Soie de Alessandro Baricco – roman délicat

Soie de Alessandro Baricco

Roman court doux et beau comme la soie, délicat et poétique. Un petit bijou de roman.

Thème :

romance, historique, aventure littérature moderne, Japon, France, vers à soie, route de la soie, voyages, 19ème siècle, sensualité, poésie, amour interdit, attente, exotisme

L’intrigue :

1861. Le sud de la France. Hervé Joncour achète et vend des œufs de vers à soie qu’il va chercher pour le compte de Baldabiou, en Syrie et en Égypte d’abord, puis plus tard au Japon, à l’autre bout du monde. « Un jour Baldabiou avait tenu dans sa main un voile tissé avec un fil de soie japonais. C’était comme ne rien tenir entre ses doigts. » Un incroyable voyage ! Vienne, Budapest, Kiev, les monts d’Oural, le lac Baïkal, le fleuve Amour, et Capo Teraya, sur la côte ouest du Japon. Au bout du monde, Hervé Joncour rencontre une jeune fille, un regard « avec une intensité déconcertante ».

Soie, un roman sensuel comme cette étoffe rafinée
Soie, un roman sensuel comme cette étoffe rafinée

3 bonnes raisons de lire   » Soie  » :

  • Ah, quel auteur! Quel style! Je ne sais pas si vous connaissez Alessandro Baricco mais moi je l’ai découvert à travers ce roman et j’ai été emballée dès la première page. J’aime cette écriture rythmée avec des phrases courtes qui vont droit au but et ces leitmotivs que l’on retrouve tout au long de l’histoire avec leurs petites nuances comme des énigmes. Très court (environ 40 pages qui se lisent en une heure), ce roman s’apparente plus à une nouvelle dont il a tout le style. Après le roman qui a une odeur (Le parfum), voici le roman qui joue de la musique à vos oreilles, une musique douce et lente. Et parfois, même le silence y devient musique.
  • J’aime aussi la poésie qui se dégage de cette belle histoire d’amour, toute en subtilités, toute en non-dits et sa belle chute. Pas de description de lieu ni même des personnages. Tout est dans la suggestion et laisse libre cours à l’imagination du lecteur.
  • Petit bijou beau comme la soie, cette histoire originale est une sorte de conte pour adulte dans lequel on retrouve le thème du voyage, l’exotisme oriental, la quête de richesse et d’amour. Mais le « sage » qui guide n’est qu’un homme qui pousse le héro pour servir ses intérêts. La quête de richesse tient dans ces minuscules vers à soie et le héro se laisse porter par son destin plus qu’il n’y fait face. Un beau voyage empreint de nostalgie et de beauté.

Anecdotes à raconter à la machine à café :

Alessandro Baricco avait écrit une petite histoire, un roman court pour lui. Il n’avait pas prévu de le publier. Ce livre, c’est « Soie ». Et ce livre a non seulement été publié mais il a remporté un énorme succès en Italie, puis en France à sa traduction. Il a d’ailleurs été traduit en 26 langues.

J’ai été frappée par le rythme des phrases, des chapitres, des leitmotivs et je comprends maintenant pourquoi : notre auteur est également musicologue. Et il a fait de ce mélange de musique et de littérature un style à lui tout particulier qui pour ma part m’a beaucoup touchée.

Dès la première page, Alessandro Baricco fait référence à Flaubert et à Salammbô : un joli pied de nez puisqu’il met face à face deux romans sur l’exotisme et les voyages, l’un (Salammbô) dans un style d’écriture flamboyant avec profusion de langage, l’autre (Soie) sobre et minimaliste. L’intention de l’auteur est claire.

le long fil ténu du vers à soie, comme un lien retenant à distance le héro du roman et la jeune femme Japonaise le long fil ténu du vers à soie, comme un lien retenant à distance le héro du roman et la jeune femme Japonaise
le long fil ténu du vers à soie, comme un lien retenant à distance le héro du roman et la jeune femme Japonaise

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Sur l’auteur Alessandro Baricco

Alessandro Baricco a suivi des études de philosophie et de musique. Pourtant il commence sa carrière dans les médias en tant que rédacteur puis journaliste. Il présente ensuite des émissions sur l’art lyrique et la littérature sur la RAI (la télévision italienne). Enfin, il commence à écrire. Il est également le fondateur d’une école de narration et l’auteur et réalisateur d’un film « Lezione 21 ».

Son premier roman « châteaux de la colère » remporte le prix Médicis du roman étranger en 1995 en France. Soie, son second roman a également reçu plusieurs prix.

Outre des romans, il écrit aussi des essais, pièces de théâtre et des textes pour la télévision.

Ce qui caractérise le plus cet auteur c’est ce style qui lui est propre dans lequel il mélange si intrinsèquement littérature et musique, rythmant les mots et écrivant ses textes comme des partitions.

En 2014, le nouveau gouvernement italien lui a proposé de devenir ministre de la culture, offre qu’il a déclinée.

