Quattrocento de Stephen Greenblatt

Quattrocento de Stephen Greenblatt

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Voici l’histoire d’une quête : celle d’un poème latin de -50 avant JC qui, par son contenu, va insuffler l’esprit de la renaissance et cheminer jusqu’à nous.

Thème :

historique, humanisme, antiquité, moyen age, renaissance, histoire d’un livre, épicurisme, religion, Lucrèce

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L’intrigue :

Et si la Renaissance était née d’un livre ? Un livre perdu, connu par fragments, copié par quelques moines et retrouvé par un humaniste fou de manuscrits anciens ? L’idée, audacieuse, vertigineuse, ouvre les portes de l’histoire de Poggio Bracciolini, dit le Pogge, qui découvrit dans un monastère allemand une copie du De rerum natura de Lucrèce. C’était à l’aube du XVe siècle. Le Pogge n’était pas seulement un bibliophile passionné et un copiste hors pair. Il aimait les arts et avait écrit des facéties grivoises. Il aimait les femmes et était père de dix-neuf enfants. Il n’aimait pas l’Eglise, mais était secrétaire d’un pape diaboliquement intelligent et corrompu. Sa découverte allait précipiter les temps modernes et influencer des esprits aussi puissants que Botticelli, Montaigne ou Machiavel.

3 bonnes raisons de lire   » Quattrocento  » :

  • Voici une histoire extraordinaire : celle d’un long poème « De rerum natura ». Ecrit par Lucrèce, il recèle des idées incroyablement en avance sur son époque. Nous sommes dans l’antiquité grecque et Lucrèce y décrit sa théorie de la matière composée de vide et d’atomes, l’infini et bien d’autres choses incroyables ! Ce livre, interdit au moyen age car hérétique, sera copié et conservé au secret dans quelques monastères isolées. Puis, grâce à ce fameux Pogge, des copies de copies circuleront sous le manteau et il en coutera la vie à certains pour avoir proclamé haut et fort les idées qu’il recèle. Pourtant, ce n’est qu’au XXème siècle que l’on pourra prouver la véracité de son contenu. Cette histoire que nous raconte Stephen Greenblatt n’est pas un roman à proprement parler. Mais ce livre de Lucrèce traversant les ans jusqu’à nous est une magnifique histoire qui se lit comme un roman, sans pouvoir s’arrêter. Une histoire vrai mise en lumière par le talent de conteur de Stephen Greenblatt!
  • Bien plus que l’histoire d’un livre, Quattrocento retrace les progrès et régressions des connaissances à travers les siècles, l’état d’esprit de chaque époque. Je n’ai jamais autant ressentit cet obscurantisme qui a envahi une grande partie du globe lors de la période du moyen age. De l’histoire, de l’humanisme qui se lit comme un roman : se cultiver n’a jamais été autant un plaisir!
  • Il y a un coté « nom de la rose » (sortit bien avant) dans « Quattrocento » avec cette époque moyenâgeuse des plus sombres où les livres interdits étaient gardés par des moines isolés dans les montagnes, avec son coté « chasse au trésor » et « policier » également, ainsi que la lutte de certains intellectuels contre l’obscurantisme. A n’en pas douter, les deux romans se sont appuyés sur les mêmes bases solides historiques.

Anecdotes à raconter à la machine à café :

Ah, avec ce livre « Quattrocento », vous allez, à coup sur, « briller à la machine à café ».  Car il regorge d’anecdotes passionnantes. Que de figures importantes au cours de l’Histoire ont été influencées par ce poème de Lucrèce : Cicéron, Virgile à l’époque romaine, plus tard Giordano Bruno qui finira au bûcher pour ses idées justement, Machiavel, Copernic et Galilée, Shakespeare, Molière, Montaigne qui le cite plus de 100 fois dans ses essais, Botticelli, et plus proche de nous, Flaubert, Thomas Jefferson…
Flaubert dira du poème de Lucrèce et de son époque : « Les Dieux n’étaient plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle, un moment unique où l’homme seul a été. »

Montaigne écrit à la main dans la marge de son exemplaire du poème  : « Puisque les mouvements des atomes sont tellement variés, était-il écrit, il n’est pas inconcevable que les atomes se soient un jour assemblés d’une façon, ou que dans l’avenir ils s’assemblent encore de la même façon, donnant naissance à un autre Montaigne ».

