’une seconde vague de peur m’assaille : quelqu’un d’autre que Trévor est intervenu auprès des Sages, quelqu’un d’Aurore qui connaît mon secret et le leur a révélé – un secret que j’avais pris soin de ne jamais montrer à personne. Mais qui ? ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

J’ai toujours eu cette faculté de lire dans les esprits.

Je ne saurais dire exactement à quel âge j’ai compris que j’étais différente. Ma mère, bien entendu, fut la première à s’en rendre compte…

Petite, je voyais bien qu’il arrivait que j’entende les voix des personnes sans que leur bouche ne s’ouvre. Et je voulais faire comme elles : communiquer sans ouvrir la bouche. Mais lorsque j’utilisais cette façon de faire, ou bien lorsque je pleurais par la pensée, sans verser de larmes, ou lorsque je criais sans un bruit, personne ne réagissait. Dans ma famille, on m’a considérée longtemps comme une enfant au développement intellectuel « tardif ». Il faut dire qu’en plus de mon comportement étrange, j’ai toujours eu une apparence plus jeune que je n’étais réellement. J’ai fini par me résoudre à communiquer en faisant du bruit avec ma bouche, comme eux. Et quand j’ai commencé à dialoguer avec les autres, puisant dans ce que j’« entendais » de leurs pensées, leur gêne envers moi se mit à grandir et à se transformer au fur et à mesure en rejet.

A l’adolescence, j’étais une jeune fille renfermée. Mon physique me donnait des airs de gamine qui me complexaient ; ma tare était lourde à porter. J’avais en permanence les bruits de ces cerveaux qui résonnaient dans ma tête. C’étaient des pensées sans aucun intérêt la plupart du temps, mesquines ou nombrilistes souvent, parfois malsaines ou carrément infâmes, rarement des bontés et de l’amour.

Il m’a fallu du temps avant de mieux me maîtriser et avant de comprendre que ce fléau pouvait m’être utile. Ensuite tout est devenu plus simple. Avec la pratique, j’arrivais à ne lire dans les esprits que lorsque je le souhaitais ; si j’en voyais l’intérêt ou si la curiosité me démangeait !

Alors, j’ai pris soin de cacher cette capacité, sans jamais en parler à quiconque. Et je me suis efforcée de paraître la plus normale possible. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

 

CHAPITRE 7                  L’Immortel                livre ado ebook gratuit

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La cérémonie des présentations semble terminée ; la salle s’agite à nouveau, quand les Sages tendent leurs cinq bras, pointant vers le recoin le plus obscur de la salle. Paraissant sortie de nulle part, une cape noire se matérialise soudain au bord du halo de lumière. La silhouette glisse sans bruit jusque devant les Vénérables pour se présenter à nous. Un froid s’installe dans la salle et me fait sortir de ma torpeur. Pas de main, pas de visage, pas même de regard qui ne dépasse de ce spectre qui nous fait face. Juste une masse de tissu noir qui paraît encore plus sombre dans cette lumière crue. Une sorte d’onde de peur, dont le centre est cette chose, commence à s’étendre dans la salle. Je la sens envahir petit à petit les esprits autour de moi. Une voix grave et sourde, presque inaudible sort du trou noir du capuchon :

–          Je suis Faustus de la planète Valdenfer. Nos Vénérables Sages ont bien voulu accepter ma présence parmi vous…

A ces mots, toute l’assistance se crispe et retient son souffle. Des murmures courent dans la foule des Elus : « la planète Valdenfer, la planète des Immortels… » ! Au premier rang, tous se sont reculés instinctivement. Comme les autres guerriers avant elle, la silhouette noire se retourne vers les cinq vieillards et s’incline, toujours sans un bruit, comme si le tissu s’était mû seul sans personne dessous. Sur son dos, tranchant sur le noir de sa cape, le fameux « I » rouge, que doivent porter tous les Immortels lorsqu’ils sont en présence d’Humains. A nouveau, la voix d’outre-tombe vibre :

-… je jure de défendre l’Alliance et m’en remets aux Vénérables Sages en toutes choses.

La tension dans l’air est palpable, un flot de pensées effrayantes court et envahit la salle. Je n’ai presque pas besoin de mes capacités pour lire l’agitation et l’indignation dans les esprits : « Comment nos Vénérables peuvent-ils permettre la présence d’un de ces violents anthropophages parmi nous ! ».

Voilà donc l’un de ces terribles Immortels dont certains ambassadeurs me racontaient parfois l’histoire chez moi, comme on raconte des légendes aux enfants. C’étaient paraît-il, des surhommes, capables d’une immense force et d’une immense rapidité contre lesquelles aucun humain ne pouvait se mesurer. Si les témoignages concordaient en ce qui concerne leurs capacités physiques, en revanche les descriptions qu’on m’en avait faites me paraissaient pour le moins saugrenues : loup-garou, mélange d’ours et d’homme ou spectres informes… Bref, je n’avais aucune idée de ce à quoi ils pouvaient bien ressembler. Dommage que la cape intégrale de celui-ci ne puisse révéler d’indice.

A la surprise générale, les Sages font preuve d’une grande sérénité, et même de déférence envers lui :

–          Faustus, sois le bienvenu parmi nous. Nous connaissons ton abnégation. Comme tous ceux de ta famille, tu as signé le pacte de paix avec les Humains. Comme ton père avant toi, tu viens à nous mettre ta force à notre service et défendre notre juste cause. Sois digne de lui ! Que chacun ici t’accueille avec honneur !

Cette fois, les Sages n’ont pas demandé de confession, pas d’incitation à libérer son âme, ni à leur confier ses péchés. Pas de souvenir à faire remonter à la surface. Aucun indice sur le mode de vie et l’apparence de cet énergumène. J’en viendrais presque à regretter l’absence de ce rituel qui m’écœurait tant quelques instants auparavant. Pourquoi un tel traitement de faveur ?

Quand l’Immortel retourne dans le fond de la salle, la foule s’écarte puis se referme sur son passage, comme l’effet d’aimants en répulsion. Et je sens déjà dans les esprits échauffés gonfler des vagues de haines et de révoltes comme seule la peur panique peut en générer. Mais l’autorité des Sages les muselle provisoirement :

–          Elus défenseurs de l’Alliance, vous venez d’intégrer la communauté la plus fermée de toute notre organisation. Tout ici doit rester secret. Vous ne devrez jamais donner votre identité, vous devez même l’effacer de votre mémoire ! Votre sécurité en dépend. Vous vous entraînerez selon nos ordres. Mais la nature de votre mission ne vous sera révélée qu’au tout dernier moment, pour éviter toute fuite d’information. Ainsi seulement, nous pourrons prendre l’ennemi par surprise. Nous vous enseignerons comment lutter contre les Mercenaires mais nous ne vous communiquerons rien de nos connaissances sur eux. Vous devrez être aveugle sur tous nos plans et garder une confiance absolue en nous. La réussite de cette mission en dépend. Le devenir de l’Alliance tout entière en dépend ! Elus défenseurs de l’Alliance, nous avons reçu vos serments avec beaucoup de considération. Nous vous guiderons vers la lumière, nous ferons de vous les membres d’une même communauté soudée dans les tempêtes. Ensemble, vous révélerez et ferez croître vos forces. Ce vaisseau est désormais votre temple, votre foyer et votre camp d’entraînement.

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En se rasseyant, les Sages tendent le bras vers un groupe d’hommes et de femmes montés près d’eux sur l’estrade, une sorte d’armoire à glace pleine de muscles à leur tête. Il a une figure de boxeur avec une arcade sourcilière défoncée, le crâne un peu aplati sur le dessus. Il fait largement plus de deux mètres de haut et ses mâchoires en avant lui donnent un air de « Cro-Magnon » ! Tout dans son allure empeste la suffisance : son marcel moulant compressant les muscles de son torse, les bras repliés aux veines saillantes et les jambes écartées, pieds ancrés dans le sol pour nous en imposer :

–          Je m’appelle Ruddy. Je suis votre chef instructeur dans le Deus ex Machina : vous devrez vous présenter devant moi au garde-à-vous et m’appeler « chef Ruddy ».

Il scrute la salle avec un air narquois, le regard plein de défi :

–          Garde à vous !

Tout le monde s’exécute.

–          Repos. Comment nos Vénérables Sages vous appellent-ils ? Elus guerriers ? Défenseurs de l’Alliance ? Et vous êtes fiers comme des papes avec ça ! J’ai beau chercher, je ne vois aucun guerrier parmi vous ! Une bande de vieilles femmes aux jambes flasques tout au plus ! Répétez après moi : « je suis une vieille femme flasque »

Dans la foule, certains ont suivi les ordres avec mollesse et des échos de cette phrase sont repris sans ardeur :

–          Je suis une vieille femme flasque…

–          Mais ce ne sont pas que les jambes que vous avez d’une vieille femme ! Ce sont aussi les cordes vocales ! Plus fort : « je suis une vieille femme flasque » !

Cette fois plus de voix s’élèvent et retentissent :

–          Je suis une vieille femme flasque.

–          Regardez-vous bandes d’ignares ! Remplis d’orgueil ! Vous pensez que vous allez pouvoir partir en commando dans le camp ennemi ! Vous êtes vraiment des bleus comparés à eux ! Vous ne seriez même pas capable de faire du mal à leur chien ! Ma parole, vous êtes tous venus vous suicider ici !

Il parcourt encore la foule du regard, enfonçant ses pupilles dans chaque paire d’yeux qu’il croise.

Lorsqu’il arrive sur moi, il s’arrête quelques instants, surpris. « Gamine » et « petits bras » lui traversent l’esprit, comme si souvent lorsque je croise une personne inconnue. Ses yeux se sont accrochés sur moi comme un vautour sur sa proie, puis un autre mot se forme : « marionnette ». Je soutiens son regard, impassible, le dos droit, le visage sans expression. Mais, contre mes jambes, mes poings serrés tremblent d’impatience. Puis ses pupilles s’élargissent et un sourire monte tout doucement et fend son visage sadique :

–          Vous voulez sortir vivant de cet enfer ?

Son regard s’est détaché de moi pour nous englober tous. Il semble attendre une réponse qui ne vient pas. Alors il la formule lui-même :

–          « Oui, chef »

Les élus ont compris et répètent :

–          Oui, chef.

Je reste muette. Il semble satisfait de la puissance de la réponse du groupe et continue :

–          Alors vous avez vraiment besoin de nous. Mon équipe et moi, on est là pour vous entraîner. Et faire de vous des vrais guerriers, des vrais « Elus », des vrais « défenseurs de l’Alliance » ! Vous voulez vraiment être des défenseurs de l’Alliance ?

–          Oui chef !

–          Alors vous allez trimer ! On va vous faire suer du sang et pousser des muscles ! Et en premier, on va évaluer vos aptitudes au combat et votre pourcentage de chance de rester en vie. Chacun d’entre vous va y passer ! Moins de dix pour-cent de chance de survie et vous serez écartés d’office des combats : on n’est pas là pour envoyer de la chair à canon nourrir les Mercenaires !

Et il émet une sorte de rire gras qui lui tord la bouche.

–           Mais, entre nous, si j’avais un bon conseil à vous donner, en dessous de vingt pour cent, je prendrais mes jambes à mon coup et je partirais d’ici fissa !

Plus de sourire. Le silence est maintenant pesant. Il continue :

–          Pour ceux qui auront la CHANCE de rester, on vous regroupera en fonction de vos prédispositions. Rendez-vous demain matin six heures. Vos noms seront affichés ici pour savoir où vous rendre. Repos !

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Ruddy et son équipe s’en vont. Les Vénérables se lèvent à nouveau pour prendre la parole :

–          Elus, défenseurs de l’Alliance, vous êtes tous uniques, tous doués, tous motivés à vous battre. Mais vos forces sont endormies et l’ennemi est puissant. Pour gagner cette guerre, vous allez vous entraîner durement et booster vos capacités. Pour gagner cette guerre, chaque don sera nécessaire. Chacun sera un maillon fort de la chaîne qui étranglera l’ennemi. Nous vous confierons des missions en fonction de ces dons. Mais la somme de vos dons pris un par un ne suffirait pas. Pour gagner cette guerre, vous devrez donner encore plus. Vous devrez former une équipe soudée aux capacités qui se multiplient en se regroupant. Nous voulons une symbiose parfaite ! Ce n’est qu’en franchissant ce stade que nous vaincrons.

Des regards s’échangent dans la salle. Chacun observe ses voisins avec plus d’attention maintenant.

–          Pour cela, nous allons vous regrouper en binômes.

Les Sages laissent cette phrase pénétrer nos cerveaux et lui donner du poids.

–          Vous apprendrez à vous connaître et à vous faire confiance. Vous vous entraînerez ensemble ; vous deviendrez complémentaires et inséparables. Ensemble, tout deviendra clair ; vous marcherez d’un même pas, vous vous sentirez forts, vous ne douterez plus jamais. Alors seulement, vous serez prêts à réaliser la mission que nous vous confierons. Dans trois jours, nous serons aux abords de la planète noire. Nous allons mettre à profit le temps de ce voyage pour vous observer. Dans trois jours, nous nommerons ces binômes. A partir de ce moment, vous ne vous séparerez plus jusqu’à la fin de cette guerre : vous direz « mon double » en parlant de votre coéquipier et il dira de même de vous. Vous serez les armes de l’Alliance ! Soyez prêts à donner toute votre motivation, vos forces, votre courage et votre vie. Et en premier lieu, soyez prêts à suivre nos ordres à la lettre. La parfaite coordination des actions de chaque binôme, la discipline au sein de tout le groupe, seront le gage de notre réussite. Toutes nos planètes en dépendent. Pour la planète noire, pour la liberté, pour l’Alliance !

–          Pour la planète noire, pour la liberté, pour l’Alliance !

L’exaltation est à son comble. Chacun jure de tuer le maximum de Mercenaires et certains parient déjà sur leurs exploits futurs.

Les cinq robes de bure se lèvent alors et quittent la salle. Déjà, les portes de la salle se sont ouvertes. La foule des Elus se disperse peu à peu. L’excitation retombe. Rog à côté de moi est dubitatif :

–          « Mon double » ? Qu’est-ce qu’ils veulent dire exactement ?

Une très belle femme s’est retournée pour lui répondre, faisant virevolter ses boucles brunes et je ressens comme un apaisement son âme douce et rose :

–          C’est une vieille tradition guerrière. Nos Vénérables Sages ont été eux-mêmes entraînés de cette façon. Ils regroupent les gens par deux selon le caractère et les aptitudes. Tu connais l’adage « à deux, on est plus fort ». Ils cherchent l’entente parfaite.

–          Je veux être avec toi, Chérie !

–          Non, tu n’as pas compris, ces binômes n’ont rien à voir. En général, ils évitent même qu’ils soient mixtes. C’est une entente spirituelle : on est sur la même longueur d’onde, soudés. Un peu comme de vrais jumeaux. L’efficacité au combat est bien plus grande. L’attaque est synchrone et chacun protège l’autre.

–          J’en connais un qui ne risque pas d’avoir « son double » !

Et il fait signe en direction de l’Immortel. Tous restent silencieux.

–          Franchement, ce s… me fout les jetons !

–          Rog, surveille ton langage… les Sages…

–          Clar, je suis peut-être familier, mais lui, il est particulièrement dangereux. Tu sais ce qu’ils font aux Humains, les Immortels ?

Il s’est tourné vers moi comme pour me prendre à témoin :

–          J’ai entendu plusieurs légendes à leur sujet, mais c’est le premier que je rencontre, et c’est vrai qu’il est… impressionnant.

–          Je vais te dire ce qu’ils font aux Humains : ces espèces d’e… les bouffent !

–          Rog…

–          Oh ça va Clar. Ouais, bon, ils les mangent. En fait, les Immortels sont des êtres supérieurs. Du moins c’est ainsi qu’ils se définissent. Ils sont immensément plus forts et rapides que nous. C’est même tous leurs sens qui sont extrêmement plus développés que les nôtres. Je vous conseille de n’engager aucune rixe contre lui, même à dix contre un. Moi-même, je ne m’approcherais pas à moins de dix mètres de lui. Mais s’il voulait vraiment ma peau, je ne pourrais pas faire grand-chose. Ils détestent les Humains. Ils n’ont pas de raison particulière de nous détester, hormis le fait qu’ils se sentent infiniment supérieurs à nous. Non, ce n’est pas un sentiment, c’est bien plus fort que cela, c’est un instinct animal. Ils nous détestent au point d’avoir instinctivement envie de nous tuer. Une sorte d’atavisme.

La jolie brune qui l’écoutait tranquillement, réagit soudain :

–          Il n’y a que les fanfarons comme toi pour parler aussi haut et fort de choses qu’ils ne connaissent pas.

Rog s’est figé, bouche ouverte, apparemment très touché par son opinion sur lui. La brune a tourné le dos et disparu.

Je tente une pensée positive pour faire diversion :

–          S’il est si fort, il pourra nous défendre contre l’ennemi…

–          S’il ne t’a pas dévorée avant ! Tu n’as pas compris Gabrielle. Sa seule présence ici nous met tous en danger. Méfie-toi de leur calme apparent. Ils sont en fait animés de rages d’une folle violence. Un Immortel au milieu d’Humains, c’est comme un lion affamé au milieu d’un troupeau de moutons. Non, c’est pire qu’un fauve… un monstre incontrôlable…

–          Mais alors pourquoi les Sages l’ont-ils accepté ?

Au lieu de répondre à ma question, Rog se lance dans des récits bizarres et plutôt farfelus, mêlant dangers et interdictions de les côtoyer.

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Je ne l’écoute plus. La silhouette noire est à quelques pas de nous, isolée, ombre dans l’obscurité. Que pense un Immortel… Serait-ce dangereux voire même interdit de tenter de le savoir ? Je me concentre, sonde son esprit… et… rien. Un tel monstre n’aurait-il pas de pensées, ou du moins pas structurées de la même façon que nous ? C’est l’expérience scientifique de ma vie ! Il faut que je sonde d’une autre façon ce cerveau si particulier… peut-être une question de vitesse, s’ils sont si rapides, leurs pensées se déroulent sûrement plus vite. Je fais des efforts pour capter plus vite… rien. Je suis intriguée malgré le danger. C’est alors que lentement, le capuchon noir se tourne vers moi. Une seconde, je sens comme un regard s’accrocher au mien dans l’ombre de son visage et mon sang se fige…

–          Eh, Gabrielle, tu viens avec nous ? On nous emmène dans nos quartiers, histoire qu’on trouve nos marques et qu’on se repose avant les évaluations de demain. Cherche ton nom dans la liste…

–          Heu, ok Rog. Et lui, il ne bouge pas ?

–          Un Immortel ça ne dort pas…

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MagnusMens Faustus1 cape
MagnusMens – L’Immortel – illustration d’Alice

Nous descendons de nouveau ces longs tuyaux verticaux pour retrouver nos chambres. Aux échelles se succèdent des couloirs encombrés de machinerie et de tuyaux entremêlés, une passerelle, un sas, puis, de nouveau une échelle verticale, un boyau, un sas ; toujours plus bas, toujours plus étroits. Certains passages recouverts d’écailles de tôles brutes donnent l’impression de descendre dans les entrailles d’un monstre sous-marin, un monstre dont le sang-froid a l’odeur aldéhydique du fer. Nos bruits de pas martèlent, nos voix résonnent, et au fur et à mesure de la descente, des vibrations régulières se font de plus en plus présentes comme les palpitations d’un cœur lointain.

Les chambres sont pour la plupart regroupées à proximité des vestiaires et des salles d’eau communes. Il y a du monde qui grouille et cherche ; on ne se croise pas dans cet espace confiné, on se bouscule. Ça chahute et parle fort. Ceux qui ont trouvé rangent leurs affaires dans leurs vestiaires. Au fur et à mesure que nous avançons, mes nouveaux camarades atteignent leurs chambres et me laissent continuer seule ma progression. Ma destination est inscrite sur une petite fiche suspendue à ma clé : P0C27p2. Je dois encore descendre.

J’emprunte un dédale de passerelles en treillis de métal, mon sac sur le dos, guidée uniquement par de petites plaques indiquant les numéros des ponts et des conduits. Et je m’enfonce un peu plus jusqu’au pont zéro. Maintenant, les bruits de voix se sont estompés jusqu’à disparaître ; ici, il n’y a plus personne. Les boyaux se rétrécissent et descendent. L’air est chaud. Seul le battement sourd des machineries palpite et résonne dans ma poitrine.

Enfin, au détour d’un virage, en bas d’une volée de marches d’acier, j’atteins mon but : couloir vingt-sept – porte deux. Il n’y a que deux portes dans ce cul-de-sac, la mienne est juste en bas de l’escalier. J’ouvre. Ma chambre ressemble plus à une cabine tant l’espace y est petit. Mais j’y suis seule, ce qui représente un luxe pour un camp d’entraînement militaire. Le lit très spartiate occupe presque la moitié de l’espace, et au fond, on a réussi à caser une petite table et deux chaises. Du côté du lit, le plancher se relève dans une courbe identique à celle de la coque du vaisseau : je suis à fond de cale. Je pose ma main sur la tôle : de l’autre côté de cette paroi, c’est le vide spatial.

Tout est calme alentour, hormis le sourd martellement des machines. Aucun signe de vie du côté de la chambre voisine. D’ici les pensées de tous les habitants de ce vaisseau ne sont plus qu’un vague murmure.

 

Allongée sur ce lit étroit, je scrute le plafond à la recherche de réponses… Qu’est-ce que je fais ici, au milieu de ces athlètes de combat, moi qui ne me suis jamais vraiment battue ? Oui, bien sûr, j’ai participé à des rixes, j’en ai provoqué pas mal lorsque je traînais dans les rues sur ma planète à la recherche de mauvais coups à faire, des rixes de gangs… Mais de là à faire la guerre. Et contre les Mercenaires ! ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit    livre ado ebook gratuit

CHAPITRE 8                  Les entraineurs              livre ado ebook gratuit

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Ce matin, en arpentant ces boyaux étroits et interminables vers les ponts supérieurs, je croise de nombreux panneaux d’affichage. Et partout le même message en lettres jaunes sur fond noir : « Aujourd’hui, évaluations avec vos entraîneurs. J-16 avant l’affrontement ». ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Le parcours du combattant : ce sera mon premier test à bord du Deus ex Machina. Le lieu est des plus insolites. Comme beaucoup d’ « élus » ici, j’ai souvent pratiqué ce genre d’exercice. Et ce que je découvre devant mes yeux ne ressemble en rien à ce que je connaissais : on se croirait dans une sorte de parc d’attraction ou un jardin d’enfants ! D’un côté de cet immense gymnase, est balisé une sorte de chemin en matière synthétique avec des murs, des fosses, des haies, des cordes, dans des matériaux colorés, mais aussi des structures gonflables, des piscines à balles et même un tas de sables et de galets ! L’autre partie du gymnase est fermée par un mur noir qui le coupe en deux et sur ce mur, est écrit : « labyrinthe » ! Tout cet attirail nous donne envie de sourire et dans mon petit groupe, certains rient de se voir traités comme des enfants. Tom et Jarl, qui sont à mes côtés lorsque je découvre ces installations, s’amusent :

–          Regarde, Jarl, ça ressemble au « parcours santé » de notre village, avec la neige en moins bien sûr ! On va bien se défouler…

En une fraction de seconde, Tom s’est projeté dans ses souvenirs d’enfance, des images sépia et blanches. Il court à l’instant dans une forêt enneigée, ses parents à ses côtés. Je peux sentir leur admiration pour leur petit garçon. Cette reconnaissance envahit les pensées de Tom d’une vague de bonheur familial qui blesse mon cœur… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuitado ebook gratuit

Mon père. Je cours jusqu’à lui… Je suis toute petite. Il s’est fortement penché, ses bras en avant prêts à m’attraper et m’enlacer… Ses yeux animés de petites flammes cherchent dans les miens. Brusquement le feu s’éteint, son regard s’endurcit ; son esprit s’assombrit en pensant « Une si frêle enfant ! Décidément, elle me ressemble si peu ! ». Et il s’écarte…

Il n’a jamais plus eu d’élan vers moi. Et pendant longtemps, je n’ai plus lu dans ses pensées.

 

Une voix derrière moi me tire de mes songes :

–          Approchez mes enfants ! Vous allez être au paradis ici ! Je m’appelle Edith et je vous ai concocté quelques jeux dont vous me direz des nouvelles !

Ces paroles ironiques susurrées sur un ton mielleux sortent de la bouche d’une sorte de géante qui se tenait à côté de la porte et admirait l’effet de ses « jouets » sur notre groupe. Elle se frotte les mains et en guise de sourire, montre des dents qui partent en avant, à la mode Cro-Magnon, une version de Ruddy au féminin en quelque sorte ! Cela a pour effet de faire tomber net la bonne humeur ambiante ! Edith jubile. Elle sait qu’elle a semé le doute dans tous les esprits. Ses pensées forment des spirales violettes empoisonnées et son sourire devient sadique lorsqu’elle nous invective :

–          Allez les petits ! Chacun un sac à dos, rose pour les filles, bleu pour les garçons. Servez-vous ici. Vous les remplissez de cailloux, et quand vous n’arrivez plus à en ajouter, vous complétez les interstices avec du sable. Allez, on se dépêche, hop, hop, hop… Ensuite vous courrez le plus vite possible, et votre temps de parcours va s’afficher à la sortie.

Sans faire de bruit, les Sages sont apparus au fond de la salle et la tension est montée.

Même avec un sac à dos rose, qui a, en fait, une contenance plus faible que les bleus, j’ai bien du mal à avancer. Le ton ironiquement maternel d’Edith a le don de nous porter sur les nerfs. Le parcours se révèle extrêmement épuisant. Très peu s’en sortent. Beaucoup comme moi n’arrivent qu’à marcher. A ma grande surprise, je ne suis pas la dernière sur la ligne de course. Puis j’arrive à la fosse. En sautant au fond, je me rends compte qu’elle est remplie de boue. J’en ai jusqu’aux cuisses, et arrive à peine à la traverser. Mais remonter le mur lisse, la boue collée sur moi, s’avère totalement impossible avec mon sac à dos. Je l’enlève et tente de l’envoyer en haut du mur, comme j’ai vu faire mes prédécesseurs. Mais je n’ai pas appris à lancer un sac plein de cailloux à cette hauteur ! Manque de forces : c’était la conclusion de tous mes rapports d’évaluation sur Aurore. Auquel était juxtaposé : querelleuse et têtue. Rien qui ne puisse me servir à sortir de ce trou.

Je suis encore en train de lancer ce sac avec rage lorsqu’Edith s’allonge devant la fosse pour venir me récupérer :

–          Nos Vénérables Sages t’auraient-ils recrutée uniquement sur tes beaux yeux ?

Et elle me tend une main, que j’agrippe. Cela lui suffit pour me faire remonter tout le mur de fosse que je finis par enjamber. Je veux lâcher sa main ; elle resserre et écrase mes doigts à me faire mal. Lorsque je croise son regard, un mot se forme dans son esprit : « marionnette ». Et elle me tire le bras pour m’entraîner devant mes camarades, un sourire immense aux lèvres :

–          Regardez tous. Voici la perdante du jour !