Petites anecdotes sur l’auteur

Son école de techniques de la narration s’appelle « scuela Holden » en hommage au héro de « l’attrape-coeurs » de J.D. Salinger, héro qui n’aimait pas l’école!

Ecrivain se plaignant de vendre trop de livres, il a tout de même fondé sa propre maison d’éditions.

Il reste très secret sur sa vie privée et donne peu d’interview.

Il a mis en spectacle plusieurs de ses romans : théâtre, spectacle musical, et même lectures en public. Il a ainsi réalisé une lecture sur 3 soirée de sa traduction de l’Iliade » qui fut un grand succès.

Alessandro Baricco, auteur de Soie
Alessandro Baricco, auteur de Soie

Partir sur les routes de la soie : voyages d’exotisme

Si ce thème de la route de la soie est repris dans de nombreux romans, c’est pour évoquer le plus souvent des voyages exotiques, des aventures périlleuses et des découvertes de civilisations inconnues pour les occidentaux.

Elle évoque pour moi Marco Polo et également un roman saga « l’impératrice de la soie ». Et la plupart du temps, ces périples aboutissent en Chine, pays de la découverte de la soie.

C’est aux environs de -3000 avant JC que l’on date la découverte de la soie en Chine et pendant 3000 ans, ce pays a su en garder l’exclusivité et le secret. Convoitée par les autres pays et en particulier l’occident, elle fait l’objet d’espionnages, de trafics, de marchandages afin d’en découvrir son mode de fabrication. Son exportation fait courir bien des légendes. Les romains, grands amateurs de soie, avaient même imaginé que les chinois trouvaient le fil de soie dans les arbres. Mais un secret si convoité ne peut rester secret si longtemps. Si,pendant 3000 ans, la Chine reste le seul producteur de soie du monde, à l’exception du Japon, c’est également parce que la Chine a su en garder son monopole : une loi impériale condamnait à mort quiconque ferait sortir du pays des vers à soie ou leurs œufs.

Dans la Chine avant JC, la soie est un produit de luxe qui peut servir de monnaie d’échange. On récompense les fonctionnaires ou les citoyens particulièrement méritant en leur offrant un morceau de soie. Plus tard au moyen age en occident, on échange l’étoffe contre de l’or ou des pierres précieuses. Sa production devient alors un enjeu de taille, un peu comme la pierre philosophale qui aurait permis de fabriquer de l’or. En 552, deux moines volent des vers en Chine et les ramènent cachés dans leur canne à l’empereur Byzantin Justinien. En 1147, le roi normand Roger II de Sicile attaque des centres de production byzantins : la production est importée en Normandie. Plus tard, la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV entraîne de nombreux tisserands Huguenots à migrer vers l’Angleterre où le procédé de tissage peut enfin se développer. Peu à peu, à coup de vols, de trahisons, d’invasions, la fabrication de la soie se répand sur la planète.

Au milieu du XIX siècle, (période à laquelle se situe le roman), les manufactures de soie ont fleuri un peu partout et pris un nouvel essor grâce à l’industrialisation. Mais une nouvelle maladie du vers à soie fait son apparition et les déciment : la prébine. On fait appel à Pasteur pour l’éradiquer. Il trouve moyen d’en venir à bout. Mais le prix des vers a grimpé et entraîne le déclin de la production en Europe. L’ouverture du canal de Suez en 1861 rend la soie moins coûteuse à importer directement d’Asie.

Pour contourner le problème, on tente de tisser des fils d’araignée. Mais l’exploitation n’est pas rentable. Enfin, en 1884, un français invente la soie artificielle par un procédé chimique. La soie naturelle est redevenue aujourd’hui un produit rare et peu consommé.

Mais l’histoire de la route de la soie est loin d’être terminée. Cette quête de la soie a permis depuis des millénaires d’ouvrir des routes de commerce, de créer des échanges entre les pays et d’ouvrir les frontières et les Hommes. Et aujourd’hui ces routes perdurent. Mieux encore, la Chine a lancé en 2014 le projet de créer de nouvelles « routes de la soie ». Derrière ce projet colossal, de grands enjeux politiques et économiques… que vous pourrez découvrir dans l’émission « le dessous des cartes ». Depuis cette date, de nombreuses lignes ferroviaires ont été créées, reliant des villes de Chine directement à l’Europe. Bien entendu, ce n’est plus de soie qu’il s’agit mais plus largement de favoriser l’exportation de produits manufacturés de l’orient vers l’occident. En janvier dernier est parti le premier train de la ville de Yiwu pour inaugurer une voie la reliant à … Londres! 16 grandes villes chinoises, soit 13000km de rails, sont maintenant reliées à l’Europe de Madrid à Rotterdam. Et le projet continue…

La route de la soie – histoire retracée par l’émission « le dessous des cartes »

La nouvelle route de la soie – état d’avancement et enjeux

 

Soie – le film

Si une adaptation cinématographique d’un roman est un gage de qualité pour un livre, alors « Soie » se devait d’avoir son film. C’est le cas depuis 2077 et c’est François Girard qui en est le réalisateur. Parmi les acteurs célèbres, Keira Knightley joue le rôle d’Hélène, la jeune épouse du héro. N’ayant pas encore vu le film, je ne pourrais vous en  parler ici. Mais en fouillant sur internet, je n’y ai pas trouvé de critique positive. Je propose donc à tous ceux qui l’ont vu de nous laisser leur commentaire. En attendant, voici la bande annonce du film.