Alors si, comme moi, la lecture d’un poème latin vous est inaccessible, le mieux est de découvrir l’histoire son histoire dans « Quattrocento ».

Voici une copie du moyen age de rerum natura
Voici une copie du moyen age de rerum natura

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Enfin, anecdote importante à citer : Quattrocento a reçu le Prix Pulitzer à sa sortie en 2012. Brillant!

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Botticelli est un des artistes qui a été inspiré par Lucrèce
Botticelli est un des artistes qui a été inspiré par Lucrèce
La renaissance, fracture avec le moyen age, est-elle le fait d'un livre? C'est ce que nous raconte Quattrocento
La renaissance, dont la peinture contraste avec celle du moyen age, est-elle le fait d’un livre? C’est ce que nous raconte Quattrocento.

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Vous voulez en savoir encore plus, rendez-vous au paragraphe suivant. Vous y découvrirez (dans le désordre) de quand date la théorie des atomes, pourquoi il ne nous reste aucun texte du célèbre Epicure alors que Lucrèce a traversé les siècles, d’où vient le mot « protocole », qu’est-ce que les Chrétiens reprochaient à Lucrèce, quel est le sens du mot « atome », comment sont liés Pompéi et Lucrèce …

Envie de lire « Quattrocento » tout de suite? Suivez le lien vers le livre :

 » Quattrocento  » vous a plu? Pour aller plus loin,

Quattrocento comparé au Da Vinci code

Si un livre m’a donné envie d’aller plus loin et comprendre les éléments auxquels il faisait référence, c’est bien celui-ci. C’est d’ailleurs probablement la raison pour laquelle « Quattrocento » a été comparé au « Da Vinci code ».

« L’idée des atomes, qui trouve son origine au Ve siècle avant Jésus-Christ chez Leucippe et son élève Démocrite, n’était qu’une brillante hypothèse : il n’y avait pas moyen d’en donner une preuve empirique, et il n’y en aurait pas avant plus de deux mille ans. » (extrait de Quattrocento)

Alors je me suis demandée d’où vient la théorie des atomes? Remonte-t-elle au Vème siècle avant JC? Et comment était-elle formulée à cette époque?

Le mot atome vient du grec ancien « insécable » : c’est par définition la plus petite partie d’un corps pouvant se combiner chimiquement avec un autre. Et oui, c’est bien de la Grèce antique aux alentour de -500 avant JC que nous vient cette théorie avant-gardiste, mais elle a également fait son apparition en Inde dans la philosophie Hindoue (VIIème siècle avant JC) !

Quattrocento, Lucrèce et De rerum natura

Lucrèce, l'auteur de ce fameux poéme de rerum natura qui a inspiré tant de philosophes et d'intellectuels.
Lucrèce, l’auteur de ce fameux poème de rerum natura qui a inspiré tant de philosophes et d’intellectuels.

Sur Lucrèce lui-même on sait peu de choses, hormis sa date de naissance et de mort ( autour de 95 avant JC à 51 ou 50 avant JC). Titius Lucrèce Carus était donc un disciple d’Epicure. C’est aussi grâce à son poème « De rerum natura » qu’il fit connaitre les pensées d’Epicure, philosophe célèbre à son époque mais dont pratiquement aucun écrit n’est arrivé jusqu’à nous. Lucrèce, adversaire de la religion, cherche à expliquer le monde et le vivant de façon matérielle. Ses vers laissent penser qu’il s’agissait d’un homme passionné et angoissé. Voici quelques unes des idées qu’il développe dans « de rerum natura » :

  • la nature est constituée d’atomes entourés de vide.
  • l’Homme est matériel, corps et âme (lui-même constitué d’atomes et de vide).
  • le monde n’est pas l’œuvre des dieux : son évolution et celle de l’humanité peuvent se suivre à partir de combinaisons fortuites par progrès conjoints. Le vivant s’adapte à la nature pour sa survie. Le Darwinisme n’est déjà pas loin…

Pour lui, comme pour les épicuriens, il s’agit de montrer que le surnaturel n’existe pas. A l’origine du matérialisme, il préfigure la séparation de la science et de la religion. On peut donc aisément imaginer qu’il déplaisait fortement au monde Chrétien.