Soudain, les volutes de ses pensées se mettent à tourbillonner violemment ; des arabesques violettes dans une fumée noire qui s’emmêlent à toute vitesse, puis forment petit à petit une image : mon visage, crispé de douleur, hurlant d’effroi ! Elle croise le regard des Sages et se fige, comme prise en flagrant délit d’envies coupables.

Alors, lentement, les Sages font oui de la tête ; son sourire remonte sur ses lèvres, sa main broie la mienne à m’arracher des larmes, et elle me tire violemment jusqu’à une paroi noire et immense qui coupe cette salle.

De très près, on peut distinguer une petite porte à battant à ras du sol, pas plus haute qu’une chatière. Edith est au sommet de sa jubilation, ma main tremblante toujours serrée dans la sienne.

–          Laissez-moi vous présenter mon labyrinthe. Ce n’est pas à proprement parler une épreuve d’entraînement. Ce serait plutôt une sorte de « cachot moderne » pour têtes brûlées… Regarde bien Gabrielle. Pour ceux qui ont l’habitude d’aller « au trou », sachez qu’ici, ce qui est plus amusant, c’est que la durée de « détention » dépend de vous, et que si on y a beaucoup moins de place que dans un cachot, en revanche on peut se déplacer plus… Le labyrinthe, c’est mon joujou préféré, alors j’espère que vous viendrez le tester… Cela me ferait très plaisir !

Edith s’arrête, me regarde, regarde les autres. Silence complet et stupeur.

–          Ruddy vous attend pour le test suivant, même pont, couloir quatre, porte cinq. Rompez !

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Il est campé au milieu de la salle, prêt à se battre. Il me fait signe d’approcher. Pas besoin de lire dans son esprit ! Son corps parle de lui-même et dégage une espèce de brutalité primaire qui déclenche chez moi le degré de rage maximum. Je le déteste d’instinct. Il lit mon nom sur une grande liste :

–          Gabrielle d’Aurore ; pilote de chasse… C’est exact ?

–          Oui.

–          « Oui, chef Ruddy ».

–          …

–          Tu dois dire « oui, chef Ruddy ».

Rien ne sort de ma bouche. Pas possible. Pas tant que je n’ai pas canalisé ma rage. Ses yeux s’allument. Il y règne une étrange confusion qui me glace.

–          Une forte tête… Ça ne m’étonne pas d’une pilote. Vous vous croyez toujours au-dessus du lot !

Il tourne maintenant autour de moi, le sourire aux lèvres, me regarde de haut en bas, comme s’il allait prendre mes mesures pour un costume. Je ralentis ma respiration pour me calmer et reste stoïque, prête à encaisser des paroles et des coups.

–          Tu me parais bien fluette, même pour une pilote… Tu as des tout petits bras sans muscle.

En disant cela, il me pince les coudes. Puis, il se met à sourire à l’évocation d’un de ses souvenirs qui s’allume dans son esprit : des images sporadiques de champ de bataille… de bagarres sanglantes en noir et blanc… Une horde sauvage a pris en chasse un groupe d’hommes ivres de peur, qui s’enfuient vers un village. Un visage fou, crispé par la haine, poing levé, le chef de la horde, hurle de charger et saccager… j’ai l’impression de connaître ce visage, pourtant je n’arrive pas à y mettre un nom… Ruddy obéit à la voix de violence et lâche ses impulsions sanglantes sur les villageois… Une fille soudain fait irruption dans son champ de vision, le teint blême, les yeux pleins d’effroi, le corps frêle. Elle sait qu’elle est à sa merci… Une onde de joie sauvage parcourt son cerveau. Puis une voix derrière Ruddy : « C’est moi qui décide. Celle-là, tu ne l’auras pas ». Une lame traverse son champ de vision, tranche le cou de la fille. Une gerbe de sang noir. Plus rien que du noir.

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Le Ruddy qui est devant moi aujourd’hui rumine encore sa frustration et me regarde comme s’il venait tout à coup de trouver une compensation à la perte de son précédent « jouet ». Il sourit comme lorsqu’il avait attrapé cette fille et je suis soulagée qu’il y ait du monde dans cette salle :

–          P’tits bras… Est-ce qu’on t’a dit « P’tits bras » qu’il fallait beaucoup de résistance physique pour piloter et tenir au combat. Tu connais le chiffre fétiche des pilotes : cinquante pour cent de chance de survie en mission. Mais dans ton cas…

Son sourire est resté figé.

–          Tu es déjà partie en mission, P’tits bras ?

–          Non.

–          Non, chef ! Ha, ha, c’est évident que non ! Tu ne serais pas là pour en parler. Tu feras moins la fière dans quelques jours. Aujourd’hui, on va faire un petit jeu : je vais évaluer tes chances de survie. Ça te dit de savoir à l’avance… Et si ton score est faible, je pourrai peut-être faire quelque chose pour t’aider à le remonter. Qu’est-ce que tu en dis ? Allez, montre tes muscles, vas-y. Les biceps.

Sa tentative d’intimidation ne risque pas de marcher avec moi ! D’accord, il n’y a rien d’impressionnant entre mon coude et mon épaule. Mais il n’y a pas que les muscles… Il aime se défouler sur les autres… Je crois que je vais me faire plaisir et énerver un peu Monsieur Gonflette. Alors, je ne bouge pas d’un millimètre, muette.

–          OK, tu veux jouer les imbéciles avec moi. Défends-toi.

Et il fonce immédiatement sur moi. Il est tellement prévisible ! Et je suis extrêmement rapide. Son esprit me livre ses attaques, que j’esquive facilement avant qu’il les exécute. J’ose même amorcer un demi-sourire, juste un petit pli au coin des lèvres. « Gonflette » me rate encore et s’excite. Plus il insiste, plus mon sourire s’affirme. Ses attaques se font plus lourdes et mes esquives de plus en plus souples. Il est sur le point d’exploser : lui le colosse n’arrive pas à écraser le microbe que je suis. Les autres élus, son équipe, tous ont les yeux sur nous : il se sent humilié. Ca y est, il perd tous ses moyens et se met à hurler, poings en l’air :

–          Incapable de toucher l’adversaire : est-ce que tu crois que tu peux tuer du regard ? Qu’est-ce qui leur a pris aux Vénérables de te choisir ? Tu n’es bonne à rien, ici ! Tu vas voir comment on les mate les filles de ton genre… Une bonne dose d’entraînement…

Sa haine est tellement montée. Il jette violemment son bras sur le bureau et, du plat de la main, assène une énorme claque sur la liste de nos noms. Le bruit a fait sursauter les camarades qui sont derrière moi. Le bureau a craqué, sauté, et finalement est retombé sur ses pieds, miraculeusement entier. Gonflette n’a pas l’habitude qu’on lui résiste. Moi non plus. Il s’est retourné vers ses acolytes et les regarde tout en m’adressant la parole, le doigt tendu vers un petit trapu qui écrit sur une liste :

–          Prescription pour P’tits bras : le matin, parcours du combattant chez Edith. Puis boxe, je m’occuperai personnellement de toi ! Nous devrions rapidement nous entendre… Je saurai comment m’y prendre avec toi… Cet après-midi tu iras te pointer au hangar des chasseurs pour faire un essai. Autant te prévenir tout de suite, si tu n’es pas géniale en pilotage, je te colle un zéro pour cent de chance de survie et tu rentres immédiatement chez toi. Je m’en chargerai ! Entre nous, il vaudrait peut-être mieux pour toi… Parce que si tu restes, je ferais en sorte que tu n’aies pas la vie facile…

Je souris toujours, impassible. Il a appuyé ses deux mains à plat sur le petit bureau, les yeux fermés. Une tempête noire a envahi son esprit et il a des envies meurtrières incontrôlables. Pour ne pas exploser, il ne cesse de se répéter en lui-même « Je ne peux pas jouer avec elle ici, pas maintenant. Patience. »

Dans ses souvenirs, il se revoit à genoux devant Les Sages, Edith et tous ceux de son équipe autour de lui, dans la même posture. Les cinq Sages les invectivent :

–          Vous avez trop longtemps fait fausse route. Vous avez commencé à payer pour tous vos crimes. Maintenant que vous avez conscience de vos fautes, vous allez vous racheter et nous prouver votre dévouement : vous entraînerez ceux qui vont se battre contre votre ancien « Maître » !

Ils répondent tous :

–           Je jure de défendre l’Alliance et m’en remets aux Vénérables Sages en toutes choses…

Ruddy a toujours les yeux fermés et se répète : « Les Sages non plus ne me le permettraient pas. Changer de camp ne change pas grand-chose. Je trouverais comment. Ils ne sont pas plus malins qu’Arius ».

Puis il se retourne une dernière fois vers moi, le regard vicieux, la voix soudainement posée :

–          Ah, j’oubliais P’tits bras, demain tu iras faire un tour dans le labyrinthe d’Edith… Tu verras, ça calme…

Une seconde j’ai cru voir une drôle d’ombre danser dans ses pupilles, comme si elles étaient habitées…

 

Les Sages ont recruté nos entraîneurs parmi les proches d’Arius ! L’ennemi est à bord et nos vies sont entre leurs mains ! Hors de moi, la peur et la rage au ventre, je fonce droit devant, à la recherche des Sages.

Mais je me perds vite dans le dédale de ce vaisseau. J’ouvre des portes à toute volée et ne tombe que sur des salles de musculation ou d’entraînement à la boxe. Il y en a même une grande qui comporte un ring. Et partout, dans les couloirs, comme s’il fallait tout le temps nous rappeler le danger, des écrans suspendus au-dessus de nos têtes affichent la position de l’ennemi dans l’espace : flèches rouges pointant sur nous dans le fond noir étoilé du ciel. Mensonge : les Mercenaires sont ici !

Dans mon énervement, j’ai dû tourner en rond, car je me retrouve à nouveau près du gymnase. Inhibée par ma colère, j’interpelle rudement Edith, qui me sourit, impassible :

–          Où sont les Sages ?

–          Dans leurs quartiers, même pont, couloir cinquante-cinq, après l’auditorium, la grande salle d’hier…

Je fonce à nouveau.

Ils sont tous les cinq assis autour d’une table ronde, paraissant m’attendre :

–          Approche Gabrielle d’Aurore. Il semble que tu n’apprécies pas notre équipe d’entraîneurs…

–          Vous appelez ça nos entraîneurs ! Ruddy est…

–          Un genou à terre d’abord !

Leur voix a grondé et j’ai sursauté. J’esquive une rapide génuflexion, et me redresse vivement, la rage au ventre :

–          Comment pouvons-nous gagner cette guerre quand l’ennemi nous commande ! Je refuse de me laisser guider par ce malade et toute sa clique ! Vous savez lire dans les esprits. Vous avez vu que son sermon ne vaut rien !

–          Nul n’est mieux placé que lui pour vous préparer à combattre Arius. Ruddy vous enseignera ses méthodes, ses stratégies ; et vous vous imprégnerez de son état d’esprit.

–          S’il ne nous vend pas à l’ennemi… Vous cultivez le culte du secret au point de ne pas nous dire ce que vous attendez de nous et vous embauchez directement parmi les Mercenaires ! Et pour corser le tout vous introduisez parmi nous un Immortel maléfique et dangereux. Vous voulez notre peau !

–          Tel est notre choix. C’est tout ce que tu as à savoir !

–          Je me suis portée volontaire pour cette mission ; j’irai jusqu’au bout. Mais ne me demandez pas de respecter et de saluer Ruddy et sa clique ! Jamais je ne pourrai ! Tout le sang qu’il a sur les mains fait de lui un paria pour plusieurs générations ! Telles sont nos coutumes. Il ne devrait plus côtoyer aucun Humain !

Un des Sages s’est levé brusquement, l’indignation lui crispe le visage. Et il me crache ses paroles au visage :

–          Et toi, Gabrielle as-tu les mains aussi propres pour juger les autres ? Qui es-tu pour oser défier notre autorité ? Tu t’es déjà mis à dos tes entraîneurs. Veux-tu continuer avec nous… Tes provocations pourraient bien t’être fatales ici…

Un de ses frères lui agrippe le bras pour l’asseoir et prend la parole :

–          Tu pourras intégrer provisoirement le groupe d’entraînement de…

Le Sage le plus énervé s’est relevé de nouveau pour le couper, le visage rouge de colère :

–          Non, on ne change rien, débrouille-toi ! Obéis à nos ordres et à ceux de tes instructeurs. Autant te prévenir, nous leur avons donné quartier libre pour vous entraîner. Nous n’interviendrons pas dans leurs façons de faire ; c’est le marché que nous avons conclu avec eux. A toi de t’arranger pour ne pas attiser leurs foudres si tu veux rester en vie. Ni les nôtres !

Son regard plonge dans mes pupilles et me glace. Je me sens hypnotisée. J’y lis le serment que j’ai prêté, et sa détermination à me le faire respecter : forte. Violente. Si je ne cède pas, il va me sauter au visage. Son jumeau se met alors debout entre lui et moi en pointant la porte du doigt :

–          Que ta bouche reste scellée sur tout ceci ! Patience, nous te donnerons prochainement un autre entraîneur…

J’ai tourné les talons pour sortir quand j’« entends » le murmure de leurs esprits échauffés :

–          Elle a osé nous défier ! De ma vie cela n’était jamais arrivé ! Et tu voulais céder à ses demandes !

–          Elle est en danger avec Ruddy ; tu sais bien ce qu’il en fera.

–          Qu’elle se débrouille ! Et nous verrons bien si elle est ce que tu crois.

–          En tout cas, j’avais vu juste : grand potentiel mais tête dure… Elle aura vraiment beaucoup de points en commun avec « son double » ! Tout se déroulera comme prévu…

–          Non, nous faisons fausse route… Elle ne fera que semer le trouble ici. Il faut la renvoyer chez elle et qu’ils l’enferment.

–          Calme-toi… Cette fois, ça devrait marcher… Pour cette mission, et après…

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Défouloir de pensées – Cabine personnelle de Melchior

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Je confesse mes péchés à cette machine, afin qu’elle absorbe tel un trou noir ce qu’il y a de plus sombre en moi, qu’elle le broie et le fasse disparaître à jamais. Que personne n’accède à ces pensées, pas même la Déesse, qui est bonté. Qu’elle me purifie et que le bien seul reste en moi. Ainsi soit-il.

 

Ah, mon frère, parfois, je te déteste. De plus en plus souvent. Tes airs condescendants de miel et de poison mêlés. Ta façon de pointer du doigt mes erreurs sans les nommer : « cette fois » ! Que de non-dits dans « cette fois ». Quelle manière de rappeler qu’il y a eu un avant, que j’en étais l’instigateur, que mes plans se sont effondrés, que par ma faute, nous sommes en guerre ! Juste deux mots pour faire encore peser sur moi toute la faute, et te positionner en sauveur avec ta candidate. « Cette fois » !

Et les autres t’ont approuvé en silence, les fourbes. Vous étiez pourtant tous avec moi auparavant, emballés par ma proposition. Il était tout ce que nous recherchions : l’esprit brillant d’intelligence, la force physique, et même un peu de notre don de lumière ! Mais la Déesse l’a rejeté ! C’est d’elle que viennent tous nos ennuis, pas de moi !

Que d’investissement dans ton plan, mon frère, que de manipulations tu nous as fait faire. C’en est écœurant. Tu les as mariés comme on choisit un couple de chevaux pour engendrer une bête de course. Sans parler des risques. Et pour quel résultat ? Tu imaginais un enfant vif, à l’écoute de nos préceptes ; devenant plus tard un homme à poigne, bon et juste. Et la voilà, aussi frêle que sa mère, têtue comme un âne bâté, et revendicative avec ça.

Ah, mon frère, nous ne risquons pas une guerre avec ta candidate, au pire une révolte, au mieux sa fin tragique lors de l’assaut final. Je vous le prouverai. Je te ferai avaler ton « cette fois » ! ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

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CHAPITRE 9                  Premier vol                        livre ado ebook gratuit

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En rage, je déambule de nouveau dans ce labyrinthe de couloirs en bousculant tout le monde. La colère coule le long de mes veines comme du feu. Descendre vers les ponts « chambrées » pour trouver une salle d’eau. Plonger ma tête sous le robinet pour me calmer…

 

Au centre, deux rangées de lavabos se font face, des miroirs suspendus entre eux ; contre les murs, les douches. La pièce exiguë est saturée de filles agitées, en pleine toilette, de cris qui résonnent, d’odeur de savonnette, de chaleur humide. Je fonce vers un robinet d’eau froide et plonge mon visage. Le froid mordille ma peau. Mais sous les tempes, le sang bout toujours. Je me redresse. Mon reflet dans le miroir fait la moue, deux yeux bleus pleins de défi me fixent avec intensité. L’eau dégouline de mon visage mince. Mes cheveux bruns, en bataille comme toujours, sont un peu mouillés sur les bords et frisottent. Les visages qui impressionnent ne frisottent pas sur les côtés ! Pas étonnant que les Sages me traitent de façon puérile : ils ont déjà choisi mon coéquipier et me laissent attendre trois jours. Ils ont des plans pour moi maintenant et après. Quel après ? Pour eux aussi je ne suis qu’une marionnette entre leurs mains. Et je dois leur obéir ou me retrouver enfermée à vie ! Je replonge la tête sous l’eau froide. Longtemps.

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La petite bande de la planète Cristal est déjà au mess, en pleine discussion, quand j’en franchis le seuil. Cette fois, j’ai moins tourné en rond pour trouver mon chemin. Le plan de ce vaisseau commence à se préciser dans mon esprit. J’ai repéré que le pont numéro trois est celui des salles d’entraînement. Juste en dessous, se trouve le mess avec une partie des chambrées. Je commence à comprendre maintenant pourquoi il est si difficile de se repérer dans ce vaisseau : chaque pont s’étend en réalité sur plusieurs niveaux différents souvent séparés de quelques marches. De plus le pont trois a la particularité d’avoir des couloirs zigzagant entre les chambres, rarement linéaires sur plus de quelques mètres de long. Cependant, la largeur des couloirs donne une indication sur le numéro du pont : les couloirs très larges correspondent au pont quatre, celui des salles d’entraînement et des quartiers des Sages. Le pont trois a des couloirs où l’on peut être trois de front. En revanche au pont deux et un, on se croise avec difficulté. Et puis il y a le fond de cale, où le mot couloir n’a plus vraiment de sens, tant le parcours est semé d’embûches. Enfin, en ce qui concerne le mess, un indice supplémentaire m’a guidée : l’odeur de la nourriture.

J’entre et me dirige vers mes camarades. Instinctivement, je balaye les tables du regard, de longues rangées entourées de bancs, animées par les conversations et les bruits de vaisselle. Il y règne une ambiance de camp militaire avec son lot de gros bras en treillis et de voix fortes. Mon binôme est peut-être là… une tête dure comme moi… Enfin si j’arrive à rester ici… Clar m’interpelle :

–          Hé Gabrielle, tu étais dans quel groupe de test ce matin ?

–          Celui d’Edith et de Ruddy.

–          Viens t’asseoir avec nous et raconte !

J’enjambe le banc pour m’installer avec eux. Mais avant que j’aie pu ouvrir la bouche, Rog fait éclater sa colère. Il a la mâchoire abîmée et le poignet bandé.

–          Nous aussi on vient de passer avec lui ! Quelle espèce de tortionnaire ont-ils engagé ? Non mais c’est un vrai malade ce type ! Il a décidé de casser des os ! Comme si on avait besoin de blessures avant nos missions ! On est là pour tuer du Mercenaire, pas pour se faire massacrer par nos entraîneurs ! Tu as vu ce qu’il m’a fait.

Il me tend son poignet bandé, et en écho à son mouvement, Clar se frotte le sien. Derrière lui un dos a frissonné, des oreilles se sont tendues. Des oreilles entourées de jolies boucles brunes.

–          J’ai dû aller visiter l’infirmerie pour ça. Enfin, ça, ce n’était pas le plus désagréable : l’infirmière est un ange…

–          Rog…

–          Et Clar ! Il l’a aplatie par terre, cette espèce de taré !

Il lui prend tendrement la main :

–          Pendant une minute, elle ne respirait plus ; j’ai dû lui faire du bouche à bouche ! Tu te rends compte ! Et s’il n’y avait que lui ! Comment ont-ils pu embaucher ici cette espèce de malade d’Edith ! Nos Vénérables Sages sont censés être les plus… les plus sages de nous tous. Et ce sont nos chefs. Mais tout de même ! Je me demande s’ils ne sont pas en train de devenir séniles…

–          Rog, tu blasphèmes !

Amusée par l’intervention de Clar, j’enchaîne avec malice :

–          Moi non plus, Rog, je n’ai pas trop apprécié le parcours du combattant à la façon « Edith ». Quant à Ruddy, lorsqu’il m’a testé à la boxe, je l’ai effectivement trouvé un peu à cran…

Il glisse sur le banc pour se rapprocher de moi :

–          Toi ? La boxe avec Ruddy… Et tu es encore entière devant nous ? Avec tes petits bras et ton allure toute frêle ? Comment se fait-il que tu n’aies que ce gros bleu au poignet !

L’ironie dans sa voix m’amuse et me fait jubiler. Je lui décoche un sourire provocateur :

–          Oh, le bleu au poignet, c’est Edith. Elle m’adore et ne voulait plus me lâcher. Et oui, j’ai combattu avec Ruddy. Et si j’avais su qu’il vous avait maltraités, je lui aurais fait mal !

–          Allez, arrête tes blagues, super woman ! Où est-ce qu’il t’a blessée ?

–          Bon, j’avoue, je n’ai jamais tenté de le cogner, il n’aurait rien senti. Mais je peux t’assurer que je ne l’ai pas laissé me toucher !

Rog s’est figé, la mâchoire pendante, le regard admiratif et un peu incrédule. Clar me sourit. Jarl et Tom restent muets.

–          Faudra me montrer ça…

–          Quand tu veux, Rog. Ou quand ton poignet sera rétabli…

–          Oh, le poignet, ça ne m’empêchera pas de me battre…

–          Hum, et vous allez vous entraîner dans quel groupe ?

–          Parcours du combattant pour tout le monde. Puis Tom et Jarl vont boxer avec Luis, Freyj et Clar avec Ruddy. Et moi je serai avec Rocky. Il parait que c’est un stakhanoviste de la boxe ! Et l’après-midi on s’entraînera tous au tir avec Max. Et toi ?

–          Ruddy, Edith, puis l’entraînement en vol l’après-midi.

–          Wouah ! C’est beaucoup plus que les autres pilotes. Il ne t’a pas fait de cadeau, Ruddy !

–          Je crois que j’ai un peu énervé « Gonflette »…Mais si vous aviez vu la tête qu’il faisait quand il me courait après sans jamais pouvoir me toucher ! Ça en valait la peine !

Rog est emballé par ce sobriquet :

–          Au nom de la Déesse Mère, tu t’appelleras « gonflette » ! Regardez, je marche comme lui !

Et il se met à déambuler jambes et bras écartés, le torse bombé, la tête rentrée dans les épaules, la lèvre inférieure pendante. J’avoue que la ressemblance est plutôt bonne et le fou rire nous prend. Il imite sa voix :

–          Vous devez m’appeler « chef Gonflette ». Allez Gabrielle !

–          D’abord il ne m’appellerait pas par mon prénom : il m’a surnommée P’tits bras. Ensuite, je ne saluerai jamais ce porc.

–          Pourquoi ?

–          J’ai mes raisons… C’est un malade, un fou, une espèce de… Je n’ai aucun respect pour les personnes de son genre. Et s’il croit me mater ou me faire peur, il tombe mal ! Il n’a pas aimé, ce matin, quand je lui ai résisté. Je suis de corvée labyrinthe demain…

Rog me regarde ahuri :

–          Le labyrinthe ! Alors, c’est toi qui vas y passer la première ! Clar, tu entends ça !

–          Ma parole, tu as décidé de provoquer tout le monde ici, Gabrielle ! Ça ne fait pas vingt-quatre heures qu’on est arrivé et tu es déjà envoyée « au trou » !

–          Peut-être, mais ça en valait le coup ! Si vous aviez vu la tête qu’il faisait…

–          Si tu es aussi butée que lui, ça promet ! On a deux têtes dures dans ce vaisseau !

Je reçois la phrase de Clar comme un soufflet. Pas Ruddy, pas lui comme coéquipier ; ce serait l’enfer ! J’ai dû pâlir. Clar s’est penchée vers moi, croyant comprendre mes inquiétudes :

–          Les Vénérables ne t’ont pas choisie pour rien.

Si elle les avait entendus comme moi dire « nous faisons fausse route »…

–          Je crois en l’immense sagesse de nos Vénérables. Ils sont mes guides, je ne crains rien. Et puis, tu es certainement un très bon pilote.

–          A quoi vois-tu cela ?

–          Pour arriver à éviter les coups de Ruddy, tu dois avoir de très bons réflexes…

L’assurance de Clar me fait du bien. A lire dans son esprit, tout est simple, et sûr. Je la vois partir en rêve au cœur de son enfance. Des petits flashs, des réminiscences : le frère et la sœur sur les genoux de leur mère, sautant au rythme d’une comptine, devant son père après sa première victoire en course à pied, avec son frère dans des luttes « pour rire » ou en ballade main dans la main… Et à chaque fois la même fierté brille dans les yeux de ses parents pour leurs « forces de la nature » ! Je ferme mon esprit, étourdie par ces images.

Soudain, toutes les conversations s’arrêtent dans la salle, et tous les regards convergent vers un seul point : dans l’encadrement de la porte d’entrée se découpe la silhouette noire de l’Immortel. Il marque un temps d’arrêt puis s’avance vers un coin en retrait, son « I » rouge placardé sur son dos. Aussitôt les tables alentour se dépeuplent. La crainte se lit sur tous les visages. Comme lors de la présentation aux Sages, une vague de peur progresse et s’empare de tous les esprits qui entourent l’Immortel. Ils se sont figés, pétrifiés. Puis chez certains apparaît la révolte. Alors ces sentiments laissent la place à une nouvelle vague aux couleurs de haine et de rejet total. Elle enfle jusqu’à éclater. Un des hommes se lève tout à coup et l’invective de loin :

–          Que fais-tu là, monstre ! Ici on ne sert pas de l’homme à manger ! Et nous n’avons pas l’intention de te servir de repas ! Alors tu vas te tirer d’ici vite fait avant qu’on te tombe tous dessus !

Comparée à l’Immortel, sa stature est ridiculement petite. Il est resté bien en retrait, derrière des tables. Ce que je lis dans ses yeux d’eau transparente est d’une violence qui me glace encore plus que l’Immortel lui-même. Sa harangue a fait se dresser d’autres personnes un peu partout dans la salle, poings serrés levés contre l’Immortel.

Alors une voix caverneuse, semblant sortie du fin fond de la terre se met à gronder :

–          N’attise pas ma colère, Homme, ou tu pourrais le payer cher !