 

 Anecdotes et coulisses du film:

  • Soie est le second roman d’Alessandro Baricco a être porté aux écrans. Le premier a été La Légende du pianiste sur l’océan, adapté du roman Novecento.
  • Pour le réalisateur, c’était la seconde fois qu’il adaptait un roman de l’auteur. La première fois il s’agissait également de Novecento mais sous forme de pièce de théâtre en 2002.
  • Voici ce que dit le coscénariste Michael Goldin de la difficulté d’adapter ce roman « soie » au cinéma :« Je n’avais pas mesuré la difficulté d’adapter un roman aussi magnifique et poétique. Généralement, il s’agit de sélectionner les passages que vous allez supprimer, faute de quoi le film durerait entre 12 et 20 heures… Mais avec « Soie », c’est différent. Je perçois ce livre comme une collection d’impressions, une mosaïque extraordinaire faite de minuscules éléments qui s’additionnent pour donner naissance à une histoire d’un impact émotionnel extrêmement fort. »
  • Si dans le roman, le personnage d’Hélène est au second plan, François Girard a choisi, lui, de lui donner une plus grande place dans son film. C’était donc un pari difficile pour l’actrice Keira Knightley qui devait composer le personnage. Après des rôles de femmes plutôt exubérantes ou introvertis, elle avait donc choisi de jouer un caractère plus calme et introverti.
  • Pour les besoins du film, le village d’Hara Jubei a été construit de toutes pièces au Japon. Il a nécessité le travail de 60 ouvriers et duré environ 2 mois.
  • Pour jouer le rôle de la jeune femme japonaise, le réalisateur François Girard a auditionné une bonne centaine de personnes avant de porter son choix sur Sei Ashina.
  • Le tournage s’étant déroulé entre l’Italie et le Japon, les acteurs ainsi que toute l’équipe a donc parcouru la route de la soie …

 

Extraits

« Bien que son père eût imaginé pour lui un brillant avenir dans l’armée, Hervé Joncour avait fini par gagner sa vie grâce à une profession insolite, à laquelle n’étaient pas étrangers, par une singulière ironie, des traits à ce point aimables qu’ils trahissaient une vague inflexion féminine.

Pour vivre, Hervé Joncour achetait et vendait des vers à soie.

On était en 1861. Flaubert écrivait Salammbô, l’éclairage électrique n’était encore qu’une hypothèse et Abraham Lincoln, de l’autre côté de l’Océan, livrait une guerre dont il ne verrait pas la fin.

Hervé Joncour avait trente-deux ans.

Il achetait, et il vendait.

Des vers à soie. »

 

« – Et il est où, exactement ce Japon ? Par là, toujours tout droit. Jusqu’à la fin du monde.  »

 

« Un panneau de papier de riz glissa, et Hervé Joncour entra dans la pièce. Hara Kei était assis sur le sol, les jambes croisées, dans le coin le plus éloigné de la pièce. Il était vêtu d’une tunique sombre, et il ne portait aucun bijou. Seul signe visible de son pouvoir, une femme étendue près de lui, la tête posée sur ses genoux, les yeux fermés, les bras cachés sous un ample vêtement rouge qui se déployait autour d’elle, comme une flamme, sur la natte couleur de cendre. »

 

« Dans la pièce, tout était tellement silencieux et immobile que ce qui arriva soudain parut un événement immense, et pourtant ce n’était rien.

Tout à coup, sans bouger le moins du monde, cette jeune fille ouvrit les yeux. »

 

« Ses yeux n’avaient pas une forme orientale, et son visage était celui d’une jeune fille. »

 

« La jeune fille souleva légèrement la tête.

Pour la première fois, elle détacha son regard d’Hervé Joncour, et le posa sur la tasse.

Lentement, elle la tourna jusqu’à avoir sous ses lèvres l’endroit exact où il avait bu.

En fermant à demi les yeux, elle but une gorgée de thé.

Elle écarta la tasse de ses lèvres.

La replaça doucement là où elle l’avait prise.

Fit disparaître sa main sous son vêtement.

Reposa sa tête sur les genoux d’Hara Kei.

Les yeux ouverts, fixés dans ceux d’Hervé Joncour. »

 

« – Je n’ai même jamais entendu sa voix.
Et un instant plus tard :
– C’est une souffrance étrange.
Doucement.
– Mourir de nostalgie pour quelque chose que tu ne vivras jamais. »

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