Voici un extrait de rerum natura concernant la constitution de la nature et des atomes qui remet l’origine de la physique atomique à sa place (c’est à dire bien avant notre ère) :

                         « Il faut poser d’abord notre premier principe
                         Rien n’est jamais créé divinement de rien.
                             …

           Rien ne s’anéantit ; toute chose retourne,
Par division, aux corps premiers de la matière. »

« Tous sont en mouvements incessants et divers
Soit qu’ils s’écartent loin après s’être heurtés,
Soit qu’ils restent voisins tout en s’entrechoquant.

Pendant qu’ils tombent droit, entraînés dans le vide
Par leur poids, en un lieu et un moment quelconques,
Les atomes dévient, mais très peu, juste assez
Pour que leur mouvement puisse être dit changé.
S’ils ne déviaient ainsi, tous tomberaient tout droit,
Comme gouttes de pluie, dans le vide sans fond :
Il n’y aurait entre eux ni rencontres ni chocs ;
La nature jamais n’aurait rien pu créer. »

Si Epicure, philosophe matérialiste, a été présenté par les auteurs Chrétiens comme un adepte de la débauche, et par voie de conséquence ses livres n’ont pas été copiés et ont disparu, en revanche, Lucrèce était considéré avant tout comme un poète antique. Ainsi son poème fut-il copié pour la beauté de ses vers, mais précédé tout de même d’une préface de mise en garde contre ses idées subversives. C’est pour cette raison qu’il a pu atterrir dans les mains du Pogge (comme le raconte Quattrocento), puis qu’il a fait son chemin dans les esprits des intellectuels de toutes les époques et jusqu’à nous.

Vous êtes curieux de connaitre le poème lui-même? Alors voici un lien vers le texte traduit dans sa totalité en Français : site de Philippe Remacle

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Quand Lucrèce ressurgit au XVIIème siècle

En 1752, en perçant des galeries pour trouver des objets de valeur, une bibliothèque antique est mise au jour à Pompéi. Elle contient 1800 rouleaux. Pris d’abord pour des bouts de bois calcinés, ils se révèlent être des papyrus. Cette découverte suscite l’intérêt des chercheurs car leur lecture permettrait d’imaginer la vie romaine au premier siècle de notre ère. Mais un autre leurs grands espoirs est de trouver des textes des philosophes grecs ou latins dont on a peu ou plus d’écrits ou qui sont parvenus jusqu’à nous à travers de multiples copies de copies de façon dénaturée. Et ce miracle a commencé à se produire lorsque parmi les quelques textes qui ont pu être déchiffrés, ils ont reconnu un tout petit morceau « De rerum natura » de Lucrèce ! Mais le travail est laborieux et colossal et les rouleaux de papyrus tellement fragiles et abimés que, depuis 250 ans, les chercheurs tentent encore de trouver la meilleure technique pour dérouler les papyrus et les décrypter.

Voici un film racontant la découverte de la bibliothèque de Pompéï et les expériences scientifiques mises en œuvre pour déchiffrer ces fameux papyrus retrouvés. Quand science, Histoire et humanisme se croisent encore pour nous raconter de belles histoires…

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 Extrait de Quattrocento

 » Un jour, un petit homme affable, vif et malin, frôlant la quarantaine, a vu un très vieux manuscrit sur l’étagère d’une bibliothèque, a compris la portée de sa découverte et ordonné que ce manuscrit soit recopié. C’est tout, mais c’est suffisant. »