Instinctivement, tous ceux qui le défiaient ont reculé d’un pas. L’homme aux yeux d’eau glacée s’est mis à bouger ses bras pour faire se lever tout le monde, le regard plein de défi et de haine :

–          Regarde bien autour de toi. Nous sommes toute une armée ici ! Si tu nous touches, tu es mort !

Et pour appuyer son discours, la foule amassée derrière lui reprend en leitmotiv :

–          A mort ! A mort ! A mort !

A ces mots, le spectre noir de l’Immortel se redresse d’un bloc ; des envies de meurtre emplissent la salle. Brusquement, il s’empare de la table devant lui, pousse un cri de terreur et la jette avec véhémence sur le groupe debout. La table s’écrase avec fracas juste devant eux semant la panique. Beaucoup se précipitent sur le groupe pour vérifier que personne n’est blessé et venir en aide. Je regarde dans le coin de la salle, là où se trouvait l’Immortel une seconde auparavant : il a disparu.

–          C’est quoi ce cirque ici ? Garde à vous !

A cette injonction, tout le monde se met au garde à vous et répond :

–          Oui, chef Ruddy !

–          Repos !

Ruddy s’avance, royal, roulant des mécaniques, avec son équipe derrière lui, jusqu’au centre de la pièce. Je me suis cachée derrière Rog, muette. Ruddy a croisé les bras balayant l’assemblée du regard, et je sais qu’il me cherche. Puis il finit par s’asseoir et fait signe aux autres de rompre.

Rog se penche vers moi pour me chuchoter :

–          Dis, Gabrielle, comment s’est passé ton recrutement ?

–          Eh bien, c’est un proche qui a envoyé une lettre de candidature pour moi. Et aussi étrange que cela puisse te paraître, je ne sais même pas quel était le contenu exact de cette lettre.

–          Et tu n’as pas cherché à savoir ?

–          Pas au début, non. Je n’y croyais pas.

–          Et après la lettre, tu as passé des tests ? As-tu rencontré des personnes qui ont pu évaluer tes aptitudes ?

–          Non…

Il reste un moment silencieux, puis se lance :

–          Comme moi. Pour Clar et Freyj tout est clair. Elles participent très souvent à des concours sur notre planète. Freyj est célèbre chez nous. Mais Tom, Jarl et moi, on se pose beaucoup de questions. Nos dossiers à l’armée ne se distinguaient en rien des autres. Pourquoi nous ?

Il hésite à continuer et je reste silencieuse, sachant déjà ce qu’il a en tête. Alors il continue :

–          Pourquoi toi ? Franchement, il suffit de te voir en photo pour deviner que tu n’es pas une « tueuse ».

–          Ils savent beaucoup de choses sur nous, plus même que nos proches.

–          Tu crois qu’ils ont un réseau de renseignements ? A l’échelle de toute l’Alliance ? C’est difficilement imaginable !

–          Je ne vois pas d’autre explication.

–          Tu sais quoi ? Je crois que je vais mener ma petite enquête sur eux, discrètement…

–          Oublie !

–          Quoi ?

–          « Discrètement » ! Tu peux oublier. Rien ne peut leur échapper. Ils doivent déjà savoir…

Puisqu’ils lisent dans les esprits, ils nous ont probablement déjà « entendus », voire même ils nous « écoutent »…

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L’après-midi, je suis excitée à l’idée de rejoindre le hangar de pont avec ses chasseurs et ses bombardiers ! Enfin, je vais retrouver mon domaine de prédilection.

Ma fiche d’instruction m’indique de me rendre pont numéro un, couloir numéro un. Après mes longues marches dans les entrailles de la bête, je crois pouvoir me repérer facilement. Mais le monstre s’avère difficile à apprivoiser car il me faut beaucoup de temps avant d’y arriver.

Ce n’est pas à proprement parler un hangar, puisque nous sommes dans un vaisseau spatial, disons qu’il s’agit d’un immense cube, aussi haut que long, équipé pour parquer, préparer, maintenir et réparer tous les engins de combats du « Deus ex Machina ». C’est une ruche au travail, qui grouille de monde, d’odeurs de graisse et de métal neuf, de vrombissements de moteurs et de voix qui s’interpellent. Un fourmillement désordonné des hommes dans cet alignement d’établis : à droite la zone de révision et réparation des moteurs avec ses machines à fraiser et ses palans en rang d’oignons. Derrière, la zone de réglages avec ses bancs de contrôle en carré. A gauche, le parc des chasseurs, flambant neufs, prêts à décoller, tous disposés en épis le long du « taxi way » central.

Je suis juste en dessous du nez du premier chasseur de la rangée. Impressionnée tel un vermisseau, je contemple l’énorme oiseau au corps effilé et aux ailes de rapace monumentales. Je me suis penchée en arrière pour l’embrasser du regard. Bientôt, je serai dans son ventre…

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–          Géniaux ces engins, tu ne trouves pas !

Je sors de mes rêves. A côté de moi, un blond fixe l’appareil devant nous, les yeux pétillants d’excitation, comme Ali Baba découvrant la caverne des voleurs. Son enthousiasme déborde :

–          De vraies bombes ! Quelle capacité ! Je crois que je vais adorer mon nouveau jouet !

Par réflexe, comme à chaque fois que je croise une personne qui m’est inconnue, je sonde son esprit : des images en gros plan de morceaux de chasseur défilent à toute vitesse. Un radôme, une prise d’air, un volet, un aileron… comme s’il passait au scanner de ses yeux l’appareil qui est devant nous.

–          Je ne reconnais pas cette catégorie d’engins.

–          Ce sont des Migaster revus et rééquipés par les ingénieurs de la planète Center spécialement pour les missions du Deus ex Machina. On reconnaît leur queue en V bien que le reste de la carlingue ait été affiné. Ils doivent avoir une aérodynamique époustouflante ; à vue d’œil, je dirais que leur Cx est de 0.01, et leur finesse de cinquante. Mais je ne pourrai te donner la puissance de leurs moteurs que lorsque j’en aurais essayé un.

–          Sur ma planète, j’ai appris à piloter avec de vieux coucous. Rien à voir avec ceux-là ! Autant comparer un fer à repasser avec une hirondelle !

Il se retourne vers moi, le visage illuminé :

–          Alors tu vas devoir oublier tout ce que tu as appris ! On essaye ?

Luc le pilote sur-doué de MagnusMens
Luc le pilote sur-doué de MagnusMens vu par ALice

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La salle d’opérations se trouve juste à l’entrée du hangar. En parcourant le tableau d’ordre, je découvre que Luc (c’est le nom du blond) et moi sommes dans le premier escadron qui sortira dans l’espace aujourd’hui. Tout excités par cette nouvelle, nous nous précipitons vers la salle de briefing. Elle est déjà pleine à notre arrivée : douze sièges dans lesquels les pilotes de cet escadron ont déjà pris place, hormis les deux nôtres que nous rejoignons rapidement. Un homme est sur l’estrade, grand, les tempes grises, la mine sévère, les doigts tapant impatiemment sur le pupitre devant lui, en attendant que nous soyons assis.

–          Je suis le Commandant Délanaux, votre instructeur. Vous êtes l’escadron numéro un. Vous avez dorénavant rendez-vous ici tous les jours à treize heures très précisément pour recevoir votre plan de vol, la météo spatiale, l’état des machines et les prouesses que j’attends de vous ! Aujourd’hui le briefing pré-vol sera relativement long car, en tant que « bleus » sur ce vaisseau, vous allez devoir emmagasiner une somme importante d’informations.

Pendant un moment, il pose son regard sur chacun de nous, l’un après l’autre, lentement. Un regard dur et sceptique.

–          Vous vous êtes tous portés volontaires pour intégrer cette mission. Bienvenus en enfer ! Je ne vais pas vous faire un beau discours sur la force de l’ennemi et sur le secret de toutes nos stratégies ; je crois qu’on vous a déjà expliqué tout ça.

Une pause. Encore un regard circulaire. Et dans son esprit, il met en place une barrière, comme une protection entre lui et nous pour ne pas nous connaître intimement, rester détaché, seulement professionnel. Et il se répète le chiffre des pilotes : cinquante pour cent.

–          Je serai bref. L’ennemi du pilote : le chasseur Mercenaire. La technologie de ces chasseurs : total inconnu. Alors pour sauver votre peau, vous n’aurez pas le choix : il va falloir faire preuve de ruse… et de génie… J’espère que nos Vénérables ont recruté les meilleurs des meilleurs pilotes…

Puis il baisse les yeux sur le bouton de son pupitre et l’actionne. Derrière lui, de grands écrans s’allument. Délanaux se lance dans des explications détaillées sur le fonctionnement du hangar, la présentation du personnel de pont et des mécaniciens, puis plus longuement sur les spécificités des chasseurs que nous allons piloter.

–          Ces chasseurs sont les plus puissants que l’homme a jamais conçus. Un summum de technologie : rapides, d’une grande finesse, extrêmement sensibles à la manœuvre, et donc aussi extrêmement difficiles à piloter. Rien de ce que vous avez pu piloter jusqu’ici ne peut ressembler à ces Migaster ! L’objectif aujourd’hui sera très limité : vous familiariser avec vos nouveaux appareils avec un décollage, un vol en formation autour du vaisseau et un atterrissage ! Ceux qui n’ont jamais fait de décollage par catapultage ou d’appontage sur piste réduite lèvent la main…

Dans la salle, aucune main ne se lève.

–          Bien. Pas d’erreur de casting jusqu’ici… Je vais vous faire circuler un registre sur lequel vous allez me noter vos heures de vol sur chaque type d’engin, et le nombre de décollages et atterrissages que vous avez effectués dans les conditions d’aujourd’hui. Je désignerais le leader pour ce vol. C’est lui qui définira le rôle de chacun dans le plan de vol et qui vous remettra vos notes au débriefing. Vous serez notés à chaque sortie. Aujourd’hui, vous serez à deux par chasseur, et ce jusqu’à ce que vous obteniez un minimum de onze sur vingt. Météorologue, c’est à vous.

–          Voici la carte météo pour la mission d’aujourd’hui. Vents électromagnétiques : nuls. Vents solaires : nuls. Présences de météorites ou corps étrangers alentour : nul. Pour votre premier vol, vous avez de la chance !

Le registre a circulé dans les rangs et il est maintenant dans les mains de Délanaux, qui le scrute à la loupe :

–          Hum… Merci Météorologue. Bien, il semble que le plus expérimenté de votre groupe soit Luc de la planète Aron. Luc, vous serez le leader d’escadron aujourd’hui. Venez avec moi pour analyser le plan de vol.

Au bout d’un moment, Luc passe à l’estrade répartir les tâches et organiser le vol en détail. Nous allons réaliser une formation en V dans laquelle Luc fera la pointe, je serais sa coéquipière. Le commandant reprend alors la parole :

–          Messieurs, bon vol ! Les vestiaires se trouvent juste à votre droite en sortant. Vos combinaisons anti-G et vos casques vous y attendent…

Le premier décollage sur un nouveau système de catapultage est toujours un événement à haut risque. Dans le cockpit, je me suis placée devant, Luc est dans mon dos. Nous venons de positionner notre appareil sur la plateforme de lancement automatique. La procédure de décollage s’égrène et les messages s’allument sur le tableau de bord au fur et à mesure que la tension augmente : « descente launch bar », « fixation hold back ». Ca y est, l’avion est maintenant accroché à la catapulte qui va nous propulser hors du vaisseau et tout en étant maintenu provisoirement en place par l’arrière. Puis le message « catapulte armée ; freins lâchés » apparaît, indiquant que les pistons du système de lancement sont sous pression et le décollage imminent.

C’est alors que toute la plateforme bascule violemment à la verticale. Mon corps soudain est propulsé vers l’avant ; seul le harnais me retient de tomber sur la verrière maintenant sous moi. Et à travers la verrière, apparaît une sorte de puits sans fond éclairé seulement par une ligne discontinue de lumière montrant la direction de la sortie. De surprise, Luc a lâché un :

– Mais qu’est-ce que c’est que cette procédure ! Ils ont suspendu notre avion comme un saucisson à son crochet !

Un feu rouge vient de passer au vert.

  • J’ai plutôt l’impression d’être une torpille dans un sous-marin !

C’est alors que la radio grésille :

–          Tour de contrôle Deus ex Machina à chasseur « L et G » : tube de lancement numéro cinq prêt pour décollage. Levez les bras et tapez votre casque pour le lancement.

–          Chasseur « L et G » à tour de contrôle : prêt pour le lancement.

Machinalement, je tape de ma main droite sur mon casque pour signaler que je suis prête, puis tends mes bras devant moi pour ne pas toucher au manche pendant la manœuvre, comme on me l’a appris. Le feu vert s’éteint et soudain c’est l’explosion. La catapulte nous pousse dans le vide et nous tombons à une vitesse vertigineuse pendant ce qui me semble un temps infini. L’accélération nous écrase contre nos sièges et déforme nos visages. Puis tout à coup, c’est l’espace. Je suis sonnée.

–          Tour de contrôle Deus ex Machina à chasseur « L et G » : mettez en marche vos propulseurs ! Je répète : mettez en marche vos propulseurs ! « L et G » : qu’est-ce vous attendez ?

J’ai sursauté et Luc a répondu :

–          Propulseurs en marche. Prêt pour manœuvre. A tous les chasseurs, je suis votre leader. Suivez mes instructions pour exécution des figures.

Il me laisse les commandes et tout se complique. Les trajectoires définies dans le plan de vol sont simples et pourtant je n’arrive pas à les exécuter correctement ; la sensibilité de l’appareil dépassant de loin tout ce que j’ai pu piloter jusqu’ici. A de nombreuses reprises, Luc doit reprendre la main pour éviter des collisions. Quand vient la phase la plus délicate et dangereuse, l’appontage, je n’arrive toujours pas à stabiliser l’appareil. La piste est trop courte. Le chasseur est trop puissant. Et sans les réflexes de Luc, nous aurions terminé notre course sur le mur du fond.

De retour au vaisseau, nous déchargeons nos enregistreurs de vol pour analyser nos performances. Le débriefing du commandant est rude : « affligeant ! Une équipe de bras cassés à qui on ne confierait pas une bicyclette ». Nos notes sont sans équivoque : deux sur vingt pour à peu près tout le monde, hormis Luc qui s’en tire à dix sur vingt. Piloter est censé être ce que je sais faire de mieux. Je suis effondrée.

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En sortant du débriefing, nous croisons le groupe de pilotes suivant. Ils parlent fort, excités à l’idée de débuter leur entraînement. D’une voix joviale, ils nous interpellent :

–          Alors les gars, ne faites pas cette tête !

–          On dirait que vous sortez de chez Méphisto !

Et ils se mettent à rire niaisement. Un autre, intrigué, se penche vers son copain pour lui glisser à l’oreille :

–          C’est peut-être plus dur qu’on ne l’imagine de piloter ces Migaster…

–          T’inquiète ! Ceux-là, ce sont sûrement des bleus en pilotage. Nos instructeurs doivent vouloir garder les meilleurs pour après !

L’un des nôtres s’est arrêté pour les regarder entrer dans la salle de briefing, songeur, le sourire en coin :

–          Tas de trous du… On verra bien la tête que vous ferez en sortant…

Puis il se tourne vers nous, le ton badin :

–          Bon les gars, je sais pas vous, mais moi j’adore nos nouveaux engins : maniables, ergonomiques… Dommage qu’ils n’aient pas inclus la notice dans la boîte à gants…

Son coéquipier lui donne une grande claque dans le dos, en riant nerveusement :

–          Ah ouais, Stephen. Pour la notice, il faudrait vraiment que tu la lises ! Tu as broyé le train d’atterrissage et tu t’es écrasé comme une crêpe ! J’ai cru que tu allais nous tuer !

–          Et toi, le blond à côté de la fille. Comment fais-tu pour arriver à piloter ces appareils. C’est pas possible tu es venu t’entraîner avant ! Vous l’avez vu en vol ? Un colibri !

–          Non, je m’appelle Luc. Salut. Et toi ?

–          Youri.

–          Ce sont les performances exceptionnelles de nos nouveaux chasseurs qui sont troublantes… Difficile d’affiner sa trajectoire quand on est propulsé à une vitesse de Mach douze. Sans parler des tirs qu’on n’a pas encore essayés… et, non, je ne suis pas venu avant…

–          Tu comprends mieux les Migaster que l’humour toi. Bon sang, sur quel chasseur as-tu appris, Colibri, pour être aussi doué ?

Luc sourit, flatté par son nouveau nom de code. Il s’embarque dans une description détaillée des chasseurs de ses classes, à grand renfort de termes techniques. Je les observe tous un par un. J’écoute aussi leurs pensées : des chics types, des passionnés d’aviation, avec leur courage et leurs doutes.

–          Sur quoi peuvent bien voler les Mercenaires ?

–          Pour sûr, ils ne peuvent pas avoir de chasseurs aussi puissants que les nôtres. On va les rétamer !

–          Ouais, à condition qu’on arrive à piloter ces engins du diable…

Quand les autres s’écartent, Luc me prend à part :

–          Gabrielle, si on doit voler encore ensemble, il va falloir que tu progresses rapidement parce que je tiens à ma vie !

J’ai dû franchement pâlir, car il reprend sur un ton plus doux :

–          Il faut absolument que je te montre quelques trucs pour que tu sentes comment tu dois t’y prendre. Il faut faire corps avec ta machine. Elle est rapide, alors tu dois être rapide. Elle est précise, alors tu dois la piloter avec finesse. Le secret c’est de faire le moins de mouvements possibles avec ton manche, et les plus petits possibles. Tes « fers à repasser » devaient avoir un temps de réponse extrêmement long. C’est ce qui te perturbe.

Je l’écoute me donner ses conseils avec passion et espoir. N’importe qui saurait piloter rapidement avec lui, du moins je voudrais le croire.

–          Si tu veux vraiment piloter, il faut que tu te projettes dans l’espace, comme si tu volais toi-même. Tout est dans la concentration. Viens avec moi, je vais te montrer.

Nous nous isolons dans une petite salle de sport.

–          Assieds-toi par terre. Je vais être ton chasseur.

Et il se cale derrière moi, attrape ma taille pour faire coller mon dos à son torse, puis se penche et forme le manche de pilotage avec ses deux poings serrés et relevés.

–          Tu ne dois pas seulement tenir le manche avec tes mains ; tu dois sentir tes bras se prolonger dans les ailes, tout ton corps faire partie de la carlingue. Tu es le chasseur ; l’énergie des moteurs c’est la tienne. Montre-moi ce que tu sais faire. On va décoller.

Amusée, j’attrape le manche formé par ses mains. Je ne l’écoute plus. Je suis juste son esprit. Il vit totalement ce qu’il me raconte. Dans une lumière jaune, je le vois mettre ses mains sur les poignées de commande comme moi. Il aime la sensation du plastique noir qui épouse la forme des doigts et le caresse du pouce. Sans que j’y fasse attention, mes pouces se sont mis à caresser les siens. Je sursaute : ouf, il n’a rien remarqué. Puis c’est le décollage : nos dos s’écrasent à l’unisson au fond d’un dossier imaginaire. Une fois dans l’espace, je suis totalement connectée à son esprit ; et je suis un chasseur. Il a mis un obstacle sur ma route. Pour virer, je tire le manche. Mes ailes se penchent. La météorite est évitée. D’autres obstacles, des chasseurs viennent à ma rencontre. Ce n’est même plus moi qui pilote, c’est son esprit qui m’impose les gestes. Non, je suis lui ! Mais cette connexion m’épuise. L’atterrissage se termine dans un crash contre le mur du hangar. Dans le choc, nous sommes tombés tous les deux à la renverse, et tout est noir. J’ouvre les yeux : il est allongé sous moi, immobile.

–          Ça va ?

–          Je crois que tu as brisé ton Migaster !

Puis un sourire monte à ses lèvres et son esprit s’illumine de ce jaune rayonnant qui le caractérise.

–          Qu’en pense mon professeur ?

–          On arrête. Assez de matériel cassé pour aujourd’hui ! Tu as de bons réflexes mais tu fatigues vite. Un bon pilote est un pilote endurant.

Un flash de souvenir traverse son esprit : il est campé devant son instructeur, passionné, admiratif devant la seule personne qui ne le prenne pas pour un débile. Et il est enfin heureux.

Le soir au mess, les discussions vont bon train sur les performances de chacun et les pourcentages de survie. Comme toujours, la bande de ceux de Cristal s’est resserrée pour discuter. Rog m’attrape par le bras pour m’inclure dans leur groupe :

–          Gabrielle, regarde bien devant toi : tu as le groupe qui a probablement les chances de survie les plus élevées avec ma sœur et Freyj ! Elles se sont battues comme des lionnes ! Et toi, championne de Sumo, à combien évalues-tu tes chances de survie, après tes exploits auprès de Ruddy ?

–          Hum, énervé comme il était, je ne suis pas certaine qu’il me notera de façon favorable.

Clar me dévisage, l’œil sévère :

–          Ce n’est vraiment pas malin : dès le premier jour tu te mets à dos un de nos entraîneurs. Soit il fera tout pour te virer, soit il va te mener la vie dure jusqu’au bout. Je ne sais pas ce qu’il faut te souhaiter le plus… Enfin, j’espère pour toi que les Sages pourront calmer le jeu. En voilà que tu ne pourras pas provoquer.

–          Hum…

–          Non ! Les Sages aussi !

Clar a pâli et son inquiétude pour moi me touche. Rog est tout sourire :

–          Toi alors, tu as un sacré toupet !

–          Et tes performances en pilotage ? S’inquiète encore Clar.

–          Pas d’exploit à l’horizon…

S’en suit un silence pesant que Rog s’empresse de rompre :

–           Ce ne sont pas quelques chiffres jetés au hasard qui me feront changer d’avis ! Je suis venu pour casser du Mercenaire. J’irais jusqu’au bout !

Je lui souris :

–          Je n’ai jamais fait marche arrière. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

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CHAPITRE 10   Onze pour cent      

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« Aujourd’hui premier jour d’entraînement pour tous les Elus. Jour J-15 avant l’affrontement ».ado ebook gratuit

Ce message laconique inscrit sur tous les panneaux lumineux du Deus ex Machina est repris en leitmotiv par tous les esprits que je croise. Le compte à rebours a commencé. Quinze jours pour faire de nous des tueurs de Mercenaires, quinze jours pour s’infiltrer dans leurs vaisseaux et les détruire. Enfin, si je reste… Et le sort de l’Alliance est entre nos mains. Instinctivement j’ai regardé les miennes : fines et petites…

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Il y a un attroupement devant un des panneaux : l’affichage des pourcentages de survie. J’approche lentement. J’ai du mal à voir par-dessus les épaules hautes qui m’entourent. Puis je me faufile et cherche mon nom. La liste est longue. Les premiers noms sont ceux qui ont le plus de chance de rester en vie jusqu’au bout. Au début, je lis consciencieusement chaque nom et chaque performance. Freyj est classée parmi les premiers avec quatre-vingt-neuf pour cent de chances de survie. Clar et Rog sont à soixante-dix-sept pour cent, Tom et Jarl à soixante-cinq pour cent. Toujours pas mon nom. Tiens, voilà Luc à quarante-neuf pour cent. Puis suivent la plupart des pilotes… métier à risque… Toujours rien pour moi… Encore beaucoup de noms qui ne me disent rien. Tous ceux qui se sont trouvés dans la liste se sont écartés. Nous sommes peu nombreux maintenant devant cette liste. Luc s’est rendu compte que je cherchais toujours, et il s’est joint à moi :

–          Voilà ton nom, Gabrielle. Ici…

Sa voix s’est enrouée. Il me donne une tape amicale dans le dos et s’éloigne, ne sachant quoi dire.

Je lis : onze pour cent.

La dernière de la liste.ado ebook gratuit

Je sens une présence dans mon dos ; je me retourne. Ruddy est à quelques pas, accoudé contre le mur, en train de m’observer. Il arbore un franc sourire, le sourire de la victoire, et prend son ton le plus mielleux :

–          Tu n’es pas éliminée d’office. Mais, vu ton score, je te conseillerais de…

–          Même pas en rêve !

–          J’espérais bien que tu dirais ça. Tu me plais, P’tits bras… de plus en plus. Je t’en prie, avant toi…

Et il me fait entrer avant lui dans la salle de sport dans laquelle nous allons nous entraîner. Pour nous débiter son discours, Il monte sur le ring, bien au-dessus de nous, et me regarde de biais :

–          Je vois qu’on m’a confié les cas les plus désespérés. Bon, il va falloir employer les grands moyens avec vous. Il faut d’abord que vous sachiez à quoi vous attendre sur le combat auquel vous vous préparez : il sera rude, violent, impitoyable, parce que l’ennemi est monstrueusement fort. J’ai étudié de près les techniques des Mercenaires. Ce que je vais vous montrer sera primordial pour que vous puissiez vous en sortir !

Comment ose-t-il nous dire cela avec un tel sang-froid ?

–          Il y a quelques basiques que vous devez absolument savoir sur eux. Ils feront tout pour vous terroriser – par leur aspect, leurs cris, leur comportement, leur violence gratuite… Ils aiment la violence au point d’y vouer un culte. C’est leur signature. C’est ce qui fait que vous partirez au combat en ayant déjà peur d’eux.

Il fait une pause et nous observe. Puis tout à coup sa voix gronde :

–          Vous ne devrez jamais entrer dans leur jeu. Parce que vous allez apprendre à vous battre d’égal à égal, avec les mêmes « armes » qu’eux. Et parce que je vais vous indiquer leurs points faibles. Arius recrute les siens sur des critères de forces physiques uniquement. Vous aurez donc en face de vous des brutes épaisses, peu douées pour la réflexion et trop lourds pour la course. A vous de faire travailler vos méninges pour les dominer. A vous de devenir des coursiers souples et rapides pour les vaincre. Mais d’abord, il vous faudra autant d’endurance et de force qu’eux. C’est tout cela que nous allons travailler pendant ces quinze jours.

–          A quoi bon la boxe ? Vous croyez vraiment qu’on va les affronter à mains nues ?

–          Cette guerre ne se gagnera pas dans l’espace. Les troupes régulières seules n’y suffiraient pas. Alors les Sages ont décidé de former des « élus » – vous – pour les prendre par surprise. Tout ce que je peux vous dire pour l’instant, c’est que vous devrez vous préparer à toute éventualité…

–          Et pour cela nous devons être plus intelligents, plus rapides, plus endurants et plus forts qu’eux… En quinze jours…

Ruddy sourit cyniquement. Seuls ses yeux bougent de l’un à l’autre.

–          Vous pensiez que vous étiez venus pour faire quoi ? Du tricot ?

Tous les regards se sont tournés vers le sol en silence.

–          Bon, je crois que je vais avoir du boulot avec vous. On va donc commencer par vous muscler un peu, bande d’avortons. P’tits bras : levée de poids. Tu t’installes sur la machine et tu nous montres.

En disant cela, il me pointe du doigt. Je ne bouge pas.

–          Penses-tu ne pas avoir besoin de te muscler un peu avant l’attaque ?

Et il tend sa main vers la banquette, comme une invite, tout en me souriant.

Pendant que je m’allonge, il met en place les poids sur la barre. Puis, avant que j’ai pu réagir, il m’enjambe et se penche au-dessus de moi, tout sourire. Il prend mes mains dans les siennes, les enserre sur la barre et la soulève dans un râle d’effort, les muscles bandés, son visage crispé. Puis lentement il se penche tout près de moi, le regard lubrique et descend la barre au-dessus de mon cou. Angoissée par son contact, j’essaie de me libérer de ses mains et de son corps au-dessus de moi. Je ne vois personne d’autre que lui, mais dans son dos, je sens le silence gêné de mes camarades.

–          Tu veux que je lâche tes mains, P’tits bras ? Regarde les poids : il y a cent kilos. Sauras-tu toute seule empêcher cette barre de t’écraser la gorge ou bien as-tu besoin de moi pour la tenir ?

Derrière lui, un gaillard a toussé avant de prendre la parole :

–          Je connais ces machines. Je peux commencer ?

Les yeux toujours dans les miens, Ruddy a souri :

–          Ah, un volontaire ! Lève-toi P’tits bras !

Alors, ses mains emprisonnant toujours les miennes, il soulève la barre et la remet sur le reposoir. Puis il me tire violemment contre lui pour me relever.

–          L’objectif aujourd’hui est que vous souleviez un total de cinquante kilos. Au boulot.

Il change mes poids puis il part installer mes camarades sur les autres machines disponibles. Il passe ensuite auprès de chacun pour vérifier ses performances, en terminant par moi. Je n’ai pas bougé, ne voulant pas me retrouver coincée sous cette barre trop lourde pour moi.

–          Alors P’tits bras, tu refuses de suivre mes ordres ?

Evidemment, il sait parfaitement que je suis incapable de soulever un tel poids.

–          Tu fais ta tête dure. Cinquante pompes !

Et il me pousse face contre terre. Au moment où je m’apprête à commencer, il me stoppe :

–          Attends, c’est trop facile comme ça. Tends les bras. Ne bouge plus.

Alors il s’agenouille près de moi, sort de sa poche un couteau au manche carré et le pose en équilibre, pointe en l’air juste au niveau de mon cou.

–          Bien, maintenant, tu fais tes cinquante pompes. Et pas de relâchement ; je ne voudrais pas voir ton petit cou s’abîmer sur mon couteau, n’est-ce pas !

Et il reste accroupi à côté de moi tout le temps que dure cette épreuve. Quand j’ai fini, il se relève satisfait :

–          Bien maintenant, nous allons passer à soixante kilos. Et vous avez intérêt à réussir !

Mes bras tremblent. A bout de force, je m’assieds sur la banquette. Il ne se passe pas cinq minutes avant que Ruddy revienne vers moi, le sourire aux lèvres :

–          Alors P’tits bras, ces soixante kilos, ça vient ?

Comme je ne bouge pas, il se met à crier :

–          Par terre. Cinquante pompes.

Et il me jette son couteau pour que je l’installe comme tout à l’heure. Mes premières pompes sont lentes et laborieuses. Alors il m’invective :

–          Tu es nulle ! Tu vas voir comment on traite les faignantes comme toi.

Et il écrase mon dos avec son pied. Je roule sur le côté pour éviter la lame du couteau et me redresse d’un bond devant lui, révoltée :

–          Je suis pilote ! Je n’ai pas besoin de m’entraîner à faire des pompes. Cela ne sert à rien, un manche dans les mains !

–          Ah bon ? Et tu es un bon pilote ? Dis-nous un peu, quel est ton pourcentage de survie ?

–          Ces chiffres ne sont là que pour nous faire peur.

–          Hum, je ne crois pas que Freyj dirait cela, n’est-ce pas Freyj ?

La pauvre Freyj se demande ce qu’elle doit répondre pour ne pas se mettre Ruddy à dos ni me vexer. Mais au fond de son esprit, je sens bien à quel point elle croit en ces chiffres et elle me regarde avec pitié. Ruddy s’est tourné vers moi, prêt à me torturer de nouveau quand un de ses acolytes passe la tête par la porte :

–          Les Sages ont demandé que tu leur fasses faire le tour du vaisseau maintenant.

Frustré, Ruddy nous apostrophe avec colère :

–          Vous êtes tous des larves. Incapables d’endurance. Je me demande ce que je fais avec vous ! Allez, ça suffit pour aujourd’hui. Footing.

Et il part à fond de train, six paires de jambes traînant tant bien que mal à sa suite. Le pont quatre se prête relativement bien à la course, à cause de la largeur des couloirs. Et ceux que nous croisons se poussent sans problème à notre passage. Nos pas résonnent sur le sol de tôles et notre groupe fait beaucoup de bruit. Les salles d’entraînement défilent de part et d’autre de ces couloirs : salles de musculation, de boxe, de tir… Je n’ai jamais vu d’équipements aussi nombreux dans un vaisseau de guerre. Quand nous descendons vers le pont numéro trois, la course devient plus difficile avec les couloirs plus resserrés. Au détour d’un virage, nous tombons nez à nez avec trois Vaucan en file indienne qui ont du mal à se serrer contre la paroi de tôle pour nous laisser passer.

L’un d’entre nous proteste :

–          Que diable font ces machines dans le « Deus ex Machina » ?

Ruddy l’a entendu et prend son ton cynique habituel :

–          Ce sont nos gentils gardiens. Ils font des rondes pour veiller à la sécurité à bord.

–          La police ? Ces robots font la police à bord ? On aura tout vu !

Ruddy ne répond pas. Vers les chambrées, il y a plus de monde ; le rythme de la course devient chaotique, les couloirs sont en zigzag et les changements de direction nombreux. Il faut savoir gérer son souffle. Au détour d’un croisement, je crois distinguer le bout du pont : un long couloir rectiligne qui aboutit à un mur dans lequel se dessine une sorte de porte ronde à volant façon coffre-fort. Nous passons vite. J’ai juste le temps de voir deux robots postés devant le « coffre-fort ». Intriguée, je provoque Ruddy :

–          Pourquoi est-ce qu’on ne continue pas par là ?

–          Tu veux visiter la chambrée des « Vaucans » ? Tu aimes les tas de ferraille ? Ils ne feraient qu’une bouchée de toi, tu sais. Si tu veux des sensations fortes, c’est dans ma chambre qu’il faut que tu viennes…

–          Qu’est-ce qu’il y a derrière cette porte ?

–          L’autre moitié du vaisseau : la zone d’intendance. Aucun intérêt.

–          Alors pourquoi est-elle gardée ?

Pas de réponse.

–          Et nous avons le droit de franchir cette porte ?

–          Je te l’ai dit : aucun intérêt.

Pas de doute, ce coffre-fort est bien gardé…ado ebook gratuit

 

Après ce footing dans les coursives, nous enchaînons avec le parcours d’Edith. Bien plus que la veille, cette épreuve nous casse le corps et nous sape le moral. Nous en sortons lessivés. Je me dirige vers le couloir avec les autres, pressée de passer à la douche et de prendre un peu de repos, quand la voix d’Edith retentit derrière moi :

–          Tu as oublié fillette ! Ruddy t’a donné une nouvelle épreuve aujourd’hui. Et il m’a demandé de prendre tout particulièrement soin de toi. Approchez-vous tous ! Voici la première tête brûlée à tester mon tout nouveau jouet !

Non, non… Je n’avais pas oublié, mais je n’allais pas réclamer tout de même !

–          Tu dois parcourir ce labyrinthe et ressortir par la trappe qui est au-dessus. Attention, je chronomètre tes performances devant tes petits camarades ! Je crois qu’il devrait te plaire, j’y ai mis tout mon cœur. Il y a beaucoup de surprises à l’intérieur, préparées spécialement pour toi… Certaines font peur… Alors si jamais ces épreuves devenaient intolérables pour toi, tu n’aurais qu’à appuyer sur le petit bouton de ce bracelet et tu te retrouveras immédiatement dehors.

Je fixe son bracelet ridicule. Sa propension à tourner toute épreuve en enfantillage m’irrite ! Il y a longtemps que je ne porte plus ce genre de bracelets…

–          Allez, ne fais pas ta fière, va, mets-le, tu verras bien… Je lance le chrono : nous avons hâte de savoir combien de temps tu résisteras avant d’appuyer sur ce bouton… Prête ?

Je hoche la tête, et tente de rester de marbre.

–          Stop ! Encore un détail… Il faut tenir un laps de temps minimum sinon l’épreuve n’est pas validée et il faudra recommencer… Aujourd’hui Ruddy a été généreux avec toi : tu dois tenir dix minutes minimum. A moins que tu sois suffisamment forte pour parcourir tout le labyrinthe, et en sortir indemne… On a parié avec Ruddy… Alors ! Tu y vas ?

Ils ont parié. Lequel des deux pense que je ne vais pas y arriver ! Je m’allonge par terre pour rentrer dans le trou. J’ai l’impression d’être Alice au pays des merveilles devant la porte en bas du puits, mais pas de liqueur qui permette de rapetisser ici !

Si la chatière est à ma taille, en revanche, le conduit qui se trouve juste derrière se rétrécit immédiatement. L’air est rare et chaud et je progresse à plat ventre dans le noir complet. Tout se fait au toucher. Les virages sont difficiles à négocier, mais il n’y a jusqu’ici, rien qui puisse vraiment m’inquiéter. J’essaye d’aller le plus vite possible, me doutant que le moins de temps je passerai ici, le mieux ce sera. Dix minutes au trou… C’est étrangement faible… Tout à coup le sol se dérobe sous moi, me coupe le souffle, et je tombe dans une sorte de glu qui remue sous mon corps. Ça court le long de mes jambes, puis monte sous mes vêtements et envahit rapidement mon torse, mes bras, ma tête… Et ça mord ! Ne pas chercher à comprendre… Vite, trouver la sortie… Edith est une cinglée ! Quel était son rôle au sein de la horde d’Arius : tortionnaire ? Je nage dans cet agglutinement d’insectes, les paupières verrouillées sur mes yeux, la bouche scellée, les mains en avant, le front moite, cherchant les parois à tâtons. Ne pas abandonner, pas maintenant. Résister. Aïe ! Ces « choses » piquent et paralysent mes mains quand j’en écrase malencontreusement sur le mur… Je m’affole… Le bouton du bracelet… Non, ça y est, il y a du vide devant moi… Je m’engouffre dans un trou… Ce nouveau conduit est rond et si petit qu’il me débarrasse de tout ce qui recouvrait mon corps, mais il est lisse et en pente, et la montée s’avère difficile avec le manque d’air. J’élimine fébrilement les dernières « choses » qui sont sur mon visage avec des gestes de panique, et progresse en soufflant. Ces ténèbres me coupent les jambes. Ne pas céder devant Edith ; résister… Puis mes mains détectent trois conduits identiques qui se présentent devant moi. J’en profite pour souffler un peu. Au diable le chrono ! Je suis certaine d’être là depuis au moins vingt minutes, mais je finirai ce parcours ! Je m’engouffre ensuite dans le premier tuyau. Au bout de quelques minutes, je tombe sur un cul-de-sac ! Voilà le labyrinthe ! Satanée Edith ! J’ai de plus en plus hâte de sortir. Dans ma fébrilité, j’ai bien des difficultés à négocier la marche arrière et je rejoins le précédent carrefour à bout de souffle, tremblante. Je n’ai jamais été claustrophobe, mais ici l’angoisse serre ma gorge sèche. Je ne saurais dire depuis combien de temps j’erre maintenant dans ce trou quand, du fond des tuyaux, me parvient un grondement sourd, lointain. Tout à coup, le bruit progresse à toute vitesse… Il va arriver sur moi… Un des conduits se met à vibrer, comme si de l’eau se déversait dedans ! Je m’engouffre le plus vite possible dans le conduit restant : un cul-de-sac ! L’eau qui déboule à toute vitesse, glaciale, enserre mes jambes, mon torse, ma bouche… Je vais me noyer ! Dans un réflexe de panique, j’ai poussé fort au-dessus de ma tête… Et la paroi a cédé : une trappe. Au moment où ma main en attrape le bord, un hachoir s’abat sur mes doigts et les tranche dans un bruit d’horreur. Je hurle d’effroi et appui sur le bouton du bracelet… Je suis violemment éjectée et m’effondre avec un bruit mou sur le sol du gymnase, les yeux éblouis par la soudaine luminosité ambiante.

Je suis par terre, à moitié inconsciente, terrorisée, et lorsqu’enfin ma vue arrive à distinguer le décor, c’est le visage d’Edith penché au-dessus de moi que je découvre.

–          Alors, ça t’a plu P’tits bras ?

Affolée, je regarde mes doigts, prête à compter ceux qui manquent. Pas une égratignure. Pas de morsures d’insectes. Je ne suis même pas mouillée ! Elle a suivi mon regard, savourant ma réaction. Et son rire fuse à nouveau. Je me sens vidée et la peur doit se lire sur mon visage car tous mes camarades m’observent avec angoisse.

–          Assez mauvais comme score : tu as tout juste tenu les dix minutes ! Et il semble que tu sois la spécialiste des parcours non terminés !

Je cours dans les couloirs, poings serrés, tête baissée, cognant ceux qui se trouvent sur mon passage, laissant derrière moi des cris et des invectives que j’entends à peine. Nos entraîneurs sont des tortionnaires ennemis, nos Sages ont perdu la tête et nous sommes surveillés et gardés enfermés par des robots. Et moi, je dois réussir cette mission ou me retrouver emprisonnée à vie. Est-ce ainsi que nous avons été choisis : non pas sur nos compétences mais sur nos motivations ? Comme on choisit des kamikazes. do ebook gratuit

 

Clar est déjà à table lorsque je la rejoins au mess, ainsi que la petite bande de Cristal. Tous mangent dans un silence presque religieux. Rog a le nez dans son assiette, bougon. Sa première séance avec Rocky n’a pas dû lui plaire… Tom et Jarl sont généralement très peu enclins au bavardage. Et Clar est épuisée. Il n’y a que Freyj qui semble encore tenir le coup et qui garde le sourire. Comme je la regarde avec beaucoup de surprise, Clar intervient :

–          Freyj est la plus physique de nous tous ! Increvable. Et douée dans tous les sports ! Tu la verrais au concours annuel de triathlon chez nous ! Elle les remporte tous ! Ah, si j’avais sa forme…

Freyj sourit du compliment, et semble même sur le point de rougir, ce qui est très amusant, vu son immense stature d’athlète. Rog lève le nez de son assiette :

–          Mais dans quelle galère veulent-ils nous embarquer pour nous entraîner de cette façon ? Ma parole, on ne va tout de même pas se battre à mains nues à dix contre un avec ces Mercenaires ! S’ils sont tous aussi forts que nos entraîneurs, je me demande ce que je fous là ! Et les parcours d’Edith ! C’est pour nous préparer à quoi ? Gabrielle, j’espère au moins que toi ils t’enverront en mission sur un chasseur, parce que si je n’arrive pas à me battre alors j’imagine mal ce que ça pourrait être pour toi, surtout vu ton pourcentage de survie…

–          Merci pour l’encouragement…

Clar que j’ai vue jusqu’ici toujours positive, a l’esprit plus sombre et s’interroge aussi :

–          On s’est tous engagés à bord du Deus ex Machina pour sauver notre monde et parce que nous avons foi en cette mission quels que soient les risques. Mais nous savons si peu de chose sur ce que nous allons devoir faire. Qu’est-ce que nos Vénérables Sages voulaient dire par « vous allez frapper l’ennemi en plein cœur » ? A quoi devons-nous nous entraîner ? Je sais qu’ils ont des plans pour nous. J’ai une totale confiance en eux, mais l’objectif est trop flou et j’avoue que je suis un peu perdue…

Rog a senti le trouble de sa sœur, et comme elle, soudain son esprit s’assombrit. Il a failli lui répliquer : « non, ce n’est pas pour sauver notre monde » et une étrange culpabilité l’a envahi. Il a échangé un regard furtif avec Clar, puis il change de sujet :

–          Et cette histoire de binômes… Ça ressemble à quoi ? ça va encore pour moi qui interviens plutôt au sol. Mais pour quelqu’un comme toi Gabrielle, qui vole, ça ne rime à rien ! Tu t’imagines avec des doubles commandes dans ton chasseur ? Enfin, moi, s’ils me mettent avec la grande brune de l’autre jour, je ne dis pas non…

Clar est rouge de jalousie :

–          Rog !

–          Bon, bon, Clar, je veux bien rester avec ma gentille sœur pour la protéger ! Et toi Gabrielle, un ou une partenaire en vue ?

–          Hum… Un des pilotes de mon équipe est vraiment très bon. J’aimerais bien être associée à lui.

–          Ah, nous avons un joli début d’histoire de ce côté-ci : est-ce que vous dessinez des cœurs dans l’espace en volant ?

–          Rog !

–          Eh, Clar, arrête de toujours vouloir protéger tout le monde. Si ton amie a quelque chose à dire pour sa défense, laisse-la parler !

Le frère et la sœur me distraient avec leurs réactions de vieux couple :

–          Oui, Rog, j’ai des choses à dire pour ma défense : C’est le pilote que j’admire en lui. Mais je ne pense pas qu’il soit complètement Humain… Il ne pense que « chasseur » et ne vit que pour voler.

–          Un peu comme Freyj avec ses triathlons.

Il a regardé Freyj et de nouveau l’ombre s’immisce dans le cerveau de Rog. Cette fois, c’est Tom qui intervient pour détourner la conversation :

–           En parlant de rencontre, j’ai fait la connaissance de Centers charmants ! Il faudrait que je vous les présente.

Clar fait la moue :

–          Je les trouve un peu hautains. J’espère que je n’aurais pas à faire équipe avec l’un d’eux… Je les imagine mal dans la boue des parcours d’Edith, eux qui sont toujours tirés à quatre épingles… Il y en a encore parmi eux qui n’ont pas opté pour le treillis kaki. Ils se baladent en survêtement blanc !

Pendant que Clar est distraite, Rog se penche vers moi :

–          Eh, Gabrielle, j’ai commencé ma petite enquête. Tu sais la grande brune mignonne qui avait l’air d’en savoir un peu sur nos Vénérables Sages… Je lui ai parlé.

Et contre toute attente, le cerveau de Rog se remplit… de rose tendre !

–          Ah, c’est ça ton enquête…

–          Gabrielle ! Tu te rappelles, elle nous avait expliqué que les Vénérables avaient suivi de vieilles traditions guerrières et s’étaient inspirés de leur expérience pour nous regrouper par deux.

–          Oui. Mais dans leur cas, il y a de fortes chances qu’ils se soient regroupés par cinq !

–          Est-ce que tu crois que c’est ce qu’ils attendent de nous ? Je veux dire, que lorsqu’on sera par deux, on se mette à parler et à bouger exactement de la même façon que notre « double » !

–          Non, je ne crois pas. Eux, ce sont manifestement des vrais quintuplés. Je suppose que c’est ce qui explique leur osmose complète. As-tu appris quelque chose de plus sur eux ?

–          Non, hormis que le père de la brune les avait croisés il y a fort longtemps lors d’un rassemblement du conseil de l’Alliance et qu’ils étaient, déjà à cette époque, des vieillards !

–          Quel âge peuvent-ils bien avoir ? C’est vrai que j’ai déjà connu cinq élections de Conseil pour présider l’Alliance mais d’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours entendu parler des Sages. D’ailleurs je ne suis pas certaine qu’ils n’aient jamais été élus. Ils n’ont même pas de rôle officiel. Il semble qu’ils se soient imposés petit à petit uniquement grâce à leur sagesse. Ils sont aujourd’hui tout puissants ! Notre Président Amidalou leur a donné tous les pouvoirs pour mener à bien cette guerre au nom de toutes les planètes de l’Alliance : nos super-généraux ont plein pouvoir pour commander notre groupe d’intervention ainsi que l’armée que nous rejoindrons sur la zone d’attaque ! Toutes les puissances de l’Alliance sont dans leurs mains !

–          Sais-tu que « le Deus ex Machina » est actuellement totalement isolé ? Nos cinq Vénérables ont coupé toutes les communications et notre position n’est connue de personne jusqu’à notre approche de la planète noire ! Pour raison de sécurité, disent-ils ! Tout est secret : qui nous sommes, la trajectoire de notre vaisseau et même ce qu’on attend de nous. Et nous ne savons même pas comment ils nous ont choisis.

–          Des kamikazes.

–          Quoi ?

–          Ils nous ont choisis comme on choisit des kamikazes : uniquement sur nos motivations.

Il s’est tendu comme un animal sauvage qui se sent menacé. De nouveau, il détourne la conversation :

–          Pourquoi ont-ils engagé cet Immortel ? Et cette bande de Vaucans pour faire la police à bord ?

Sans réfléchir, j’enchaîne :

–          Sans parler de cet accord passé avec nos entraîneurs…

–          Que veux-tu dire ?

–          Hum… Rien. As-tu vu cette sorte de porte blindée au pont trois, au bout des chambrées des Vaucans ? Ruddy dit qu’elle mène vers la zone d’intendance.

–          Toi aussi tu as remarqué. Je suis allé courir par là-bas, l’air de rien, pour voir si on pouvait passer. Les Vaucans m’en ont dissuadé…

–          Comment ?

–          Je n’avais même pas franchi la moitié du couloir qu’ils étaient tous autour de moi à faire barrage. Je leur ai dit : « Eh, les gars, laissez-moi passer, je ne suis pas un Mercenaire ; juste un type qui s’échauffe à la course ». Ils m’ont bousculé jusqu’à la sortie du couloir. Ils n’ont aucun humour !

–          Pourquoi la zone d’intendance est-elle fermée ?

–          A moins que ce soit nous qui sommes enfermés… do ebook gratuit

 

Semblant sortir d’un rêve, Freyj se met à penser tout haut :

–          Tiens, il n’est pas venu l’Immortel aujourd’hui ! Il doit se cacher dans un coin sombre du Deus ex Machina ! Il a peut-être eu peur hier finalement…

J’échange un regard avec Rog : pas l’ombre d’un doute dans l’esprit de Freyj, aucune interrogation sur son devenir. Elle est dans sa bulle, détachée, sereine : un fleuve au long cours dont l’eau coule avec force et calme, imperturbable, jusqu’à sa destination finale. Elle ne risque pas d’être mon binôme !

Elle est la seule à remarquer l’absence prolongée de l’Immortel… ce dont peu de monde en ce moment se soucie.

–          Au fait, vous avez signé la pétition ?

–          De quoi parles-tu Freyj ?

–          La pétition sur l’Immortel. Anton, le gars de la planète Trisquelle, celui qui a réussi à le faire sortir du mess hier, c’est lui qui la fait circuler.

–          Et qu’est-ce qu’il demande ?

–          Que les Vénérables enferment cette bête sauvage au fin fond du vaisseau jusqu’à ce qu’il puisse faire tout seul sa mission !

–          Et tu l’as signée ?

–          Ben oui. Et il a commencé à recueillir une grande quantité de signatures. Ils sont maintenant un petit groupe à circuler dans tout le vaisseau avec Anton pour faire signer cette pétition. Il faut qu’on se protège, tu sais, il n’est pas comme nous. Il est vraiment très dangereux !

Et dans son esprit, je les vois défiler, poings levés, Anton à leur tête, hurlant leur haine et invectivant tous ceux qui croisent leur chemin :

–          Signe ! C’est pour ton bien, frère.

Et ils crachent à la figure de tous ceux qui refusent :

–          Espèce de lâche. Tu as peur de signer c’est ça ? A moins que tu le défendes ? On te le fera payer, raclure, tu verras…

Clar coupe court à ses songes, un peu agacée :

–          L’Immortel est pour l’instant le cadet de mes soucis. Si seulement je savais vraiment ce que veulent nos Sages de nous ! Comment fais-tu pour ne pas t’en préoccuper ?

–          Rog, dis-moi, que sais-tu sur les Immortels ?

J’ai chuchoté à son oreille, consciente que ma curiosité est déjà presque un tabou à elle seule.

–          Ce sont les êtres les plus dangereux qui puissent exister. Ils ont déjà voulu s’emparer du pouvoir et de toutes nos richesses lors de la guerre des Monstres, il y a fort longtemps ! Ils n’étaient qu’une poignée à l’époque pourtant ils avaient fait des ravages auprès des Humains. Heureusement, nous avons pu les circonscrire. Et depuis, ils n’ont plus le droit de sortir de leur planète sauf exception.

–          A quand remonte cette guerre ?

–          A vrai dire, je n’en sais rien. Mais si tu veux en savoir plus, je peux peut-être demander à Emmanuelle. Son père qui était au conseil a pu en rencontrer.

–          Emmanuelle ?

–          Oui, la brune qui m’a donné les informations sur les Vénérables Sages. Pourquoi veux-tu te renseigner sur les Immortels ? Tu as peur de lui, c’est ça ?

–          Je me demande de quoi il faut avoir le plus peur : de lui ou des haines qu’il suscite ?

Soudain, Ruddy débarque au mess avec fracas, sa troupe accrochée à ses rangers. La mine grave, il se campe dans l’entrée, jambes écartées, bras croisés :

–          J’ai une information à vous transmettre. Nous avons retrouvé un de vos camarades mort dans une salle d’entraînement. Il s’agit de Ben de la planète Petite Nuit.

–          Je le connaissais un peu. Qu’est-ce qui s’est passé ?

–          Pendu à la corde d’un punching-ball. Suicide. Je suppose qu’il n’a pas supporté sa note : vingt pour cent.

Il me regarde un long moment, la bouche tordue et cynique ; puis il sort avec toute sa troupe.

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CHAPITRE 11            Les Immortels

–          Alors P’tits bras, ça t’a plu le labyrinthe ? Tu ne perds pas de temps et nous ne sommes qu’à J-14 ! Ça fait encore de nombreuses occasions d’y retourner, n’est-ce pas ?

Ce matin, au petit-déjeuner, Ruddy est tombé sur moi. Il sortait du mess avec toute sa bande d’entraîneurs. Ma table était sur leur chemin. J’étais seule. En arrivant à ma hauteur, Ruddy s’est arrêté, fier et arrogant pour me provoquer. Je serre les dents pour me retenir de lui cracher au visage. Il s’approche tout près de ma chaise derrière moi et pose une main sur la table à côté de mon bol, son corps courbé au-dessus du mien :

–          Un trou à rat pour une souris comme toi, ha, ha, ha ! Et maintenant la petite souris va me répondre avec respect. Tu sais : le salut, le « oui chef ». On recommence. Ça t’a plu le labyrinthe ?

Il s’est penché sur le côté, son visage tout près du mien, un sourire de conquérant aux lèvres, le regard provocateur. Son haleine lourde souffle sur mon nez des relents de café. Et il me sniffe. Ce serait suicidaire de le gifler. J’ai tendu tous mes muscles pour m’empêcher de bouger et fixé mes yeux sur mon bol.

–          Elle a peur de moi !