« Au milieu du VIe siècle, au cours de la guerre des Goths et dans la période plus sombre qui suivit, les derniers ateliers de fabrication de livres fermèrent et ce qui restait du marché du livre périclita. Tout commerce avec les fabricants de papyrus d’Egypte avait cessé depuis longtemps, et en l’absence d’un marché commercial de livres, les ateliers de parcheminerie, où les peaux d’animaux étaient transformées en supports d’écriture, étaient tombés en désuétude. Les moines durent alors apprendre l’art difficile de restaurer le parchemin existant et d’en fabriquer de nouveaux. Leur objectif n’était pas d’imiter les élites païennes en plaçant les livres ou l’écriture au centre de la société, ni d’affirmer l’importance de la rhétorique ou de la grammaire, ni de valoriser l’érudition ou le débat, mais de fait ils devinrent les principaux lecteurs, bibliothécaires, producteurs et conservateurs des livres dans le monde occidental. »

Si l’homme parvient à garder en tête cette simple vérité — les atomes, le vide et rien d’autre, les atomes, le vide et rien d’autre —, sa vie peut changer. Il n’aura plus peur de la colère de Zeus au moindre grondement de tonnerre, ni de celle d’Apollon à la moindre épidémie de grippe. Il sera libéré de cette affection terrible que Hamlet, des siècles plus tard, nommera « la terreur de quelque chose après la mort, / Contrée inexplorée dont, la borne franchie, / Nul voyageur ne revient ».

« Si Lucrèce et tant d’autres ont célébré la sagesse et le courage d’Épicure, ce n’est évidemment pas pour ses origines sociales, mais pour le pouvoir salvateur de sa pensée, dont l’essence peut se résumer à une idée lumineuse : tout ce qui a jamais existé et tout ce qui existera jamais est un assemblage d’éléments de taille infinitésimale et en nombre infini. Les Grecs avaient un mot pour désigner ces éléments invisibles, qui, tels qu’ils les concevaient, ne pouvaient être divisés davantage : les atomes. »

« Le principal objectif de la vie humaine est l’augmentation du plaisir et la réduction de la douleur. La vie devrait être mise au service de la poursuite du bonheur. Il n’est pas d’éthique plus digne que de faciliter cette quête pour soi-même et ses semblables. « 

« En tout, au IVe siècle après Jésus-Christ, il existait vingt-huit bibliothèques publiques. Ces bâtiments qui tous furent détruits. « 

« Et la poursuite de la douleur triompha sur celle du plaisir au cours de l’une des transformations culturelles majeures de l’histoire de l’Occident. « 

« L’Église affirmait que la curiosité était un péché mortel. Y céder, c’était risquer de passer l’éternité en enfer. »

Dès les années 1430, et probablement depuis bien longtemps, le Pogge occupait le centre de ce qu’il appelait le « Bugiale », l’officine de mensonges. C’était une salle de la cour papale où les secrétaires se réunissaient pour échanger des histoires ou des plaisanteries. « On n’épargnait personne, écrit le Pogge, nous disions du mal de tout ce qui nous déplaisait, en commençant souvent par le souverain pontife lui-même ».

« Le Pogge chassait les vieux manuscrits tandis que le monde autour de lui s’effondrait. Sa réaction au chaos et à la peur avait toujours été l’immersion dans les livres. Le cercle enchanté de sa bibliomanie lui permettait de sauver l’héritage du passé menacé par les Barbares pour le rendre aux héritiers légitimes. « 

« Ces rouleaux de papyrus – la plante dont le nom a donné notre mot « papier » – étaient fabriqués à partir de longs roseaux qui poussaient dans la région marécageuse du delta du Nil, en basse Égypte. Leurs tiges étaient coupées, puis débitées en bandes très fines, que l’on disposait les unes à côté des autres, de façon qu’elles se chevauchent légèrement. On plaçait ensuite une autre couche par-dessus, à la perpendiculaire, et l’on martelait délicatement la feuille avec un maillet. La sève qui s’en échappait permettait aux fibres d’adhérer les unes aux autres. Les feuilles ainsi fabriquées étaient ensuite collées pour former des rouleaux. (La première, sur laquelle on pouvait noter le contenu du rouleau, s’appelait en grec un protokolon, littéralement « collé en premier », à l’origine de notre mot « protocole » « 

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