–          Va au diable, Ruddy !

Et brusquement, son poing s’abat sur la table. En une fraction de seconde, deux de ses acolytes sont sur lui, mains apaisantes sur ses épaules. Il les regarde, se retient, récupère son sang-froid, puis se tourne à nouveau vers moi, le sourire narquois :

–          Bien. Je constate à ton attitude que cela t’a beaucoup plu ! Je vais avertir Edith qu’elle te prépare de nouvelles surprises dans son labyrinthe ce matin… quinze minutes… C’est peu… Tu y arriveras, tu crois ? Miss onze pour cent…

Et il part en riant. J’aurais juré qu’un fantôme dans ses yeux s’était mis à rire lui aussi… do ebook gratuit

 

Edith doit avoir un faible pour moi, pour me laisser courir sans mon sac à dos rempli de cailloux ! De sa part, cela ne présage rien de bon. De toute façon, il ne me servait à rien puisque je n’arrivais pas à terminer ce parcours.

Evidemment, dès que je franchis la ligne d’arrivée, elle m’interpelle comme hier :

–          Gabrielle et Stephen, au labyrinthe ! Alors P’tits bras, tu as envie d’améliorer tes performances d’hier, je suppose. J’ai dû me surpasser pour que tu ne t’ennuies pas. Et puis Ruddy m’a demandé de te faire un traitement de faveur. Tu es une habituée maintenant. Tu n’as qu’à passer la première…

Le Stephen qu’elle a appelé est figé derrière moi, le sourire aux lèvres. Mais dans son esprit, je sais qu’il n’en mène pas large…

Ce parcours-là n’est pas réel. J’ai beau me le répéter sans cesse, j’ai le cœur serré lorsque je m’allonge par terre pour passer la « chatière ». Comment Edith fait-elle pour provoquer toutes ces peurs et ces sensations ? Puisqu’il semble que je sois condamnée à emprunter ce labyrinthe aussi souvent que je rencontrerai Ruddy, autant trouver rapidement la sortie ! Mais quelle est l’astuce à découvrir. Je m’enfonce, plus attentive que jamais, à la recherche d’indices, et plus motivée que jamais d’en finir !

Pour cette seconde tentative, je n’ai pas pris le chemin de l’eau. Je suis restée plus longtemps dans le « bain d’insectes » pour trouver un autre passage. Et cette fois j’ai choisi le plus éloigné ! J’ai vaincu les « voix de charme » et « les voix de peur », mais je n’ai pas réussi à passer le puits sans fin. J’ai essayé de l’enjamber, puis j’ai rebroussé chemin jusqu’au « bain d’insectes » dans l’espoir d’un autre passage inexploré. En vain ! Je n’ai trouvé que des culs-de-sac. Alors je suis retournée au puits. Après de longues tentatives, j’ai fini par appuyer sur le bouton libérateur du bracelet, en rage et épuisée.

Quand je me retrouve au sol sous la lumière vive du gymnase, Edith, penchée sur moi, a encore ce sourire sadique !

–          Allez dégage ; au tour de Ruddy de s’occuper de toi. do ebook gratuit

 

Cette fois, il a changé de stratégie : durant tout l’entraînement, il ne m’adresse plus la parole, ne me demande plus de faire les démonstrations d’exercices, ne me prend plus comme contre-exemple. Non, il ne me dit plus rien. Mais il garde en permanence les yeux sur moi. Et au fur et à mesure qu’il voit ma fatigue grossir, son sourire grandit de plus en plus. Dès l’entraînement fini, je fonce la première vers la salle de repos, vers le monde. do eb ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Au fond de la salle, Stephen s’est affalé sur une chaise, le regard perdu. Je m’approche.

–          Ça va ?

–          Oui, oui… Dis-moi, qu’est-ce que tu as vu dans ce labyrinthe ? C’était quoi ce truc de fou ! Tu as senti les morsures toi aussi ? Tu as entendu ces voix horribles qui glacent le sang et rendent fou ? Et l’inondation ? Et le hachoir !

–          Oui, moi aussi, j’ai senti cela… Pourtant en sortant, pas de doigt coupé, pas de marque de morsure, ni de vêtement mouillé ! Tout ceci n’a rien de réel. Il faut croire que derrière ce cerveau de Cro-Magnon se cache une imagination débordante ! Je ne sais pas comment elle fait, mais je te jure que je trouverais !

–          Moi, je préfère ne pas retenter !

Ce qu’il ne me dit pas et que je lis dans son esprit, c’est qu’il a paniqué plusieurs fois, plusieurs fois appuyé sur le bracelet avant les quinze minutes réglementaires, et plusieurs fois recommencé ! Il est claustrophobe !

–          Ce labyrinthe, c’est le circuit de l’enfer !

Autour de nous, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Beaucoup sont muets. Il n’y a que quelques personnes qui discutent sans entrain. Mais tous s’interrogent mentalement sur les Sages, le choix de leurs entraîneurs, et ce que nous faisons vraiment ici. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Grâce aux entraînements virtuels avec Luc à chaque fin de journée, je commence à maîtriser mon zinc et je suis finalement « lâchée », ce qui signifie que je peux piloter seule mon appareil. Nous allons pouvoir voler en formation avec Luc et quelques autres as de la voltige, dont Stephen fait partie. Luc, rebaptisé « colibri » a fait des émules et les candidats se pressent pour suivre ses scénarios de vols sortis tout droit de son cerveau créatif.  ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

On frappe à la porte de ma chambre :

–          Rog ! Eh, qu’est-ce que vous faites tous là ! Et cette bouteille, c’est quoi ?

–          C’est pour fêter ta performance aéronautique ! Combien as-tu dit que vous étiez à être « lâchés » ?

–          Cinq sur quarante.

Derrière Rog, se sont agglutinés Clar, Freyj, Tom et Jarl. Je ris, heureuse de leur reconnaissance et de leur fierté. Pour moi, c’est un sentiment plutôt nouveau que je savoure avec délice… Je me souviens de la réaction de mon père lorsque j’avais été lâchée sur un supersonique : cela n’avait rien à voir avec de la fierté…

–          Entrez ! Ça va être difficile de vous caser tous les cinq dans ma chambrette !

–          T’inquiète, on a tous la même… On va s’asseoir par terre !

Le niveau sonore augmente brusquement avec leur joyeuse intrusion. Tom fait signe à Rog d’ouvrir la bouteille et continue la conversation :

–          Dis donc, tu es logée au fin fond du vaisseau, et pas beaucoup de voisins avec ça ! C’est qui la porte d’à côté ?

–          Je n’en sais rien. Je n’ai jamais vu personne entrer ou sortir et je n’entends jamais aucun bruit !

–          Au moins, tu es au calme pour dormir. Moi j’ai une chambre tout près des vestiaires des filles. Qu’est-ce que ça caquette dans les salles de bains.

–          Tu ne te plaignais pas d’être à côté de la salle de bain des filles quand je t’ai vu les mater, espèce de dégoûtant !

Tom rougit et tout le monde éclate de rire. Le bruit du bouchon a attiré tous les regards :

–          Qu’est-ce que vous avez apporté ? Où avez-vous bien pu dégotter ça ?

–          C’est du vin, Mademoiselle notre pilote préférée ! A toi l’honneur ! Quant à te dire où je l’ai trouvé, eh bien, c’est un secret ! Sache seulement qu’on m’appelle « Rog la débrouille » ou « Rog les bons tuyaux »…

Et il me sert à boire :

–          Alors je lève mon verre à Rog et ses bons tuyaux !

–          Et nous, on lève notre verre à tes exploits présents et surtout futurs ! On compte sur toi !

–          Merci pour la pression !

C’est à ce moment qu’on frappe à ma porte : Luc accompagné des trois autres pilotes qui ont été lâchés comme moi aujourd’hui !

–          Laissez-moi deviner : on va fêter ensemble notre promotion !

–          Il y a du monde ici ! Ne serions-nous pas les seuls à avoir eu cette idée… Bonsoir à tous. Je vous présente mes amis pilotes : Maruko, Stephen et Youri et moi-même Luc ou « Colibri », mon nom de code de pilote.

–          Je déclare la chambre de Gabrielle QG de notre équipe ! Je bois à notre nouveau QG !

L’enthousiasme de Rog est communicatif. Les présentations terminées, les paroles et les rires fusent. Les derniers venus débordent dans le couloir où ils s’assoient par terre. La bouteille de vin circule rapidement, et s’avère être bien trop petite pour tout ce monde. Freyj est intriguée :

–          Dis, Luc, c’est quoi cette histoire de nom de code ?

–          Oh, traditionnellement on baptise un pilote avec un surnom qui correspond à son caractère.

–          Et celui de Luc lui va comme gant. Si vous voyiez sa finesse de pilotage ! C’est le seul pour l’instant à avoir été rebaptisé !

Freyj est soudain passionnée :

–          Oh, oui, cherchons ensemble vos surnoms ! Et puisque nous avons déjà un colibri, nous devrions chercher des noms d’oiseaux pour votre escadron ! Qu’est-ce qui est spécifique de ta façon de voler, Stephen ?

Je ne lui laisse pas le temps de prendre la parole :

–          Stephen est un très bon pilote en l’air, mais dès qu’il touche le sol, c’est le spécialiste des atterrissages en vrac !

–          Un canard boiteux ! Lance Rog.

Maruko se prend au jeu lui aussi :

–          Il est également très bavard. Je propose : perroquet !

Mais l’intéressé proteste :

–          Ça n’a rien à voir avec ma façon de piloter !

–          Oui, je sais : un albatros !

–          Bravo Freyj ! Oh, Stephen, il faut que je propose ça aux autres ! Ils vont adorer…

–          Ouais Gabrielle. A une condition : on va s’occuper de toi maintenant !

Freyj m’interroge :

–          Alors Gabrielle ! Quelle est ta spécialité ?

–          Provocatrice et irrévérencieuse ! Lance Stephen.

–          Mais ça, ce n’est vraiment pas spécifique à sa façon de voler, rajoute Clar, toute sérieuse.

Et ils rient tous.

Bien que ma chambrette soit devenue officiellement notre QG, la chaleur et le bruit augmentant, nous décidons de nous rabattre vers une des salles de sport que nous transformons en salle de détente.

C’est au premier qui trouvera une table, des chaises pour nous installer confortablement. Luc revient après un petit moment brandissant un jeu de cartes, l’air victorieux :

–          Qui veut faire une partie de « nébuleuse » avec moi ! Je vous préviens, je suis champion !

Notre installation a fait des émules et bientôt la salle se remplit de tables et de jeux apportés par d’autres groupes. Au milieu de cette bande, je découvre les joies simples d’une franche camaraderie et le plaisir de l’anonymat qui permet tant de choses…

Emmanuelle, la brune qui plaît tant à Rog, s’est assise tout près de notre groupe, se mêlant petit à petit à notre conversation. Une sorte de ballet s’est mis en place entre ces deux-là ; des mouvements anodins qui semblent sans but et qui les rapprochent tout doucement, des échanges de regards, l’air de rien. Stephen qui a retrouvé son sourire et sa verve commente maintenant nos exploits chez Edith :

–          Savez-vous que Gabrielle et moi sommes « frères de labyrinthe » ! Un truc de fou cet endroit ! Il faut avoir les nerfs sacrément accrochés pour s’y risquer. Heureusement que Gabrielle et moi, on les a solides !

Clar qui était de mauvaise humeur depuis l’approche d’Emmanuelle, prend prétexte de mes exploits pour s’indigner :

–          Tu y es encore allé Gabrielle ! C’est pas possible ! Ne me dis pas que tu as encore refusé de saluer Ruddy ?

Et Rog, amusé, me donne une tape dans le dos :

–          Oh, la vilaine fille !

–          ça va Rog ! Je vous ai déjà dit que c’est un vicieux, et qu’il est hors de question que je montre du respect à un malade de son espèce ! Il suffit que je ne le rencontre pas… Mais pour l’instant je n’ai pas eu beaucoup de chance…

Alors, Stephen se lance dans la description de son parcours, ajoutant des détails à son avantage, omettant sa claustrophobie ; son auditoire suspendu à ses lèvres. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Lorsqu’Emmanuelle sort, je la rejoins dans le couloir :

–          Dis-moi, je crois que ton père a siégé au Conseil, m’a dit Rog…

–          Il y a même rencontré le représentant de ta planète. Un certain Gilles Trévor, un parvenu dont le roi s’était entiché.

–          Notre souverain évitait toujours les grandes assemblées.

–          On dit que le roi avait ce Trévor en grande estime et qu’il le considérait comme son fils.

–          Oui, il parait…

–          Il avait une fille également. Comment s’appelait-elle déjà ? Il parait que le roi Charles la considérait comme incapable de régner et l’avait écartée de toute instruction politique. On dit qu’elle se rebellait et lui en faisait baver ! Des bruits ont même couru un temps sur le fait qu’il voulait la tenir recluse. Est-ce que c’est vrai ?

–          Euh… En fait je voulais savoir…Je me demandais… Que sais-tu des Immortels ?

–          Tiens, tu n’es pas la seule à te poser des questions à son sujet. Il faut dire que ce sont des êtres que l’on redoute et à juste titre !

–          Sont-ils Humains ou animaux ?

–          Ha ! Tu ne dois pas connaître leur histoire ! Ils n’ont rien d’animal, du moins pas plus que nous ! Ils sont issus d’une manipulation génétique. Leur histoire a commencé il y a plusieurs centaines d’années. Un savant brillant et fou, un de ces « Centers » arrogants qui croient pouvoir être les égaux de la Déesse elle-même a voulu créer une nouvelle race humaine plus résistante et plus intelligente ! Depuis, les savants de Center n’ont plus le droit de faire aucune manipulation génétique mais le mal était fait…

–          Que veux-tu dire ?

–          Il s’appelait Mhadès ; il était généticien. Il a conçu deux bébés éprouvette aux capacités physiques extraordinaires. Son expérience s’est avérée parfaitement réussie sur ce point, et il a élevé ces enfants comme les siens, les exposant dans des séminaires spécialisés en montrant leur force physique et leur grande résistance. Mais en grandissant, ils ont développé une étrange maladie : ils étaient sujets à des crises d’une extrême violence et devenaient totalement incontrôlables. Lorsqu’ils atteignirent l’adolescence, âge des excès, Mhadès a dû se rendre à l’évidence que ses « créatures », comme il les appelait dans ses mémoires, représentaient un grave danger pour les autres êtres humains et que son expérience « d’Homme supérieur » avait échoué. Un incident est venu bouleverser tous ses plans. Lors d’un de ses colloques scientifiques, ses « enfants » devaient montrer leur force en s’attaquant à un lion. La bête s’est vite retrouvée à terre, bloquée par les jumeaux juchés sur son dos. Mais l’un d’eux s’est lancé dans une de ses crises de violences, frappant l’animal, lui arrachant les membres, puis lui tordant le cou. Lorsque le lion ne l’a plus intéressé, il a commencé à s’en prendre aux scientifiques qui se trouvaient dans la salle. Ce fut la débandade ; il y a eu trois morts et dix blessés. Le frère et la sœur ont été pris en chasse pendant plusieurs jours ; mais ils ont réussi à s’enfuir. Mhadès a terminé sa vie en prison pour avoir engendré des meurtriers. Ce n’est que trois générations plus tard qu’on a retrouvé leur trace : les deux adolescents s’étaient réfugiés sur la planète Arodnap, où ils s’étaient multipliés.

–          Arodnap, la planète aurifère ? Pourquoi sont-ils sur Valdenfer maintenant ?

–          Quand ils s’y sont installés, la planète était inhabitée. Ce sont eux qui ont découvert l’or. Et lorsque le bruit est venu jusqu’aux oreilles des Humains, il y a eu la ruée vers Arodnap. Mais les nouveaux venus ont été accueillis avec toute la violence à laquelle on peut s’attendre d’un Immortel. Alors une guerre a éclaté ; on l’a appelée la guerre des Monstres. C’est à ce moment-là que la propagande contre eux a commencé : c’était des êtres aux excès de violence intenses, ponctuels et incontrôlés ; ils souffraient en réalité d’une bien terrible maladie. On en a fait des monstres hideux, volontairement sanguinaires, avides de pouvoirs et de richesses et complotant contre l’Humanité. C’est à ce moment-là aussi qu’on leur a donné ce nom d’Immortels. De l’or était en jeu…

–          Et malgré leur puissance ils ont perdu la guerre ?

–          Ils avaient la force, mais ils étaient encore peu nombreux. Après avoir fait beaucoup de carnages, ils ont fini par se rendre. L’humiliation a été à la mesure de leur violence : ils ont été privés de presque tous leurs droits sociaux, politiques et militaires. Plus de liberté de mouvement. Ils étaient isolés loin des Humains sur Valdenfer sans possibilité de sortie, hormis avec un sauf-conduit signé de la main du Président de l’Alliance en personne ! Et encore, devaient-ils porter leur cape avec le « I » rouge sur le dos pour signaler leur présence aux Humains ! Ils n’avaient pas le droit de s’enrichir ni de commercer avec l’extérieur et leurs revenus étaient sous le contrôle du Conseil. Enfin, bien entendu, ils ne devaient toucher un Humain sous aucun prétexte !

–          Et aujourd’hui ? L’immortel qui est ici a-t-il dû obtenir un sauf-conduit de notre Président ?

–          Oui, ces lois ont perduré jusqu’à ce jour. Les Immortels souffrent toujours de cette maladie qui les rend involontairement violents et dangereusement incontrôlables. Cela ne fait pas obligatoirement d’eux des assassins. Pourtant, ils sont considérés comme des parias, comme n’importe quel assassin chez nous : exclus à vie de nos planètes, ainsi que tous leurs descendants directs. Alors pour se venger des humiliations subies, ils ont décrété que Valdenfer était interdite aux Humains ; ils se sont mis à dévorer tout Homme qui mettait le pied sur leur planète, comme un rite. Et leur haine des Humains a été cultivée de génération en génération au point qu’elle est devenue presque un instinct primaire.

–          Et cette cape intégrale qui camoufle l’Immortel du Deus ex Machina ? Est-ce la loi qui lui dicte de la porter ?

–          Non. Je ne sais pas pourquoi celui-ci se cache. Sans doute une infirmité…

–          Comment sais-tu toutes ces choses ?

–          Mon père m’a beaucoup appris…

–          Il siégeait au Conseil, tu disais. Quel rôle avait-il ?

–          Méfie-toi de cet Immortel, Gabrielle. Je ne sais pas ce que les Sages ont en tête pour nous l’imposer, mais il est clair qu’il représente un grand danger. Je n’arrive pas à croire que les Sages pourraient le laisser se mêler à nous. Il faut que j’aille me coucher maintenant, il est tard et je t’en ai assez dit…

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Quand je me retrouve seule dans ma chambre, je plonge sur mon lit et m’endors immédiatement. Dans mes rêves, je traverse le couloir des chambrées des Vaucans. Ils sont tous alignés contre le mur, formant une haie d’honneur sinistre. A mon passage, ils se regroupent derrière moi, me poussant vers la porte blindée. Je suis maintenant collée le dos à cette porte. Les Vaucans avancent toujours ; je vais bientôt être écrasée. Soudain la porte dans mon dos s’ouvre et je tombe contre une cape noire immense. Des doigts griffus se jettent sur moi… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Loin de là… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Alléluia ! La Déesse mère est avec moi et me bénit ! J’ai réussi ! Tant d’effort…Mais le résultat est si beau ! Ta vision est mienne mon fils, mon guide inconscient ! Maintenant, je vais être derrière chacun de tes gestes ! Tu vas rester très proche de moi…comme avant… do ebook gratuit

 

Ce jour restera gravé dans les mémoires comme les premiers pas vers mon règne ! Je veux coucher ces événements sur le papier afin qu’ils rentrent dans l’histoire. Les petits écoliers les apprendront en classe. Tous connaîtront alors mes pouvoirs et s’inclineront devant moi. Comme c’est merveilleux, mon fils ! Tu te déplaces dans ce vaisseau, et c’est comme si tu étais moi ! Tu as écouté tes « Vénérables Sages » faire leur discours. J’ai entendu ! Tu as pris la parole ; j’ai vu la masse étalée devant toi, écoutant tes harangues. Tu es toujours aussi doué pour invectiver les foules !

Comme ils sont mignons tous ces éphèbes avec leurs muscles de salle de danse et leurs jeunes sourires innocents ! A croquer ! Ce sera un plaisir… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Je suis fou de joie, mais tu oses gâcher mon bonheur ! Quel choc ça a été pour moi de découvrir ce que tu es devenu, et tous les autres avec toi ! Tout ce que je t’ai donné, tout ce que je t’ai appris…envolé ! Tu t’es perverti, avili et tu as trahi ton Père. Oh ingrat, comme tu me fais souffrir ! Vous me faites tous souffrir…

Tu connais les règles, n’est-ce pas…Tu sais ce que tu mérites pour tes péchés…Je saurai m’occuper de toi en temps voulu. De vous tous…mes chers petits.

Non, non, ce n’est pas ta faute… Ils t’ont attrapé dans leurs filets empoisonnés, les cinq maléfiques ! Ce sont les rois de la manipulation. Je suis bien placé pour le dire. Et toi, Ruddy, tu es tombé dans leur piège. Mais tu vas bien me servir, n’est-ce pas. Ils n’en sauront rien…Et toi non plus ! Ce sera ma première vengeance… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

La Déesse mère m’a inspiré ; c’est le plus beau des présages ! Comme j’ai bien fait de penser si fort à toi ! Toutes ces choses auxquelles j’accède…

Tu m’as montré les cinq Sages ; ces vieux miteux arrogants se donnent en spectacle et se croient les maîtres avec leur prêchi-prêcha. Ils veulent les avoir tous sous leur joug. Ils tremblent devant l’ennemi qui risque de les « anéantir » (Ah quel bonheur) et ils pensent encore à respecter les traités intergalactiques. Je les entends ces vieux gâteux : « nous ne pouvons pas attaquer tant que l’ennemi n’est pas dans la zone de l’Alliance » !

Pauvre Alliance qui a des généraux si faibles et mous. Comme c’est triste et dévalorisant pour moi. ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Ah, mon fils, à quoi j’ai accès grâce à toi ! Tous ces petits jeunes seraient donc des guerriers venus dans le Deus ex Machina pour former des commandos d’infiltration de l’ennemi ! Je rêve ! C’est le monde à l’envers ! Je les ai tous vus se présenter un par un. J’ai tous leurs noms. Ce serait à mourir de rire si ce n’était pas vous, mes enfants, qui allez les entraîner ! Mettre vos talents à leur service : quel avilissement ! Ah, mon fils, tu es pourtant conscient de ce qu’ils valent. Tu le leur as bien dit avec tes tirades de théâtre : « Vous êtes des vieilles femmes flasques ! Vous ne seriez même pas capable de faire du mal à leurs chiens ! » Ce n’est pas un simple regroupement par binômes qui changera les choses…Oui, tu as raison mon fils, ils sont venus se suicider. D’ailleurs les Sages se soucient peu de les envoyer à la mort.  ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

Tu m’as aussi montré l’Immortel. C’est bien. C’est dangereux pour tout le monde. Très. Enfin un morceau de choix pimenté, à me réserver. Quel plaisir intense ils vont me faire. Il faut que je me prépare !

Mon fils, mon messager ambigu, je prie pour que tu me donnes souvent des nouvelles de l’Immortel. Je veux connaître sa force…et ses faiblesses.

Car je suis le seul à avoir le génie nécessaire pour m’attaquer à ce Mal !

Je vaincrai ! Et ma gloire n’en sera que plus grande.

La Déesse mère est toujours avec moi. J’en ai la preuve maintenant. Disséquer des araignées vivantes n’est pas un péché à ses yeux. Ils m’ont menti et se sont débarrassés de moi avec une pirouette.  ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

8ème jour après les calendes du mois de mars Trisquelien – 1310ème année de la Déesse

Sacré fiston, tu es toujours le même : voilà une petite jeune qui se présente, maigrelette et sans défense, et déjà tu es attiré. Ah, je le sais, va, je te connais bien pour ça aussi. Et elle t’a provoqué en plus ! Tu vas aimer ça ! Comment s’appelle-t-elle déjà ? Ah oui, Gabrielle. Jeune fille, crains pour toi, car mon fils n’a jamais été tendre avec celles qui lui plaisent. Et je crois que tu lui plais déjà beaucoup…

Il n’a rien fait pour que tu retournes chez toi, non, il a hâte de se charger « personnellement » de toi !

Je veux voir ça… ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit ado ebook gratuit

 

CHAPITRE 12     Les « doubles »       livre ado ebook gratuit

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Jour J-13 avant l’affrontement do ebook gratuit

 

Tôt le matin, on nous a tous convoqués dans l’auditorium. Comme la première fois, les Sages sont installés sur leur estrade. A leur signal, le silence se fait soudain :

–          Réjouissez-vous car le jour du regroupement est arrivé. Vous allez connaître votre double ; vous ne serez plus seul, vous n’aurez plus de doute.

Malgré ces paroles, chacun semble rester sur la défensive. Les Sages reprennent :

–           Nous vous avons tous observés avec attention. Nous avons décidé de ces binômes en fonction de vos aptitudes complémentaires et en fonction de la mission que nous allons confier à chaque équipe.

Rog s’est penché vers moi pour me glisser à l’oreille :

–          Quand sont-ils venus observer mes aptitudes ? Je ne les ai pas vus depuis l’intronisation ! Tu les as vus, toi ?

–          Chut…

Les Sages continuent :

–          Vous en saurez peu aujourd’hui sur les raisons qui nous ont poussés à ces choix. Il faut seulement que vous suiviez nos ordres avec la plus grande rigueur. Tout ce que vous apprendrez ensemble, tout ce que nous avons décidé pour vous va vous servir lors de votre intervention finale. Le secret sera gardé jusqu’au bout. Il en va de la sécurité de cette mission. Remettez-vous en à nous, et rappelez-vous votre serment !

Le ton des Sages est tranchant et sans appel ; leur regard scrute la salle et la tension dans l’air est palpable. Que se passerait-il s’ils sentaient ou lisaient dans l’esprit de certains l’envie de se rebeller ? Mais, à mon grand étonnement, il n’y a aucune pensée de rébellion dans l’air, seulement beaucoup d’inquiétude sur l’ennemi et de doutes sur les forces à fournir. Rog chuchote entre ses dents :

–          Suivre les ordres…suivre les ordres ! Alors qu’on ne sait même pas ce qu’on doit faire ! Comment veulent-ils qu’on s’entraîne si on ne sait pas pourquoi !

–          Rog, arrête. Tu m’agaces…

Les Sages expliquent maintenant le rituel qu’ils ont prévu pour appeler chaque binôme. Cette fois, l’attention de tous est si concentrée que tous les esprits s’en trouvent calmés !

Quand les Sages annoncent qu’Emmanuelle de la planète Beliste a pour coéquipière une de ses compatriotes, Rog marmonne son mécontentement. Finalement il est avec sa sœur, et Tom et Jarl sont ensemble, ce qui me semble un choix facile. Puis les Sages tendent le bras vers Luc et mon attention grandit encore :

–          Luc de la planète « Aron » et Freyj de la planète « Cristal ». Nous, vos Vénérables Sages avons reconnu en vous un binôme parfait. Vos dons se complètent à merveille et vos esprits sont à l’unisson.

Je suis un peu déçue et je ne vois vraiment pas avec qui d’autre je pourrais être associée. Petit à petit, les noms tombent ; chacun découvre son coéquipier. A quelques exceptions près, la surprise d’être ensemble domine. L’entente annoncée n’est pas au rendez-vous. Les noms s’égrènent et l’inquiétude monte sans que je sache vraiment pourquoi. Il reste très peu de personnes qui n’ont pas été appelées, quand ils prononcent mon nom :

–          Gabrielle de la planète « Aurore » et Faustus de la planète « Valdenfer ». Nous, vos Vénérables Sages avons reconnu en vous un binôme parfait. Vos dons se complètent à merveille et vos esprits sont à l’unisson.

Une chape de plomb s’abat sur la salle. Le pire des tabous vient d’être prononcé. Je m’attends à une révolte immédiate. Je l’espère même. Rien ! Je suis pétrifiée. Comment les Sages peuvent-ils faire une telle erreur ?

Avant que j’aie pu me remettre de mes émotions, l’Immortel glisse vers la lumière devant les Sages comme pour prendre la parole. Mais un des Sages bondit de son siège, main levée, et cette unique intervention parmi les quintuplés n’en est que plus impressionnante :

–          Vous êtes venus à nous pour servir contre le mal. Nous savons ce qui convient. Qu’aucun de vous ne se permette de discuter nos ordres !

Alors le Sage debout sur son estrade foudroie du regard l’Immortel. Ils sont figés tous les deux et semblent se défier. Pourtant, il ne se passe rien, hormis des picotements que je ressens dans mes oreilles comme si l’air s’électrisait autour d’eux…puis c’est fini. L’Immortel a reculé dans la pénombre, tête baissée. Le Sage s’est rassis, satisfait. Le silence autour est total. Personne n’ose prendre la parole mais les esprits s’échauffent, indignés et haineux.

Puis les cinq Sages nous invectivent avec ardeur, dans une même voix :

–          Vous avez tous juré de servir l’Alliance et de nous obéir. Si d’aventure certains d’entre vous contestaient nos ordres, qu’ils quittent immédiatement le Deus ex Machina, ou qu’ils se taisent à jamais…

Silence de plomb. Les Sages reprennent :

–          Nos plans sont fixés. Chaque binôme va apprendre et progresser à l’unisson. Réjouissez-vous car ensemble, vous serez puissants. Ensemble vous avez un rôle important à tenir au sein de ces commandos. Ensemble vous accomplirez de grands exploits. Ensemble vous aurez la force nécessaire pour vaincre ! do ebook gratuit

Le rituel terminé, tout le monde se disperse. Faustus sort le dernier de cette salle. A la fois terrifiée et curieuse de voir sa réaction, c’est à peine si j’ose me retourner. Son imposante silhouette noire fonce droit sur moi et vient se camper devant moi. La voix caverneuse sort du capuchon et me fait sursauter :

–          Moi Faustus, j’en sais plus que tous vos maîtres. Je ne crains aucun de vos guerriers. Je peux prendre possession de vos esprits et dévorer vos corps. Pourtant, j’ai renoncé à vous dominer. J’ai renoncé à tout bien, à toute richesse, j’ai fui la compagnie des miens pour me libérer de mes instincts destructeurs. Et je viens vers vous, faibles Humains, malgré vos sarcasmes, pour défendre vos misérables âmes. Crains-moi et fuis-moi !

Et son ombre disparaît, comme une flèche.

Pétrifiée, je reste un moment au milieu du couloir. Puis la révolte m’envahit. Je ne veux plus voir personne et fonce vers ma chambre en ruminant.

« Vous ne serez plus seul ; vous n’aurez plus de doute » Quel leurre ! Non, je n’ai plus de doute ; c’est ma mort que veulent les Sages ! do ebook gratuit

 

On frappe. De mon lit, j’invite à entrer. La silhouette sombre apparaît soudain dans l’encadrement de la porte. Je me suis levée d’un bond. Nous restons à bonne distance. Puis lentement, il s’avance. Je recule, jusqu’à ma petite table au fond de ma chambre. Il fait signe de la tête vers la chaise. Nous nous asseyons, face à face, sur nos gardes. Il a la tête baissée et je ne peux même pas distinguer ses yeux sous sa capuche. Il incline la tête avec dédain. Son ton est dur et froid :

  • Les Sages m’ordonnent d’obéir. Je suis devant toi à leur demande. Tu peux me poser les questions que tu veux.

D’ordinaire j’aurais plutôt tendance à provoquer quelqu’un qui s’adresserait à moi de façon aussi pédante. A la place, je lui sors la première chose qu’il me vient à l’esprit :

–          Ton cerveau raisonne vite ?

J’ai pensé « trop vite pour que je puisse le lire ». Il a bondi.

–          Pourquoi ?

–          Je ne sais pas… Je suppose qu’il va vite parce que tu es physiquement rapide…

–          Pourquoi une telle question ?

La silhouette encapuchonnée s’est redressée ; je sens qu’il me fixe. J’essaye de toutes mes forces de déchiffrer ses pensées, mais rien ! Ou plutôt une sorte de froid, comme si je touchais de la glace. Le malaise que je ressens m’a rendue complètement muette. Le capuchon s’est penché de nouveau :

–          Ecoute-moi bien ! Je ne comprends pas pourquoi les Sages ont décidé de nous faire travailler ensemble. Tu dois savoir que je suis extrêmement dangereux !

–          Je le sais.

–          Et tu dois certainement avoir peur de moi !

–          Non.

Il a sursauté.

–          Je vois. Tu es une sorte de tête brûlée qui se veut plus forte que les autres, c’est ça ? Il faut absolument que tu me craignes.

–          Pourquoi ?

–          Parce que je suis un monstre violent et inhumain. Parce que je ne sais pas jusqu’à quand je me maîtriserai… Parce que je suis un solitaire qui fuit les Humains pour éviter de les tuer. Est-ce que cela te suffit ?

Il s’est relevé lentement, tourne le dos et s’apprête à partir. Sa masse noire s’étend dans le petit espace de ma chambrette. Je tends tout mon corps pour ne pas trembler et fais mine de rester impassible, l’esprit clos.

–          Si tu n’es pas un être humain, alors je suis championne de sumo…

A ces mots il s’est retourné et je sens, à la tension dans l’air, que, sous sa capuche, il me fixe intensément :

–          As-tu l’esprit lent ?

–          Pourquoi ?

–          Les Humains sont lents à la course d’habitude… Tu pensais que c’était lié tout à l’heure pour moi…

Il hésite ; la capuche se penche sur le côté, puis :

–          Sais-tu te battre ?

–          Ce n’est pas ma spécialité.

–          Ah, ça se voit ! Qu’as-tu fait aux Sages pour qu’ils te punissent à ce point ?

La voix d’outre-tombe est cynique et hautaine :

–          Je suis un Immortel, bien plus fort et endurant que n’importe quel humain ici. La mission que j’accomplirai sera à la hauteur de mes capacités. Il me faut un pilote qui pourra tenir le choc, pas une midinette ! Je veux un guerrier, endurant et rapide. Regarde-toi ! Tu ne fais vraiment pas l’affaire !

–          Si tu montais avec moi dans mon chasseur, tu pourrais bien me trouver sacrément inhumaine et violente. Un « pied accroché au sol » comme toi, au premier looping tu vomirais ton quatre-heures ! C’est toi qui ne feras jamais l’affaire !

C’est alors qu’une violence extrême s’abat sur moi : des objets volent et sifflent dans l’air à toute vitesse, me prenant pour cible. Il attrape tout ce qu’il trouve à sa portée, chaussure, sac, chaise et je ne sais trop comment je réussis à les éviter, tant ses gestes sont vifs et ses intentions meurtrières. Au bout d’un moment, il se trouve à court de munitions et se fige. Je suis recroquevillée contre un angle du mur, au milieu de ce désordre, tremblante et haletante. Puis, la voix vibrante, il murmure :

–          Pas blessée.

Question, constat, regret ; je ne sais pas. Il va partir. Je me relève crânement et lui lance en colère :

–          Non, tu m’as raté.

Son bras levé vers la poignée de ma porte s’est figé, en l’air. J’ai arrêté de respirer, mon regard accroché à ce bras levé. Le capuchon se retourne très lentement. Je frissonne. Sa voix d’outre-tombe est presque inaudible, caverneuse, vibrante de rage de nouveau :

–          Peut-être que de cette façon, je ne te raterais pas…

Et il se campe devant moi, jambes et bras écartés dans une posture d’engagement de combat. Alors une main sort de la cape et me fait signe d’avancer. Mes yeux restent accrochés à cette main large, puissante, de celles qui ont l’habitude de couper du bois ou frapper des poings sans effort. Face à lui, mon passé d’entraînement militaire pèse bien peu. Je gagnais mes bagarres parce que je savais lire dans les pensées de l’adversaire, j’anticipais les coups et j’étais la plus rapide. Mais l’Immortel est bien plus fort que tout ce contre quoi j’ai pu me battre, il est rapide et son esprit est totalement imperméable. Cette fois, je suis piégée. do ebook gratuit

Puis tout va trop vite : je me sens soulevée et projetée au sol. Et avant que j’aie pu réaliser ce qui se passait, je me retrouve à terre. Le trou noir de son capuchon est penché au-dessus de moi, menaçant, son poing crispé au-dessus de ma figure, et sa voix explose :

–          Tu voulais une leçon ! La voici : ne provoque pas plus fort que toi, folle que tu es. Tu as le don de me faire sortir de mes gonds et cela pourrait te coûter cher…

Instinctivement j’ai fermé les yeux, attendant le coup. Puis je les ouvre : il a disparu.

 

L’entraînement a déjà commencé lorsque j’arrive. Clar et Freyj sont là, ainsi que Rog qui a rejoint notre groupe pour être avec son équipière. Ruddy, un large sourire aux lèvres en profite pour m’invectiver :

–          En retard P’tits bras ! Tu veux me donner des prétextes pour t’envoyer encore au labyrinthe ? A moins que tu préfères les pompes ? Entraînement de boxe en binôme aujourd’hui. Je vais bien m’occuper de toi, tu vas voir.

Et dans son esprit s’animent des intentions malsaines. Il fait un pas vers moi. Rog s’interpose et s’approche de moi, presque jusqu’au contact, comme il a l’habitude de le faire avec ses amis.

–          Je me porte volontaire pour faire équipe avec elle.

–          Regardez tous. Voici un exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire : choisir un partenaire d’entraînement très mauvais au risque de régresser. Hé, P’tits bras, te rends-tu compte qu’il te reste un ami, et tu vas être responsable de sa perte !

Ruddy s’est détourné et a repris ses démonstrations. Rog s’est penché pour me murmurer :

–          Tu as l’air toute pâle, Gabrielle. Un problème ?

–          Non, non, je suis en pleine forme. Juste besoin d’un bon entraînement…

Ce qui suit est sans parole. Je le regarde du coin de l’œil, essayant tant bien que mal d’imiter ses mouvements, mon attention à son maximum. Il est souple, puissant, et je ne le bats que dans l’esquive. Rog et Clar me montrent leurs « bottes secrètes » et je crois bien qu’ils seraient capables d’abattre un ours de cette façon.

Puis le parcours du combattant nous sépare à nouveau. Ce n’est qu’à la pause déjeuner que nous avons l’occasion de vraiment discuter des événements de la matinée. Rog est de mauvaise humeur :

–          Décidément, je ne comprends rien aux choix des Vénérables ; Ils ont mis Freyj avec ce petit blondinet, celui qui est venu faire la fête avec nous hier soir…

–          Luc ! Il est habité par les anges !

–          Dis donc Gabrielle, tu as l’air sacrément enthousiaste !

–          Quand tu le connaîtras mieux, tu penseras la même chose que moi : il pilote comme s’il était né dans les cieux et aucun mal ne semble pouvoir l’atteindre.

Freyj intervient :

–          Il est sympa mais ce n’est pas la question ; je ne me sens aucun point commun avec lui. Difficile d’être plus différents…

Soudain, l’Immortel apparaît et le silence tombe net. Il avance sa silhouette noire, totalement camouflée par cette espèce de cape à capuchon. Il semble glisser sur le sol tel un félin plutôt que marcher, ce qui lui donne une majesté impressionnante. Mes camarades se taisent tout à coup et me regardent. Ils n’osent pas me poser de question. Emmanuelle s’est installée à la table juste derrière Rog. Un bref instant leurs regards se sont croisés, comme un signal. Puis Rog se penche vers moi en chuchotant, le ton inquiet :

–          Il t’a parlé ?

–          Oui, on s’est raconté quelques blagues et on a beaucoup ri…

–          C’est vrai… ?

–          Idiot ! Bien sûr que non. Il est glacial et prétentieux. Il ne veut de personne. Il m’a conseillé de le craindre et de le fuir.

–          Une vraie histoire d’amour. J’espère que tu ne lui cherches pas des poux. Gare à toi si tu le provoquais, il pourrait t’attaquer !

S’il savait. Clar enchaîne, m’évitant une réponse gênante :

–          Moi je serais morte de peur à ta place !

L’Immortel s’est avancé jusqu’à la même place isolée que le premier jour. Le silence se fait pesant. Les regards sont braqués sur lui. Puis, de nouveau, les tables autour de lui se vident. La bande d’Anton s’est regroupée, formant une sorte de bulle de pensées violentes à son encontre. Ils viennent de se lever pour l’invectiver, et avant qu’ils aient pris la parole, je me lève brusquement pour leur faire face :

–          Il est de notre côté. S’il avait voulu vous faire du mal, il l’aurait déjà fait. Laissez-le…

La surprise est sur tous les visages. Alors, debout au milieu de leurs regards désapprobateurs, je réalise combien mon geste est lourd de tabous. Leurs yeux se sont écarquillés, plein de dégoût, leur tête est pleine d’accusations. Anton sort de leur groupe et vient se camper devant moi. Ses yeux d’eau dure me fixent longuement. Sa main gauche a glissé vers le couteau qu’il a à sa ceinture, lentement :

–          C’est un paria Gabrielle. Tu connais la loi…Veux-tu être un paria comme lui ?

Des relents d’embruns me parviennent et des flashs de sa vie sur Trisquelle : son bateau maison ; sa vie en solitaire sur la mer infinie à pêcher et troquer avec les rares navigateurs qu’il croise. Il n’aime pas le monde, les étrangers ; il étouffe ici dans la promiscuité de ce vaisseau clos, sec et sans vent. Il est sur les nerfs.

C’est Rog qui brise le silence et vient s’interposer entre nous deux :

–          Garde ton couteau pour les Mercenaires. Nous sommes frères d’armes, Anton.

–          Non pas avec celle-là ! Elle défend le monstre.

–          Tu as raison, moi aussi il me fout les jetons. Et je vais te dire un truc : je vais tout faire pour l’éviter. Tu vois, il est tout au fond dans un recoin de cette salle. Et moi, je vais fissa m’installer à l’autre bout.

Il se tourne vers ses camarades de Cristal et moi :

–          Vous venez vous autres ? Anton, si tu veux rester seul près de lui, je te souhaite bon courage.

Puis il me prend par l’épaule pour nous éloigner. Il se penche à mon oreille, tout en marchant :

–          Si je compte bien, avec Ruddy et le Sage, Anton est le troisième que tu te mets à dos en peu de jours.

–          Quatre avec l’Immortel, et lui ne s’est pas gêné pour m’envoyer à terre…

–          Tss, Tss… Je vois pourquoi tu as besoin d’un bon entraînement !

Il a fait non de la tête en signe de désapprobation, mais la malice brille dans son regard.

Un instant je me suis retournée vers l’immortel. Il baisse puis relève la tête lentement dans ma direction, comme pour me remercier.

Le silence est heureusement interrompu par Freyj qui appelle un nouvel arrivé dans la pièce :

–          Tiens, Luc, tu veux te joindre à nous ?

–          Oui, volontiers. Il y a des têtes que je connais par ici. Salut tout le monde. Hé, Gabrielle. J’ai appris pour toi et l’Immortel…A-t-il été correct avec toi ?

–          Disons que je suis toujours vivante…

Luc se tourne vers Freyj et je réalise pour la première fois que les âmes ont un rythme, et que la leur bat à l’unisson. Ils ne se connaissent pas et tout dans leur apparence semble les éloigner : elle, géante toute en muscles, championne de triathlon, et lui svelte et pas très grand. Pourtant, il y a cette pulsation si discrète mais bien présente ; et cette insouciance, cette façon d’être un peu déconnectée de la réalité, le regard qui rêve… D’instinct, Clar l’a ressenti elle aussi, et elle s’est rendu compte du trouble que cela me procure :

–          Que vas-tu faire Gabrielle avec…Comment dire…ce monstre…

–          Que veux-tu que je fasse : rien. Absolument rien !

–          Bon, ok, maintenant chacun connaît son « double ». Mais ça ne nous dit pas ce qu’on va faire ensemble, ni contre qui on va se battre. Une bataille de ce type nécessite de nombreux renseignements sur l’ennemi pour pouvoir aboutir. Il faut des stratèges, des espions, des experts en vaisseau spatial…J’espère qu’eux au moins savent.

–          Détrompe-toi, Rog. Les chasseurs Mercenaire sont totalement inconnus : forme, propulseurs, finesse, puissance…rien. Nada. Nothing ! Les pilotes vont partir au combat sans aucune information, dans l’improvisation totale.

–          Sans blague ! Ils sont fous ces…

Projetée dans mes souvenirs de mécanicienne, je revois mes machines. Je les connaissais jusqu’au moindre boulon. Je savais les capacités et les limites de chacune d’entre elles sur le bout des doigts…Mais tout à coup une présence m’arrache à mes rêveries. Je sens un regard peser sur moi depuis l’autre bout de la salle ou plutôt une ombre : l’Immortel. do ebook gratuit

 

Il a disparu après le repas et je continue ma journée sans changer une seule virgule à mon emploi du temps, essuyant les rabaissements de Ruddy et ses punitions. En soirée, nous sommes convoqués dans l’auditorium pour un nouveau rituel orchestré par les Sages : la confirmation des binômes.

Près de moi, Tom a posé son coude sur l’épaule de son ami Jarl. Clar et Rog ont une attitude en parfaite osmose. Freyj, maternelle et protectrice, a sa main sur le bras de Luc. Tous sont par deux à très faible distance l’un de l’autre, en harmonie.

Le silence règne dans l’auditorium. Même les pensées sont calmes et sereines. Les doutes des précédents jours sont à cet instant complètement occultés par l’entente cordiale et la plénitude qui s’installe en chaque doublon.

L’Immortel est à cinq mètres de moi au moins, dans le coin le plus sombre de la pièce, les bras croisés comme une barrière de plus entre nous. Sa capuche baissée ne regarde personne et rien ne transparaît de son esprit indéchiffrable. Seule sa silhouette impressionnante semble vouloir ajouter encore des distances. Je reste seule, les bras ballants, le poids de mes doutes sur l’estomac.

Les Sages expliquent. Le rituel de consentement mutuel consiste en deux phrases prononcées ensemble, main sur l’épaule de son coéquipier. Dans la salle, une sorte de ballet se met en place. Chacun se tourne vers son équipier, dans un élan fraternel.

Il est resté dans l’ombre ; je n’ai pas bougé, le regard vers le sol.

Alors, une invocation résonne en écho dans toute la salle :

–          Je reconnais en toi mon frère d’armes : je t’offre mon bras et ma protection et suis honoré de recevoir les tiens. Je suis ton double et tu es le mien.

Il a gardé le silence ; moi aussi.

Les Sages ont balayé la salle du regard, hochant la tête en guise d’approbation. Puis leurs yeux se posent sur moi, leur tête se fige dans une expression de blâme. Et ils me regardent sortir de la salle avec froideur. do ebook gratuit

 

J’erre ensuite dans les couloirs, les mains enfoncées dans mes poches, les yeux sur mes chaussures, évitant tous ceux qui marchent par deux.

Devant les écrans affichant la progression de l’ennemi, les élus s’arrêtent maintenant par binômes. Le Drakkar Noir et son équipage ne sont pas encore visibles dans l’espace étoilé. Leur trajectoire est matérialisée par des points rouges surplombés de flèches : une épaisse pour le vaisseau principal, des dizaines pour le reste de l’armada ; des flèches qui pointent vers nous depuis le haut du mur, comme des épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. Et tout autour, des nuages de points symbolisent leurs chasseurs et leurs transporteurs bourrés de Mercenaires. Une voix dans mon dos se fait l’écho de mes interrogations :

–          Moi, je crois que chaque binôme se verra affectée à un vaisseau à infiltrer et saboter. Lequel choisirais-tu, Jarl ?

Je me retourne ; Tom est près de moi, Jarl à ses côtés.

–          Je ne suis pas pilote de chasse, je leur laisse les chasseurs ennemis et les transporteurs. Il y a là de nombreux vaisseaux de bases. Regarde, Jarl. Ça doit être les grosses flèches qui entourent le Drakkar Noir. Ils sont sûrement chargés jusqu’à la gueule d’armes, de munitions et de vivre. Ça te dirait si on s’en faisait un ?

–          Pas le genre de morceau facile. Cette horde de sauvages ne nous laissera pas les torpiller sans lever le petit doigt. Il va y avoir du sang…Hum, ça me plaît.

–          Et si c’était le Drakkar Noir qu’on attaquait ?

–          Toi, tu as envie de rencontrer Arius…Vieux fou, va ! Non, ils n’enverront personne sur le Drakkar Noir. Ce serait « mission impossible ».

Et il lui donne un grand coup de coude dans le ventre, ce qui les fait rire tous les deux comme deux chiots.

–          Et toi Gabrielle, fais ton choix !

–          Seule, je n’arriverai à rien…

Alors ils haussent les épaules et s’en vont.

L’affichage n’a guère changé depuis le premier jour de l’embarquement, la progression de l’ennemi n’étant pas flagrante à cette distance. Et toujours pas la moindre image ou information concernant les appareils ennemis. Ce qui a changé, c’est le regard des autres sur cet écran, un regard à deux, avec plus d’assurance et une envie plus structurée de détruire l’ennemi. Oui, je me rends compte à quel point l’idée des Sages était bonne de nous regrouper tous par deux…tous sauf moi. do ebook gratuit

 

J’ai envie de fuir les autres, et m’engouffre dans les coursives les moins fréquentées jusqu’à ma chambre. Peu à peu les échos de voix s’estompent, mes pas sont maintenant les seuls à résonner sur le métal du sol. Seul bat, plus présent ici, le cœur de fer du vaisseau, dans un rythme lancinant et sourd. J’ai totalement clos mon esprit, perdue dans mes pensées. Je suis en bas des marches de mon escalier lorsqu’une voix derrière moi me fait sursauter :

–          Tu suis toujours mes entraînements, P’tits bras ! Ton « double » ne t’apprend donc rien ? Ah, le duo que vous faites ensemble ! Je crois que je sais maintenant à quoi peut bien servir un petit agneau dans ton genre : à servir de plat de résistance au monstre bien sûr ! Tu dois être morte de peur ! Tu sais, ça me ferait de la peine qu’il te fasse du mal. Si tu veux, je pourrai te donner des cours particuliers de self-défense ? Allez, viens, je t’emmène essayer…

Ruddy est là, le sourire ironique, la démarche arrogante. Dans son regard brille une étrange lueur, comme si plusieurs paires d’yeux m’observaient. D’un bond il me barre la porte de ma chambre :

–          Non, je peux faire encore mieux que de te donner des cours. Si tu restes avec moi, je peux te proposer ma protection…Tu seras gentille…Et en échange il ne t’arrivera jamais rien de mal…Tu as ma parole !

Tout en parlant, il s’est approché de moi petit à petit. Il commence à me caresser le bras. Apeurée, j’ai reculé dans mon étroit couloir en cul-de-sac, consciente de l’inutilité de ce geste. Je sonde son esprit pour y chercher une solution. Et je découvre avec effroi ses intentions : soumission, violence, et sexe se mêlent et lui procurent une vive excitation. Mon rythme cardiaque s’accélère et l’adrénaline file dans mes veines. J’essaie d’identifier très vite mes échappatoires. Me battre contre lui : même avec les enchaînements appris à la boxe, mes attaques manqueraient de puissance, je ne ferais pas le poids ! Quant à imaginer le déstabiliser pour fuir, autant essayer de déplacer un Migaster avec un doigt ! La porte numéro un de mon voisin mystérieux est dans mon dos. Je m’y précipite croyant y trouver refuge. Elle est fermée à clé. Il s’est rapproché lentement, savourant déjà sa victoire. Dans ses yeux, une ombre passe. Ma peur monte d’un cran. Excité par ma panique, il me plaque tout à coup contre le mur et me gifle violemment. Je me débats. Ses bras enserrent ma taille et il plante ses ongles dans ma chair… Puis soudain, une voix caverneuse gronde derrière Ruddy et nous fait sursauter :

–          Ote tes mains de là et va-t’en !

Ruddy se retourne brusquement et se fige, interloqué, se demandant s’il serait de taille à affronter l’Immortel. Dans son esprit, il fait ses calculs et renonce. L’immortel s’écarte pour lui laisser un chemin et Ruddy ne demande pas son reste. En partant il se retourne soudain et me lance avec un air fourbe :

–          Choisis bien ton protecteur, P’tits bras. Les Immortels ne sont pas réputés pour leur douceur…Si tu changeais d’avis, tu sais où me trouver…

Encore collée au mur et tremblante, je relève les yeux vers l’Immortel, pas très rassurée :

–          Merci…

–          Ne me remercie pas. Après ton intervention au mess, j’avais hâte de ne plus rien te devoir !

Et il s’éclipse aussi vite qu’il était apparu. do ebook gratuit

 

Jour J -12 avant l’affrontement. do ebook gratuit

 

Il fait nuit. On frappe à la porte de ma chambre. J’ai du mal à m’extirper de mon lit, les paupières encore lourdes de sommeil, les cheveux en bataille. J’ai mis une veste sur ma chemise de nuit. J’entrouvre la porte. Une espèce de masse noire encapuchonnée me pousse et entre : c’est l’Immortel. Comment ose-t-il venir ici ? Et à cette heure ?

  • Savais-tu que les Humains dorment la nuit ?

–          J’ai parlé aux Sages. Mais ils ne veulent rien entendre…

Il est furieux.

–          Tu vas leur faire tes requêtes tous les jours ? Si tu t’adresses à eux de la même façon qu’à moi, ce n’est pas étonnant qu’ils ne veulent pas t’écouter.

Il exulte :

–          Cesse tes provocations ! Elles me donnent des envies de meurtre ! Les Sages sont de vieux gâteux têtus ! Je suis allé leur demander de rompre notre binôme. Et ils ont refusé ! Je suis venu apporter mon aide sur ce vaisseau ; je n’ai pas l’âme d’un ange gardien. Tu ne sais rien faire, je me suis renseignée sur toi. Onze pour cent ! Il reste une solution : démissionne !

–          Quoi ! C’est hors de question ! Mais comment oses-tu venir me dire ça. Et sur ce ton ! Pas étonnant que les Sages m’aient attribué un « onze pour cent » avec un tel binôme ! Ne compte pas sur moi pour abandonner !

–          Au moins tu sauveras ta peau !

–          S’il y a un mot qu’il ne faut pas prononcer devant moi c’est bien « démission ». Tu n’es pas le premier obstacle sur ma route, et je n’ai jamais renoncé à aucun de mes plans. Trouve une autre solution ! Et s’il te plaît, joue ton personnage d’opéra à d’autres. Ta voix d’outre-tombe et ton déguisement de pénitent ne m’impressionnent pas !

Il siffle entre ses dents. Il n’a presque pas ouvert la bouche pour me dire :

–          Tu ne sais pas à qui tu t’adresses !

–          Toi non plus !

Il a reculé au fond de ma chambre ; glissé, je devrais dire plutôt. Je m’attends à un déchaînement de violence et d’objets qui volent comme la dernière fois. Mais il se passe un moment sans qu’un bruit ou un mouvement ne s’opère. Il semble en proie à une lutte intérieure : l’air autour de lui est comme électrisé par sa colère. Prise d’un frisson, je serre plus fort les pans de ma veste contre moi et lui montre la porte du doigt dans un geste déterminé, espérant qu’il saura encore contenir sa furie. Mais il ne se passe rien. Longtemps. Puis il semble s’être calmé et avoir pris une décision :

–          Les Sages ne nous ont pas laissé le choix. On va devoir travailler ensemble. Tu ne sais pas te battre, et il y a certaines choses que tu dois apprendre…

–          Et c’est toi qui vas m’entraîner ?

–          Ce sont les ordres…Prépare-toi. Tout de suite.

Il sort. Je m’habille en vitesse, ma curiosité piquée au vif. L’Immortel est très fort. Peut-être saura-t-il m’apprendre ce que je n’arrive pas à faire avec Ruddy. do ebook gratuit

 

CHAPITRE 13            L’ampoule do ebook gratuit

Je déchante vite…L’entraînement n’a rien qui m’aide à devenir une guerrière. Il s’agit de manipulation de petits objets nécessitant beaucoup d’habileté et de rapidité dans les doigts. Ma déception n’a d’égal que ma stupéfaction face à des gestes aussi inutiles en pleine guerre ! J’ai l’impression d’être au cirque ! Pourtant, ces exercices semblent capitaux pour lui. Il est exigeant avec moi, dans les moindres détails et ne me laisse aucun répit. Il reste à une bonne distance de moi, toujours encapuchonné, la voix froide et tranchante. Je m’abstiens de toute provocation, espérant passer rapidement à un entraînement plus classique. Mais ma patience s’émiette :

–          Ecoute, je ne comprends pas à quoi peuvent bien me servir ces mouvements.

–          Contente-toi de faire ce que je te montre et dis-toi que c’est vital pour toi.

J’essaye de toutes mes forces de garder mon calme malgré la stupidité de la situation :

–          Il faut que je sache où tu veux en venir pour que ce soit efficace.

–          Tais-toi ! Je te donne jusqu’à demain pour enchaîner ces mouvements parfaitement. Si tu n’y arrives pas, je me débrouillerai pour que tu ne fasses plus partie du Deus ex Machina…Je ne vais pas perdre mon temps avec une incapable…

Mon exaspération est à son comble. J’exulte :

–          Je risque ma peau dans ce combat et je n’ai pas de temps à perdre à apprendre des tours de passe-passe. En quoi ces démonstrations d’illusionniste pourraient-elles décider de mes aptitudes à rester à bord du Deus ex Machina ? J’espère que tu as des moyens de pression sur les Sages autrement plus efficaces pour me faire renvoyer !

Cette fois, c’en est trop. Je m’apprête à partir quand sa voix gronde derrière moi :

–          Sur eux non, mais sur toi…

Monte alors de sa poitrine une sorte de râle animal à la limite de l’audible, qui me donne des frissons. Puis un énorme cri de fauve, qui me fait sauter d’un bond en arrière. Il s’avance sur moi et sa masse sombre imposante me fait reculer encore. Sa voix est maintenant caverneuse, presque irréelle :

–          N’oublie pas qui je suis, Gabrielle d’ « Aurore ». A chaque instant, je lutte contre mes instincts violents pour que tu restes vivante. Et je ne suis pas certain de pouvoir résister encore longtemps…

Et j’accède enfin à son esprit. Des images cauchemardesques se projettent : une forêt sombre. Une chasse à l’Homme : je suis la proie. Je cours à perdre haleine. Des images floues d’arbres noirs défilent à toute allure, m’obligeant à changer constamment de direction. Des racines noueuses qui me font obstacle. Des ombres derrière moi…de plus en plus près. J’ai beau y mettre toutes mes forces, mes jambes se dérobent. Comme dans un cauchemar, mes pas ralentissent malgré moi. « Ça » approche à toute vitesse. Soudain, une main accroche mon épaule et me retourne violemment ; je crie. Des mâchoires se jettent sur moi, crocs en avant ; je me débats, des mains m’enserrent inexorablement. Les crocs s’abattent sur moi à toute vitesse, déchirent ma chair. Je hurle d’effroi et de douleur. Les mouvements s’accélèrent. Tout devient flou. Du sang partout…du rouge sombre, presque noir…Puis plus rien. do ebook gratuit

 

Instinctivement, j’ai mis mes mains sur mes yeux pour éviter ces images d’horreur, sans pouvoir simplement arrêter de lire dans son cerveau, comme si ces visions m’étaient imposées. J’ai dû m’appuyer sur le mur sans m’en rendre compte, je tiens à peine sur mes jambes ; et mon cœur bat à cent à l’heure.

–          Si tu veux rester en vie, tu as deux possibilités : on s’entraîne ensemble et tu es capable de faire ce que je t’ai montré, ou bien tu démissionnes. Décide-toi !

J’ai enfin réussi à refermer mon esprit. Mes jambes tremblent. J’attends que mon cœur se calme un peu pour enlever mes mains de mes yeux. Les murs de tôle me renvoient une lumière froide qui fait plisser mes yeux.

Quand je reprends mes esprits, il n’est plus dans la pièce. do ebook gratuit

 

Je viens juste de mettre un pied dans ma chambre quand les lumières s’éteignent pour l’extinction des feux. Je réalise alors que nous avons passé la journée entière à cet entraînement. Je m’effondre de fatigue et m’endors aussitôt. Mon sommeil se remplit instantanément de sombres cauchemars, noir et sang…La cape sombre et son « I » grandit jusqu’à envahir mon champ de vision. Et tout à coup, elle se retourne : de ses plis sinueux bondit un loup-garou…

 

Jour J-11 avant l’affrontement. do ebook gratuit

Je rejoins le mess tôt ce matin. Ma bande de camarades est déjà là, toujours au même endroit ; même Emmanuelle est à sa place habituelle, à la table d’à côté, dos à Rog. Mais leurs visages sont tendus et leurs yeux cernés. Ont-ils du mal à s’endormir eux aussi, en comptant leur chance de survie ?

–          Qu’est-ce qui s’est passé ? On ne t’a pas vue de la journée ! Tu n’es même pas allée voler !

–          On a eu peur qu’il te soit arrivé quelque chose !

Je feins la désinvolture :

–          Je m’entraînais.

–          Avec lui !

–          Oui.

–          …Il ne t’a pas mangée…

–          Pas encore. Tu sais, je ne suis pas très appétissante…

–          Gabrielle, il ne faut pas plaisanter avec eux. Vous vous entraînez à vous battre ? Est-ce qu’il…te fait mal ?

–          Non. Non…Tout va bien. Il ne me touche pas, rassure-toi. Ce serait illégal !

–          C’est déjà illégal que les Sages exigent de vous ce rapprochement ! Mais, explique-moi un peu dans quelle technique de combat on ne touche pas l’adversaire ?

Comment se sortir de cette impasse ? Ce que j’ai fait hier est impossible à raconter sans déclencher des fous rires. Et rien de ce qui s’est passé ne m’a donné envie de rire.

–          Ben, je ne sais pas si sa technique a un nom. C’est un peu spécial. Une sorte de technique de concentration, de yoga, je dirais…

–          Ah oui ? Et c’est le yoga qui t’a épuisée à ce point ? Tu as sacrément les traits tirés !

–          Ecoute ce n’est pas facile. Et je ne sais pas où tout ça va me mener…

–          Ben voyons ! Tiens, ton « double » vient d’arriver. Il ne se joint pas à nous ?

–          Il se doute que cela ne ferait plaisir à aucun d’entre vous. Est-ce que je vous demande pourquoi Emmanuelle ne se joint pas à nous ?

Clar a blêmi, au bord de la crise de jalousie. Rog a serré les poings, honteux et tiraillé, et juste derrière eux j’ai senti Emmanuelle rougir, confuse et triste. Pourtant aucun d’entre eux n’a répondu.

–          Vous me fatiguez !

Sur ce, je me lève et m’installe seule un peu plus loin, le nez plongé profondément dans mon assiette. Malgré moi, je les entends :

–          Il commence à avoir une influence sur elle !

–          J’espère bien que non !

–          Regarde la réalité en face : elle ne dit plus qu’elle ne veut pas être son binôme ; elle a commencé à prendre son parti ; et elle vient maintenant d’accepter de s’entraîner avec lui !

–          Tu crois qu’elle est en danger ?

–          A ton avis ? Tu crois qu’on peut « s’entraîner » à se battre avec un Immortel ? Je sens que cette affaire va mal tourner…

–          De toute façon, ils ne pourront jamais être vraiment un binôme parfait. Tu te vois faire confiance à un tel énergumène ? Alors établir un lien fort, d’osmose, ça ne risque pas ! S’ils devaient partir en mission ensemble, ce serait une catastrophe !

–          Je suis certaine qu’elle est en danger. C’est une provocatrice née, incapable de se retenir. Et lui une bombe à retardement. Un seul mot de travers et il pourrait rentrer dans une de ces crises de violence qui la tuerait !

Quelqu’un m’observe. Je relève les yeux. La tête encapuchonnée est tournée vers moi. Il me fait signe de le suivre. Lorsqu’il traverse la salle, sa silhouette noire déplace comme un vent froid dans les esprits ; le « I » rouge de sa cape s’est soulevé lorsqu’il a fait demi-tour. do ebook gratuit

 

Il est déjà dans la salle de sport lorsque j’arrive. Mais cette fois, il a choisi une salle plus grande, avec du monde autour de nous. Le message est clair, il ne veut pas me mettre en danger mais je ne comprends pas pourquoi il insiste tant à m’apprendre son drôle de jeu ! Il se tient toujours loin de moi, sans rien me dire et nous recommençons les mêmes gestes qu’hier. Inlassablement. De plus en plus vite. Je suis rapide pour une Humaine. De façon presque anormale. Pourtant cela ne semble pas lui suffire. Par moments, il corrige mes mouvements, me fait accélérer encore. Pour donner le change devant les autres, nous effectuons aussi quelques mouvements de yoga, dans lesquels les mains sont prépondérantes.

–          Tu voulais que je démissionne hier, et aujourd’hui tu veux qu’on s’entraîne ensemble. Tu as l’habitude de changer aussi souvent d’avis ?

–          Je n’ai pas changé d’avis. Tu as décidé de me suivre. Mais n’oublie pas ! Si tu n’arrives pas à ce que je veux d’ici à ce soir, il faudra absolument que tu partes. Je saurais t’en persuader…Maintenant, tais-toi et bosse.

Et il s’écarte un peu plus de moi.

Lorsque la salle se vide pour la pause repas, il me fait signe de partir rejoindre les autres. Puis tout recommence : l’étrange ballet toujours plus rapide, sa froideur et sa distance, les précautions qu’il prend pour que nous ne soyons jamais seuls. Je m’applique, m’épuise. Jusque tard dans la soirée. Petit à petit la salle commence tout de même à se vider. Et lorsque la dernière personne s’en va. Il s’arrête, face à moi. Je devine qu’il me regarde par-dessous sa capuche.

Le défi qu’il m’a lancé prend fin maintenant. Est-il satisfait ? Vais-je pouvoir lui résister s’il me menace ? Je reste moi aussi campée sur mes jambes, prête à un éventuel affrontement. Puis du capuchon sort un :

–          Bonsoir.

Et il sort.

Je n’y comprends rien. Quelques instants plus tard, on vient me chercher : les Sages m’attendent dans leur salle d’audience.

–          Gabrielle d’Aurore, votre double a voulu vous enseigner un mouvement de défense très particulier. Nous avons donné notre accord.

Ainsi les Sages savaient et approuvaient…Qu’est-ce que L’Immortel a tramé derrière mon dos ?

–          Il vient de nous informer que vous êtes prête. Nous allons vous expliquer à quoi servent ces gestes.

Et ils me tendent un petit objet long en verre, une sorte d’aiguille avec un renflement au centre contenant un liquide transparent.

–          Cette ampoule contient un puissant narcotique. Cette dose est calibrée pour neutraliser un Immortel en cas d’attaque. Bien entendu, il est impératif qu’elle ne soit utilisée QUE pour un Immortel. Une telle dose tuerait un Humain à coup sûr. Vos ordres sont de la conserver toujours sur vous à portée de main. En cas de danger, les gestes que vous avez pratiqués vous permettront de planter rapidement cette ampoule dans le corps de l’Immortel qui vous aura agressé. Elle ne se cassera qu’avec les gestes qui vous ont été montrés. L’habilité de vos gestes vous permettra de surprendre votre adversaire et de faire mouche.

–          Vais-je devoir me battre contre des Immortels ?

Un des Sages tente d’étouffer un rire cynique :

–          Le seul Immortel que vous côtoierez est Faustus. C’est lui qui a souhaité vous armer de cette ampoule pour vous protéger de lui.

Je suis sous le choc de cette révélation.

–          Je vous conseille néanmoins de faire en sorte de ne jamais le provoquer. Rappelez-vous que votre serment ne peut être rompu. Tels sont nos ordres. A vous de faire le nécessaire pour vous entendre. Vous n’avez pas le choix… Vous pouvez disposer. do ebook gratuit

 

Ce soir-là encore, je n’arrive pas à m’endormir. Bien des « pourquoi » tournent en boucle dans mon esprit.

Un peu sonnée, un peu rêveuse, je pars errer à travers les couloirs du vaisseau, à la recherche du sommeil que je n’arrive pas à trouver. Sans m’en rendre compte, mes pas m’emportent vers du bruit et de la musique. On s’amuse et on danse par ici, sans doute pour chasser le stress de la journée. Tout à coup, Je suis tirée par-derrière. Ruddy m’attrape violemment !

–          Alors, P’tits bras, on se balade sans son double ? C’est dangereux pour une jeune fille sans défense comme toi. Tu n’as pas peur de faire de mauvaises rencontres ? A moins que tu aies changé d’avis et que tu quémandes mon aide ?

Dans ses yeux une ombre passe. Je commence sérieusement à être intriguée par cette manifestation. Mais je n’ai pas le temps de sonder son esprit que sa bande arrive derrière lui. Je siffle entre mes dents :

–          Ruddy, nous n’allons pas pouvoir rester seuls longtemps. Regarde qui va là…Lâche mon bras espèce de fumier !

Sa rage est montée d’un cran. Il est embarrassé devant les siens. Mais au lieu de me laisser, il se met à parler fort en me collant ma main sur le front :

–          Tu vas me saluer, espèce de tête de mule ! Allez !

Et tout doucement pour que les autres n’entendent pas :

–          Tu viendras à moi, P’tits bras. Tu ne pourras pas le supporter longtemps. Alors tu auras besoin de ma protection…

–          Arrête de la secouer comme ça, Ruddy. Pas la peine d’y passer tes nerfs. Tu n’as qu’à l’envoyer au labyrinthe.

–          Ca fait déjà deux fois qu’elle y va Rocky ! Et regarde-moi cette entêtée !

–          T’inquiète, elle finira par lâcher prise. Y en a jamais aucune qui t’a résisté…Allez, laisse-la…

–          P’tits bras : trente minutes demain…

J’ai envie de l’étrangler, mais je garde le sourire qui l’agace tant et plonge mes yeux dans les siens :

–          Tu n’as pas peur que je m’habitue, Ruddy ?

Son regard a tourné au vert. Qu’est-ce que c’est que cette ombre ? Pas le temps d’en savoir plus ; ses acolytes l’attrapent par le bras pour éviter qu’il me réduise en bouillie et l’entraînent plus loin. Je crois que j’énerve bien Gonflette : son esprit était en fusion ! Nous verrons bien qui des deux lâche prise le premier…

Je viens juste de tourner dans le couloir, qu’une main à nouveau agrippe mon bras. Je sursaute : Luc !

–          Eh, Gabrielle ! Tu as une tête à avoir besoin de te distraire. Un zombie a le teint plus frais. Allez ! Viens t’amuser avec nous. Tu nous raconteras ce que tu as bien pu faire de plus important que l’entraînement avec l’escadron ! Délanaux était en rage après nos Vénérables Sages, tu sais !

–          Les Sages ? Comment ça ?

–          Oui, quand hier ils lui ont fait annoncer qu’ils te retenaient pour un autre entraînement et que tu ne pourrais pas te joindre à l’escadron ces deux jours ; il s’est mis à crier aux fous, en déclarant qu’il ne lui était pas possible de mener à bien sa mission dans de telles conditions et qu’on ne pouvait pas décider à la dernière minute d’un tel changement dans l’équipe…Bref il s’est défoulé. Et quand il a eu fini, il a nommé Stephen pour voler à ta place !

L’escadron. J’ai oublié l’escadron et l’entraînement en vol. Et tous les pilotes. Deux jours pratiquement en vase clos avec l’Immortel m’ont fait oublier ce qui fait l’essentiel de ma vie. Et les Sages ont couvert mes absences ! Tout à coup je me vois dans les yeux de Luc : une folle complètement déphasée. Il me tapote le dos gentiment :

–          Allez, je t’emmène !

Je le suis sans rien dire, et m’enfonce un peu plus vers le bruit.

–          Regardez qui je vous amène…

Rog est enthousiaste :

–          Une revenante ! Regarde, Gabrielle, ce qu’on a fait de cette salle ! C’est fête ce soir. Des potes de Zouloudou nous font un concert ! On a trouvé quelques boissons pour improviser un bar. Et il y a de belles filles partout. Reste plus que la déco qui laisse à désirer…les murs en tôle, ce n’est pas formidable pour la sono, et il manque quelques spots pour l’ambiance. Mais on progresse, tu ne trouves pas ?

La salle est bondée, la musique envahissante et les lumières font plisser mes yeux. Après deux jours de concentration intense dans une salle presque vide et silencieuse, je suis sonnée par toute cette agitation. Je force un sourire pour être à la hauteur de son enthousiasme.

–          Bravo.

Clar et Freyj sont déjà en pleine discussion avec Anton, le gars de Trisquelle qui hait tant l’Immortel. Il me lance un regard noir et se détourne de moi avec dégoût.

Deux jeunes femmes et un homme que je ne connaissais pas se sont joints à eux. Leur corps élancé et souple me fait penser à des lianes, des lianes musclées tout de même. Je les aurais bien vus dans un défilé de mode plutôt qu’ici. Evidemment les yeux des mâles environnants brillent pour les deux demoiselles. Quant à l’homme qui les accompagne et qui semble un peu plus âgé, j’avoue qu’il attire l’œil. L’une des deux jeunes femmes m’observe avec curiosité :

–          Ah, c’est toi le…la… disons l’équipière de l’Immortel ?

Son ton est hautain et dans son esprit je lis beaucoup d’arrogance. J’ai l’impression de tremper dans un bain d’acide. Mais je suis dans un tel état de fatigue que je ne ressens aucune colère monter à ma gorge. Devant ma grise mine, Rog intervient :

–          Gabrielle, je te présente Lise et Eléanore. Un binôme hors pair ! Elles viennent de la planète Center…

Il s’est tourné vers elles en disant cela et ses yeux sont restés accrochés sur l’une d’elles.

–          Emmanuelle n’est pas avec toi…

J’ai laissé ma phrase en suspen, et Rog m’a fusillé du regard.

L’homme à côté de Lise et Eléanore intervient, voyant qu’on l’oublie :

–          Et moi, je suis Raphaël, un Center également.

Sa silhouette de mannequin baraqué, ses beaux yeux bleu lagon, son visage fin et épuré, sa cicatrice sur la tempe façon « loubar chic », tout dans son aspect est parfait. Parfait et lisse. On sent qu’il prend soin de son apparence, du choix de ses vêtements, fluides et entièrement blancs, pour faire ressortir son bronzage. Une couverture de magazine : très belle image sans épaisseur. Il me sourit et son sourire l’humanise, lui donne un peu de relief.

Eléanore semble vouloir faire connaissance à sa façon :

–          Sais-tu que notre planète est celle qui est la plus représentée dans « le Deus ex Machina ». Il faut dire que nous suivons tous une formation de haut niveau. Et toi, de quelle planète viens-tu ?

–          La planète Aurore.

–          Hum, connais pas…

–          C’est aux portes de l’Alliance. Bien loin de chez vous.

–          As-tu eu l’occasion de visiter la planète du centre ? Chez nous on la surnomme « Center ».

Luc enthousiaste se mêle à la conversation, indifférent au ton hautain de cette donzelle :

–          Je n’y ai mis les pieds qu’une fois, mais je rêve d’y retourner. Gabrielle, si tu voyais les engins spatiaux qu’ils ont là-bas ! Sûrement rien à voir avec les « fers à repasser » sur lesquels tu as appris à piloter…

Les deux filles en forme de lianes rient à gorge déployée. Rog est subjugué. S’il le pouvait il goûterait à leur sourire de midinettes. Agacée, je tente pourtant de donner le change dans la conversation mais le cœur n’y est pas. Quand la discussion revient sur l’Immortel, mon état d’esprit s’assombrit encore.

Cette fois, c’est Lise qui se lance sur le même ton :

–          Pourquoi ton Immortel couvre-t-il toujours son visage ? Ce monstre est-il si laid ? L’as-tu vu Gabrielle ? Ciel, cela doit être horrible d’être l’équipière d’un tel spécimen !

Décidément, ces airs hautains et ses préjugés m’exaspèrent et je crois bien que mon sang a commencé à s’échauffer :

–          C’est le combattant le plus compétent à bord du Deus ex Machina. Pourtant, je ne crois pas qu’il se soit formé sur ta planète…bien qu’il en soit originaire, en quelque sorte…

Soudain, les « Centers » se sont tous figés, un mélange d’outrage et de culpabilité dans le regard. Une chape de plomb pèse sur nous. L’histoire que m’a racontée Emmanuelle sur l’origine des Immortels est donc vraie. Lise est la première à reprendre ses esprits :

–          Comment peux-tu dire une chose pareille. Bien sûr qu’il n’est pas venu chez nous et il n’y mettra jamais les pieds ! Je commence à comprendre pourquoi vous formez une équipe : deux acariâtres ensembles !

Anton, qui était en pleine discussion avec Freyj, s’est arrêté net de parler. Son regard d’acier s’est fixé sur moi. Il connaît visiblement cette histoire. Il se tait mais je sens sa haine pour moi. Un mot s’est formé dans son esprit : corrompue.

Clar ne semble pas avoir compris mon allusion. Elle s’interroge sur l’emprise que son entraînement exerce sur moi.

Et Rog en rajoute :

–          C’est vrai que tu deviens un vrai dragon. Toujours de mauvaise humeur, prête à cracher le feu…C’est malsain que tu t’entraînes avec lui…La preuve, tu n’oses même pas en parler…Allez, Lise, laissons-la et viens danser avec moi, cette chanson, c’est ma préférée…

A quelques pas de là une silhouette aux belles boucles brunes s’est éclipsée, blême. Rog n’a rien vu. Luc tend sa main à l’autre fille en guise d’invitation à danser :

–          Eléanore…

Je les observe, aigrie. Quels peuvent bien être les talents de ces deux filles, à part le charme incontestable qu’elles semblent exercer auprès de la gent masculine ? Je me sens comme une provinciale qui découvre le monde.

Sur la piste, Rog est penché vers Lise, bien plus petite, le corps dangereusement en déséquilibre. Après ces deux jours à huis clos, ces mondanités m’exaspèrent et me choquent. Non, c’est un peu faux. Ce n’est pas lié à ces deux derniers jours. C’est vrai que sur ma planète, les distractions ne sont pas nombreuses et la population peu boute-en-train. Et puis, j’ai toujours été une solitaire. Mon statut ne me permettait pas de me détendre librement, ma tare m’a isolée un peu plus. do ebook gratuit

 

Freyj, fidèle à ses habitudes, est déconnectée de ce qui se passe alentour et a suivi le fil de ses pensées. Elle me prend à partie :

–          Je suis certaine que toi aussi tu suis les cours de pilotage de Luc ! Anton, elle pourra te confirmer ce que je viens de te raconter ! C’est prodigieux ce qu’il fait : il imagine un vol et le raconte aux autres. Et chaque pilote doit faire la manœuvre appropriée. S’il n’y arrive pas, Luc s’en rend compte et le corrige. Il est incroyable ! Dis-lui Gabrielle !

–          C’est vrai Luc est le meilleur de nous tous.

Avec les autres partis sur la piste de danse, Anton a pris de l’assurance :

–          Je croyais que c’était ton Immortel le plus fort…

–          Chacun de nous a ses propres talents, l’Immortel a sa force, Luc son adresse au pilotage. L’essentiel est que ces talents soient bien exploités pour nous permettre de gagner cette guerre ! Et toi, Anton, quelle est ta spécialité ?

–          Gardien de la morale et de l’intégrité…

–          A ne pas confondre avec admonestation et intolérance…Et au combat…

–          Connaissez-vous les lois qui permettent aux Humains de se protéger des Immortels ? Tout contact physique est interdit. Tout manquement à cette règle est puni d’un an de prison. Et le plus surprenant dans tout cela, Gabrielle « les P’tits bras », c’est que la peine s’applique non seulement à l’Immortel mais également à la personne touchée. C’est d’autant plus injuste que chacun sait que le temps pour ces monstres ne s’écoule pas de la même façon ! Un an pour eux, ce n’est rien, tandis que pour une humaine…Enfin si tu restes en vie bien sûr.

–          C’est comment, la prison, Anton. Raconte-moi ton expérience…

Le bleu clair de ses yeux a encore pâli. Il se tourne vers Freyj pour éviter de me répondre. Mais l’éclair de souvenirs dans son esprit m’a suffi…la prison…quatre ans pour piratage informatique, détournement de fonds et vol de données ultra-confidentielles… C’est donc à cela qu’il occupait ses journées de solitaire sur son bateau maison !

–          C’est dangereux : on est enfermé en permanence avec des personnes qui ne vous veulent pas forcément du bien. Et quand on n’est pas très costaud, il vaut mieux s’allier à des protecteurs puissants pour survivre, sinon on craque comme Justine ou bien on est aidé à craquer…

Je le regarde de biais ; Il a repris sa conversation avec Freyj et sa physionomie a totalement changé, il parle à nouveau avec animosité :

–          Je sais ce qu’il manque à ton coéquipier : un lecteur/enregistreur de pensées ! J’ai déjà réalisé quelque chose de similaire…Voyons voir…Il me faudrait un électroencéphalogramme miniaturisé connecté avec un décodeur…Il suffirait ensuite de le brancher à un projecteur…Ouais, écoute, j’ai une idée géniale. Si ça marche, ton Luc va devenir un super-instructeur ! Il faut tout de suite que j’aille bricoler ça…On se voit demain.

Il se tourne vers moi, les yeux pleins de haine :

–          Bonsoir onze pour cent…

Et il part comme une flèche, retrouver sa chambre remplie d’électronique.

Freyj se tourne vers moi :

–          Au fait Gabrielle, tu connaissais Justine ? La planète Bories, c’est tout près de chez toi, non ?

–          Pourquoi ?

–          Tu n’es pas au courant ? Elle s’est suicidée – au stand de tir. Pas beau à voir parait-il…

–          Et…Quel était son pourcentage ?

–          Vingt-huit. Apparemment ce sont les derniers de la liste qui ne supportent pas la pression…

Freyj se fige en voyant Clar pâlir et réalise tout à coup quel est mon score. Gênées les deux amies s’éloignent, me laissant seule face à Raphaël. Il pose un regard bienveillant sur moi :

–          Un problème, Gabrielle ?

–          Non.

Apparemment, il ne sait rien. Son attitude, son sourire de publicité pour dentifrice n’a pas le charme qu’il escompte sur moi. Et sa sollicitude, son air de confessionnal m’irritent au plus haut point. Je le fixe, par provocation. Quel âge peut-il avoir ? Des mèches blanches s’éparpillent dans ses cheveux bruns, mais aucune trace de ride au coin des yeux. Son visage est harmonieux, comme tous les Centers. Puis j’ose le regarder dans les yeux : intelligents, des reflets verts d’eau à se noyer si on n’y prend garde. Alors je plonge dans son âme : un lac de montagne aux eaux profondes et calmes dans lesquelles se reflète un ciel immense sans nuage. Je lui souris, sur la défensive :

–          C’est juste que je n’ai pas l’habitude de m’amuser de cette façon. Sur ma planète, on accorde peu de place aux activités ludiques et festives. On n’a pas à notre disposition des robots pour faire notre boulot.

–          Eh, bien, c’est l’occasion d’essayer. Je veux dire pour t’amuser. Veux-tu danser avec moi ?

J’ai failli lui dire non. Il me regarde : le lac. Sa main est tendue vers moi. Une balade en montagne me fera du bien pour oublier. Je prends sa main. do ebook gratuit


Loin de là…

11ème jour après les calendes du mois de mars Trisquelien – 1310ème année de la Déesse do ebook gratuit

 

Encore des rituels ridicules ! Quelle idée saugrenue que ces binômes « ensemble vous aurez la force pour vaincre ». Comme si c’était suffisant ! La plupart ne se connaissent même pas. Pauvres guerriers, ils vous envoient à l’abattoir. Si seulement ces vieillards avaient autant de créativité pour les stratégies militaires…Et quelle erreur d’intégrer cet Immortel au rituel des binômes. Ils vont se mettre tout le Deus ex Machina à dos. Même le monstre ne semble pas trouver cela à son goût !

 

12ème jour après les calendes du mois de mars Trisquelien – 1310ème année de la Déesse do ebook gratuit

 

Mon fils, tu n’es qu’un faible ! Combien de fois faut-il te répéter que les jeunes filles sont fragiles et qu’il faut être poli avec elles ! Ah, je ris, imbécile ! Toi et ta passion pour les donzelles ! Au fond tu es comme moi et ma passion pour les araignées : tu aimes détruire dès que tu possèdes. Et tu cours encore après ces êtres insignifiants ; jamais rassasié. Je t’ai pourtant laissé attraper toutes celles que tu voulais quand tu étais avec moi ! Mais cela ne t’a pas suffi. Crois-tu que ceux qui ont mis la main sur toi seront aussi indulgents que moi ?

Enfin, amuse-toi si cela te chante ! Mais fais bien attention à ne pas trop la regarder dans les yeux. J’ai senti ses doutes. Elle ne doit pas me découvrir…

De toute façon, tu continues à bien me servir puisque l’objet de tes désirs est l’équipière de l’Immortel. Tu ne pouvais pas mieux choisir pour mes plans ! La chance me sourit…

 

Tu la suis partout dans tes temps libres mais il semble que tu aies tout de même du mal à lui mettre la main dessus ! C’est étonnant de ta part. Oui, elle s’est trouvé un protecteur redoutable, la maligne. Et elle te résiste toujours, parbleu ! Elle se sent forte maintenant. Mais tu es comme moi, tu aimes quand il y a plus de piment…

Continue à la suivre…Et tu me mèneras à lui. do ebook gratuit

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CHAPITRE 14             1er entraînement do ebook gratuit

Jour J-10 avant l’affrontement.

Je suis à table pour le petit-déjeuner, mes camarades autour de moi. Toute la bande est là : Clar et Rog, Tom et Jarl, Freyj et Luc, Lise et Eléanore, et Raphaël. Mais je ne les écoute pas, rêveuse. Déjà six jours se sont écoulés sans que je sente le moindre progrès dans mes aptitudes au combat. Je ne veux pas mourir. Je veux me préparer à cet affrontement, de toutes mes forces. Il est déjà si tard. Comment les Sages peuvent-ils me laisser perdre tout ce temps ? Dans leurs plans ont-ils prévu que je survive ?

Comment mes camarades peuvent-ils être aussi désinvoltes ? Leur conversation est animée. Elle tourne autour des robots intelligents créés par les habitants de la planète du milieu. Lise vante bien entendu les qualités de ces inventions comme si elle en avait elle-même conçu les moindres boulons !

–          Nos Vaucans sont issus d’une biotechnologie extrêmement pointue. Savez-vous qu’ils sont dotés de cerveaux humains ! Nos chercheurs ont réussi la prouesse de cultiver des cellules de cerveau d’hommes et de femmes et de les greffer sur des circuits électroniques. Nous récupérons l’esprit des morts à l’instant de leur dernier souffle et le transférons dans le cerveau artificiel. Ainsi nos robots pensent comme des Humains. C’est l’imminent professeur Vaucan qui a le premier réussi cet exploit…

Quelle suffisance. Je n’y résiste pas :

–          Oui, bien sûr, vous ne pouviez plus créer de nouvelles races par des manipulations génétiques…

Elle est choquée mais tente de ne rien laisser paraître :

–          Bien que ce ne soit que des machines, leur raisonnement intellectuel est le même que le nôtre ! Et ils peuvent même ressentir des émotions ! Leur cerveau est connecté à une puce électronique qui a été programmée avec des valeurs de respect et d’équité, ainsi qu’un code de protection des Humains.

–          Je me demande comment ils peuvent accepter dans ces conditions d’être vos esclaves.

Elle me fusille du regard. Elle est sur le point de perdre ses moyens :

–          Ils ont l’avantage d’être physiquement très résistants. Par exemple, Gabrielle, je doute qu’un Immortel puisse s’attaquer à l’un d’eux. Notre planète a fait don de nombreux exemplaires à bord du Deus ex Machina pour assurer notre sécurité. Ils pourront le moment venu partir en mission comme nous tous. Ce sont toutes ces innovations technologiques qui font de notre planète une des plus riches. Malheureusement, d’après ce que tu nous as dit sur la tienne, il semble que la population attardée d’Aurore ne puisse atteindre ce degré de développement.

Je saute de mon siège pour l’empoigner. Rog m’attrape par les épaules et me bascule sur la chaise ; ses bras me maintiennent fermement assise. Puis il tape sur la table avec une main en guise d’avertissement : quatre doigts allongés et le pouce replié. Et dans son regard le message est clair : déjà quatre ennemis à bord ; ça suffit. Lise est figée, poings serrés, prête à bondir. Autour de la table, chacun retient son souffle. Seul Raphaël est serein. Je plonge dans ses yeux pour me calmer.

En arrière-plan, juste derrière lui, une ombre a bougé : la silhouette sombre de mon binôme s’est levée. Et comme le jour précédent, la tête encapuchonnée se tourne vers moi et s’incline lentement pour que je le suive. Je frissonne.

 

J’entre. Il est seul au milieu de cette petite salle de sport, à quelques pas du punching-ball, imposante masse noire, immobile tel un spectre. J’avance un peu vers lui et m’arrête à bonne distance. Il se met à parler bas et sa voix caverneuse semble sortir de bien plus loin que du fond de son capuchon.

–          Les Sages ont des plans pour toi. La mission qu’ils veulent te confier est de la plus haute importance et à très haut risque. Elle nécessite une force et un courage hors du commun. Et tu n’en es pas digne. Mais les Sages sont formels : ils exigent que je te prépare à cette épreuve.

Sa voix me glace mais après l’altercation du petit-déjeuner, mon sang bout encore dans mes veines. Je contracte tous mes muscles pour me contenir.

–          J’ai donc prévu un programme en conséquence. Je doute que tu tiennes le coup mais saches que je m’en moque éperdument. Tu vas devoir te surpasser en permanence ; tu seras épuisée en permanence. Et tu m’obéiras au doigt et à l’œil, même si tu dois en mourir de fatigue.

Moi la fille d’un roi, courber le dos devant ce paria ? J’enrage !

–          Tu découvriras bien vite qu’obéir n’est pas mon fort. Il va falloir que tu me montres le bien-fondé de tes « directives » ! Et pas la peine cette fois de me faire le grand numéro de la bête féroce.

Il s’est penché vers moi, l’index en l’air ; je n’ai pas pu m’empêcher de faire un pas en arrière. Sa voix glaciale refroidit mes veines, comme s’il y faisait couler ses paroles :

–          Que les choses soient claires : je ne partage pas l’enthousiasme des Sages à ton sujet. Personnellement, je pourrais passer mon temps à des choses plus intéressantes. Alors, tu me suis ou tu retournes avec Ruddy.

J’ai encore l’image des quatre doigts de Rog qui tapotent sur la table, et celle des mains de Ruddy attrapant ma taille…

L’Immortel a pris mon silence pour un acquiescement :

–          On commencera tous les matins par des échauffements. Puis on fera quelques exercices de lutte, de boxe…On verra plusieurs techniques de combat. Il te faudra travailler aussi ton endurance physique et mentale et ta rapidité. On fera des courses à pieds, des…

–          Mais ce que tu proposes n’a pas l’air très différent de ce que je faisais avec Ruddy. Je ne vois pas comment je pourrais progresser mieux avec toi qu’avec lui.

–          Mes connaissances sont grandes…Et Ruddy n’est pas assez dur avec toi. Assez discuté ! Début du programme ce matin : boxe.

Il s’approche du punching-ball ; j’ai un peu reculé. Il sort les bras de sa cape intégrale et sans toucher le sac de force, il se met à enchaîner les mouvements, lentement, tout en les expliquant à voix basse. De sa masse noire impressionnante ne dépassent que ses mains. Ses gestes sont fluides et sans aucun bruit. Ses poings. Tout ce que je vois de lui se résume à ça : deux larges mains serrées jusqu’à en faire saillir les veines. Une seule suffirait probablement à m’étrangler si l’envie lui en prenait. Et je ne serais certainement pas assez rapide pour l’en empêcher.

Il a fini ; il recule. Il me fait signe de la tête. Je suis surprise, et déçue. Rien ne semble différent des entraînements de Ruddy. A mon tour, je refais les mêmes gestes. Et puis, bien vite, je déchante encore : rien ne lui convient.

Vingt fois je refais le même enchaînement tantôt pour un pied mal placé, tantôt pour un coude pas assez haut. Les détails qu’il relève sont insignifiants ; les précisions qu’il demande sont au millimètre. Et quand, à bout de nerfs, j’arrive enfin à ce qu’il veut, il exige plus de rapidité. Encore. Encore. Inlassablement. Voilà au moins cinq cents fois que je refais ces mêmes gestes. J’ai les muscles douloureux, le souffle court et je commence à tituber de fatigue :

–          Pause. Il faut que je reprenne des forces.

–          Déjà ? Tu n’as que ça en réserve ?

Le ton de sa voix est violent comme un coup de pic à glace.

–          Tu n’as aucune endurance. On n’arrivera à rien de cette façon…

Il tourne en rond, tête baissée, au bord de l’énervement, remplissant la pièce de sa masse noire et de sa tension :

–          Bon. Il va falloir employer des méthodes plus radicales…Continue l’enchaînement que je t’ai montré, le plus vite possible… Ne t’arrête que lorsque tu seras vraiment au bord de l’épuisement, seulement quand tu ne pourras plus tenir sur tes jambes…

–          Je ne suis pas une Immortelle !

–          Continue, c’est un ordre ! Ou je ne donne pas cher de ta peau !

Il a craché ces mots tout près de mon visage, comme des boulets. L’air autour de lui est sous haute tension. Outrée, j’ai stoppé mon entraînement, et le défie du regard. Nous sommes face à face, le capuchon noir me dépasse presque d’une tête. Je me campe sur mes jambes, j’enfonce mes mains dans mes poches…et rencontre l’ampoule. Il a suivi mon geste ; il a compris :

–          C’est grâce à moi que tu détiens ce calmant. Réfléchis : si j’avais voulu avoir de l’emprise sur toi, je ne t’aurais pas appris à t’en servir !

Ses mots tranchent l’air ; ses poings aux veines saillantes sont serrés le long de sa cape ; sa voix gronde toute sa colère de me voir le menacer, et sa difficulté à la contenir. Je lui lance encore un regard noir pour la forme :

–          Immortel ou pas, je ne permettrai à personne de m’avilir ! Compris ?

Il ne bouge pas et ne dit rien. Alors je lâche l’ampoule et me replace lentement devant le punching-ball. A bout de forces mais la rage au cœur, je reprends l’enchaînement. Je frappe, frappe sans fin. D’abord les muscles de mes bras et mes mains sont en feu. Mais il est hors de question de le lui montrer. Puis, petit à petit, je ne sens plus rien, et mon corps se ramollit, mes jambes commencent à vaciller et je rate des pas. Il m’a défié ; je n’arrêterai pas. Au bout d’un moment, ma vue se trouble et mon esprit s’embrouille. C’est alors qu’il intervient à nouveau, la voix plus calme :

–           Ok, stop. Tu vas te mettre face à moi. Je vais te montrer une technique de récupération rapide. Tu vas fermer les yeux et faire le vide, comme au yoga. Tu vois ce que je veux dire ?

Il s’est approché de moi. Il me dépasse presque d’une tête. L’ombre de sa capuche plonge sur mon visage, à quelques centimètres. Je me retiens de reculer et tente de rester tant bien que mal debout sur mes jambes :

–          Oui…

–          Bon. Détends-toi… Je vais toucher ta nuque. Ne bouge pas, je ne te ferais aucun mal. Tu as confiance en moi ?

Je cherche un regard dans ce trou noir qui me parle : rien, je ne vois rien.

–          Tu ne me fais pas peur!

Pour le lui prouver, j’ai fermé les yeux. A bout de forces, je dois lutter pour ne pas perdre l’équilibre. Ma main est collée contre mon pantalon. A travers l’étoffe, je sens le renflement de l’ampoule.

–          Tu peux mettre ta main dans ta poche si ça te rassure…

A ses propos narquois, j’écarte ma main de l’étoffe, et dans un dernier effort, je lève mes bras en croix par défi :

–          Je suis prête…

Il a dû encore s’approcher : même les yeux clos, je ressens comme un froid près de moi. Sa main écarte lentement mes cheveux pour passer autour de ma nuque ; je frissonne à son contact. Malgré l’extrême fatigue, je reste aux aguets, la main prête à plonger dans ma poche…Brusquement, deux doigts font pression sur mon cou dans une décharge électrique. J’ai sursauté.

–          Ça ne va pas faire mal.

Il me provoque. Je résiste. Ses doigts irradient une énergie violente. Puis une vague immense cherche à se répandre dans tout mon corps ; une déferlante. Tous mes muscles se sont crispés, bloquant la vague ; ma main a déjà agrippé l’ampoule.

–          Ne lutte pas contre ce que tu ressens…

Pourquoi est-ce que je sais que je vais l’écouter ? A cause de sa voix posée et pleine d’assurance ? Poussée par une irrésistible curiosité ? Attirée par une expérience dangereuse et excitante ? Je respire à fond et ouvre le chemin à cette onde qui m’envahit rapidement, comme un fluide qui s’écoulerait dans toutes mes veines. Venin ou sève nourricière ? L’onde enfle et devient tellement puissante qu’elle en est effrayante.

Il retire sa main brusquement, incapable d’en contrôler la force autrement. Mais même sans son contact, je sens encore son énergie, comme une bulle qui se dégage de lui et m’englobe. Rapidement pourtant, la bulle se rétrécit, jusqu’à disparaître. J’ouvre les yeux et sursaute : le trou noir du capuchon est penché tout près de moi et laisse échapper d’une voix inquiète :

–          Ça va ?

A mon sursaut, il a reculé.

–          Pour aller plus vite, je t’ai transmis une partie de ma force…Il faut que tu ailles toujours au-delà de tes limites si tu veux vraiment progresser… surtout en si peu de jours…

Puis il se tourne brusquement. Le « I » dans son dos a virevolté. Sa voix a retrouvé un ton tranchant :

–          Ne parle de ça à personne.

–          C’est dangereux ?

–          Pas si je maîtrise le niveau d’énergie que je te transmets. Pire que dangereux, c’est hors la loi…

Alors les paroles d’Anton me reviennent à l’esprit : un statut de paria dans ce vaisseau, un an de prison. Pour moi, cela signifie que je n’aurai plus aucune chance de pouvoir me racheter, et serait emprisonnée à vie.

–          On reprend l’entraînement.

Son contact n’a duré que quelques secondes, pourtant ma fatigue s’est évaporée. Complètement. Je me sens capable d’abattre des montagnes.

 

Je continue sur ce rythme toute la matinée : effort intense jusqu’à épuisement puis sa main dans mon cou qui me redonne toute l’énergie nécessaire pour recommencer. Inlassablement. A chaque cycle, il tente de repousser plus loin mes limites. A chaque décharge électrique qu’il me transmet, il maîtrise un peu plus ses gestes. Et je prends un peu plus conscience de la puissance phénoménale qu’il est capable d’emmagasiner. Je devrais en avoir peur ; je suis fascinée. Je commence à ressentir les bénéfices de cet entraînement extrême : mon endurance grandit, mes muscles brûlants se tendent et sa force deviendrait vite une drogue comme un puissant dopant pour un athlète. Mais la fatigue s’installe finalement jusqu’à envahir tout mon corps endolori ; mon cerveau lui-même n’en peut plus et mon ardeur s’effondre.

C’est le moment qu’il choisit pour me rappeler qu’Edith m’attend ! do ebook gratuit

 

Le parcours du combattant est un échec complet. Je rentre à bout de forces dans le labyrinthe. Et je ne tiens pas deux minutes avant d’appuyer sur le bouton fatidique et libérateur. Edith se moque de moi et veut m’infliger une seconde tentative. C’est alors que l’Immortel fait irruption dans le gymnase, apportant avec lui un silence pesant. Sa masse sombre s’est arrêtée au seuil de la porte d’entrée, main en l’air comme pour dire « stop ». Tous les regards sont braqués sur lui. Edith elle-même est figée. Puis, sans le lâcher des yeux, elle me fait signe de m’en aller. Il disparaît…do ebook gratuit

 

Il est si tard lorsque je rejoins le mess que mes camarades sont déjà repartis et il ne me reste que peu de temps avant de retrouver mon escadron.

Comme m’avait averti Luc, Délanaux est furax et sa rage s’est reportée sur moi. Il fait d’abord mine de ne plus vouloir de moi dans l’escadron et je le laisse épancher sa colère. Quand elle commence à s’épuiser, il me fait juste signe de reprendre ma place sur le siège de la salle de briefing, à mon grand soulagement. Mais la fatigue me joue encore des tours, et je n’arrive pas à mettre à profit toute seule la technique de récupération que l’Immortel m’a montrée. J’ai beau chercher dans mon cou des ressources en énergies enfouies, je ne trouve qu’un grand vide. Je suis lasse et démoralisée : l’entraînement avec l’Immortel me casse tout le reste de ma journée et je ne vois pas le bénéfice que je pourrais en tirer si je n’ai plus tous mes moyens pour piloter. Je commence à penser qu’un entraînement plus classique avec les autres me conviendrait mieux…quand en sortant des vestiaires en fin d’après-midi, je me retrouve nez à nez avec lui.

–          C’est l’heure du jogging.

–          Stop. On en a fait beaucoup trop pour aujourd’hui. Ça attendra demain…

–          Tu te souviens…Tu renonces ou tu me suis…Si tu peux…

Il a filé en un éclair. Pourquoi est-ce que je l’ai suivi ? Je le cherche un bon moment, traînant la jambe dans les couloirs tout en le maudissant, avant de retrouver sa masse sombre dans un renfoncement, en train de m’attendre :

–          Alors, tu prends le thé en route…

–          Nous ne sommes pas de la même race ; je n’ai pas tes capacités…

–          Ah, tout de même tu reconnais ma supériorité ! Pourtant, tu es rapide…pour une Humaine…

Malgré son ton moqueur, il a ralenti. Suivre un Immortel est impossible. Il s’est mis à adapter son rythme au mien. De nouveau, il m’inonde de consignes sur les mouvements de mes jambes, mes bras, ma respiration. Au ton de sa voix, je sens qu’il s’efforce d’être moins autoritaire. A bout de forces, je suis ses directives sans rébellion, mes pieds dans ses traces.do ebook gratuit

Cela fait un petit moment que l’on court sans se parler lorsqu’il brise le silence. D’une voix neutre, il m’explique le fonctionnement du vaisseau et me décrit ses différentes zones. L’ampoule dans ma poche se ballotte à chacune de mes foulées, comme un message qu’il me répéterait sans cesse : « je te donne les moyens d’être à égalité avec moi ».

Soudain, il tourne en direction de la chambrée des Vaucans. Au fond du long couloir, apparaissent la porte façon coffre-fort et ses deux Vaucans qui en gardent l’accès. L’Immortel n’a pas ralenti. Sur notre passage, des Vaucans sortent de leur pièce pour nous faire barrage. Mais à la vue de l’Immortel, ils reculent et nous laissent passer. Puis nous atteignons les deux gardes du « coffre-fort » et la porte s’ouvre. Je me suis arrêtée. Il se retourne :

–          Viens, on va faire un tour de l’autre côté.

–          Mais la zone d’intendance est interdite.

–          Tu n’es pas en prison, tu sais. Suis-moi.

Et je franchis la porte pour la première fois. do ebook gratuit

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Rapidement, l’ambiance change. Tout d’abord la population se densifie. Chacun marche vite, d’un pas rempli d’intentions, d’une urgence à prendre en charge. Je constate également que le mélange des races est bien plus accentué ici, tout comme l’aspect physique, la carrure, la taille. Je réalise à quel point la zone militaire est si homogène. Les gens parlent plus fort, s’interpellent et s’invectivent. Un groupe en bleu de travail, le pas rapide, fait irruption dans le couloir, prenant toute la largeur. Deux des « blouses bleues » pointent l’Immortel du doigt. Je lis dans leurs pensées qu’ils raillent sa tenue noire en tentant d’imaginer à quel corps de métier elle peut bien s’apparenter. C’est alors que je constate que cette cape-là ne comporte pas de « I » rouge dans le dos !

Dans la cohue, les « blouses bleues » bousculent intentionnellement l’Immortel qui se retrouve collé au mur, dos à moi. Sa capuche est tombée et dans sa rage d’être bousculé, il ne l’a pas remarqué. Sa colère électrise l’air.

Ceux qui l’ont heurté regardent maintenant son visage découvert avec des airs apeurés. Je suis la seule à ne pas voir ses traits. De dos, je ne vois que sa chevelure châtain épaisse, sa nuque dégagée qui tranche sur le fond noir de la cape. Et mes yeux ne peuvent plus le lâcher, rivés par la curiosité.

Doucement, il se tourne vers moi, comme au ralenti.

Je retiens mon souffle, m’attendant à une apparition difficile à soutenir du regard.

Les « blouses bleues » ont filé, disparaissant au détour d’un couloir.

Nous sommes seuls.

C’est alors que pour la première fois, je croise son regard et reste pétrifiée. do ebook gratuit

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MagnusMens Faustus illustré par Alice
MagnusMens Faustus illustré par Alice

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Texte et images non libres de droits – protégé par droits d’auteur – enregistré à la SACD sous le titre de MagnusMens

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De la part de l’auteur :

« Ami lecteur,

Vous venez de lire les 14 premiers chapitres de MagnusMens.

J’espère de tout cœur que ce roman vous plaît.

Tout a commencé un matin de décembre il y a quelques années. Je venais de me réveiller avec un beau rêve dans la tête que j’avais envie de prolonger. C’est vraiment comme cela que j’ai commencé à écrire cette histoire, juste pour moi, juste pour pouvoir lire le livre dont j’avais envie.

Au début, c’était un simple défi à moi-même ; un « même pas cap d’écrire un livre » ; une réminiscence du monde de l’enfance. Je venais de terminer de lire le diable au corps qui est très court ; mon défi se résumait donc à écrire 70 pages. Je n’avais vraiment pas prévu la suite :

  • J’ai aimé écrire
  • Arrivé au bout des 70 pages, je me suis rendu compte que j’étais loin d’avoir fini de raconter mon histoire.
  • C’est une fois le mot « FIN » apposé que j’ai réalisé que j’avais un vrai roman devant moi. Je n’en croyais pas mes yeux !

Alors après tout ce temps passé à écrire en secret, j’ai enfin osé montrer le résultat et le faire lire. Et magie : il a plu !

C’est une drôle de sensation : ce roman a maintenant sa propre vie, hors de moi, et les personnages s’animent dans l’imagination d’autres que moi. Le cordon ombilical a été coupé entre mon roman et moi.

Il me reste à faire une chose pour lui : le soutenir. Je crois de tout cœur qu’il le mérite.

Alors si vous avez aimé ces premiers chapitres, n’hésitez pas : achetez-le, et parlez-en autour de vous.

Seul le bouche à oreille peut le faire connaître. Ce grand extrait que je vous ai confié est là pour vous inciter à le lire en entier et lui donner une chance d’être aimé.

Merci de m’avoir lu jusqu’ici. Merci pour la confiance que vous m’avez accordée.

À bientôt j’espère.

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S-F. Cïmaiglon. »


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Vous avez aimé?

Si vous êtes emballé(e), n’hésitez pas à laisser un gentil commentaire d’encouragement. Ce sera ma meilleure récompense.

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